Le 9 mars il faudra que les électrices et les électeurs dans deux bureaux de vote dans certains cantons de France. Il y aura en effet, en même temps, dans les communes un premier tour dédié aux élections municipales alors que parfois il faudra aussi désigner un conseiller(e) général (e). Et il faut bien admettre que cette échéance ne semble pas outre mesure mobiliser nationalement les médias en une période où le rapport Attali prône… la suppression des départements mais pas encore la fusion des communes. Cette indifférence transparaît dans les enjeux définis par le gouvernement qui ne souhaite surtout pas de faire des cantonales un test national puisque, contrairement aux municipales, il serait réellement révélateur de la position des gens sur sa politique. En effet, s’il y a un coefficient personnel indéniable lors des secondes il s’agit sans véritable ambiguïté d’un vote pour la majorité présidentielle ou contre la dite majorité. On publie donc des sondages sur les grandes villes réputées incertaines et on adapte la technique aux circonstances en faisant une appréciation globale d’un sujet qui n’en est pas un. Ainsi selon une enquête du CSA parue hier dans Le Parisien/ Aujourd'hui en France, les listes de gauche remporteraient, au niveau national, 46% des voix au premier tour des élections municipales, devant les listes de droite, à 40% d'intentions de vote.
Les listes centristes du MoDem remporteraient 7% des voix, les listes du Front national 2%, et les listes d'extrême-gauche 2%. On appréciera la valeur de ce type de chiffrage quand on précise que…56% des sondés déclarent qu'ils se détermineront d'abord en fonction de considérations purement locales, 23% seulement comptent utiliser leur vote pour manifester une opposition à la politique de Nicolas Sarkozy et de François Fillon, et 16% veulent exprimer un soutien au pouvoir UMP. Je serai par contre curieux de vérifier quelle appréciation portent ces mêmes personnes sondées sur les cantonales plus éloignées du capital sympathie locale. Je suis certain que l’écart serait beaucoup plus significatif et beaucoup plus grand. La preuve ? La peur panique qu’ont déjà certains candidats aux municipales de voir débarquer chez eux un certain… Nicolas Sarkozy !
On comprend facilement pourquoi de nombreux candidats UMP ont exprimé leur souhait que Nicolas Carkozy cesse de s’impliquer dans les municipales. Et aussi pourquoi lui-même a fait volte-face qui avait d’abord voulu " nationaliser " le scrutin et qui déclare aujourd’hui qu’il ne s’impliquera pas. Mais qu’ils soutiennent ou pas le candidat de l’UMP près d’un quart des électeurs (23%) veulent en effet sanctionner sa politique et son style de vie alors que 16% seulement voteront pour soutenir le président et le gouvernement.
LA PRESSION NATIONALE
Une majorité (56%) affirme certes se prononcer en fonction de seules considérations locales. Mais on sait d’expérience que le climat national joue plus que ne le pensent les électeurs eux-mêmes. Si la droite, malgré les défaites à Paris, Lyon et Dijon, a gagné les municipales de 2001, c’est que le gouvernement Jospin était usé après quatre années de pouvoir, que les 35 heures avaient été mal vécues dans l’électorat populaire. Si la gauche a écrasé la droite aux régionales de 2004 c’est que Chirac et le gouvernement Raffarin étaient rejetés par l’opinion. chaque fois il y a une mouvement de fond qui change la donne initiale en cours de route. Je suis certain que ce sera encore plus sensible aux cantonales que dans les votes des villes et communes de France dans lesquelles l’étiquette affichée n’est jamais essentielle. Il s’agit d’une appréciation globale sur le rôle du Maire plus que sur le soutien à un camp ou à un autre. Le rapport Attali a, en revanche, contraint à une " politisation " de la campagne même sur un demi-territoire comme le veut le scrutin cantonal.
Rien ne laisse à croire actuellement que la gauche l’emportera très largement en mars, mais elle paraît bien placée pour garder ses conquêtes de 2001 - Paris, Lyon, Dijon -, pour conserver ses places fortes traditionnelles – Nantes, Rennes, Clermont Ferrand, Lille - et pour reconquérir des villes perdues comme Strasbourg ou Rouen.
Si la gauche a été battue à la présidentielle c’est qu’elle partait avec deux handicaps majeurs : son projet n’était pas crédible et sa candidate, Ségolène Royal, était contestée au sein même de son parti. Pour les municipales, c’est la droite qui part avec un boulet au pied : il s’appelle Sarkozy et elle pourra s’appuyer sur les cantonales sur certains secteurs.
RESTEZ CHEZ VOUS
Elections locales ou scrutin national ? Vote-sanction, disent maintenant les uns. Vote sans portée politique directe, affirment les autres. C'est du déjà vu et plus encore du classique déjà longtemps entendu. La nouveauté, une lois encore, est venue de Nicolas Sarkozy. Si les municipales des 9 et 16 mars sont médiocres ou mauvaises pour la droite, chacun devine d'avance ce que seront les effets induits et le niveau des sondages qui succèderont. Le mot d'ordre sarkozyste parti de l’Elysée n'aura pas résisté à la grogne des femmes et des hommes de terrain. Celles et ceux qui tentent, comme dans le canton de Créon, de dissimuler leur appartenance à l’Ump, à la majorité présidentielle ne veulent surtout pas voir politiser leur candidature aux cantonales. Ils se placent sur l’intarissable concept des " intérêts locaux ". Du cousu main ! Lors du dernier conseil national de l'UMP, François Fillon, Patrick Devedjian ou Jean-François Copé sont montés au créneau sous la pression d’une base inquiète. Lundi, les mêmes, Premier ministre en tête, avaient appuyé sans hésitation, sans davantage d'explications, l'argumentaire de la France d’en bas portée par Jean-Pierre Raffarin, qui avait d'emblée rappelé qu'en agissant de la sorte les conseillers présidentiels très éloignés de la réalité locale, risquaient surtout de " remobiliser l'électorat traditionnel de la gauche ". Comme d'habitude, ce sont d'ailleurs les cerbères de l'Elysée - Claude Guéant et Henri Guaino - qui ont sifflé la fin de la partie. Puisque le président ne se trompe jamais, c'est donc qu'on l'avait mal compris. Son engagement dans la campagne ne saurait en aucun cas signifier qu'il en oublie la dimension locale, forcément locale… Exit la politique, on reviendra aux fondamentaux idéologiques du sarkozysme : sécurité et pipolisation ! Les vraies raisons de ce revirement sont multiples. Il y a au départ le tempérament de Nicolas Sarkozy. Ce dernier ne conçoit pas une bataille politique dont il ne soit pas le général en chef. Il y a du Bonaparte dans le quotidien de ce Chef de l’Etat rêvant de fortune au combat ou aux affaires. S'exposer est pour lui comme une seconde nature. Il apparaît comme un général fougueux prêt à conduire tous les assauts afin d’empêcher les autres de vaincre à sa place ! Se tenir en retrait, dans ce genre d'exercice, constitue à ses yeux une erreur susceptible d’hypothéquer son image de conquérant implacable. C'est tout au moins la conclusion qu'il a tirée du second tour décevant des élections législatives de juin dernier. Mais, en même temps, l'engagement présidentiel dans ce type de scrutin n'a absolument pas la même signification pour l'opinion que pour le maître de l'Elysée.
UN RETRAIT STRATEGIQUE
D’ailleurs dans un autre sondage 72% des Français estiment ainsi que "Nicolas Sarkozy ne devrait pas s'impliquer dans la campagne des élections municipales". Ce sont là des chiffres trop importants pour ne pas inviter à la réflexion. Et encore ils seraient plus révélateur pour les cantonales. On aurait une tendance forte et donc véritablement dangereuse. On a donc vite replié les gaules pour laisser la " base " faire la pêche aux voix toute seule sans annoncer à quel " club " elle appartient !
Comme par ailleurs les maires, par nature, n'aiment guère qu'on les prive de la maîtrise exclusive d'un scrutin qui les concerne au premier chef il a fallu se rendre à l’évidence : on ne volera qu’au secours des victoires annoncées ! Les premiers magistrats en péril étaient nombreux au conseil national de l'UMP et ils on fait du lobbying. En coulisse, ils n'ont pas mâché leurs mots en sollicitant que Leur idole reste dans son temple ou voyage dans le monde mais qu’il cesse de polluer leur campagne ! Chacun pour soi, chacun dans son coin, chacun à son rythme : personne ne doit perturber ces principes clés du " local ".
Le rapport Attali a sonné le glas de leurs espoirs de ne pas se retrouver au cœur d’une tempête nationale. Les députés UMP ont une nouvelle fois tapé du poing sur la table, refusant de se faire imposer in extenso les 314 propositions du rapport Attali sur " la libération de la croissance " et exigeant d'être partie prenante du futur débat législatif. " Le Grenelle de l'environnement a été l'exemple de ce que nous ne voulons pas. On n'a pas digéré d'en être les oubliés. Il ne faut pas que cela se reproduise avec le rapport Attali. Nous ne sommes pas dans l'optique du tout ou rien mis en avant par l'ancien sherpa de François Mitterrand ", a averti le patron du groupe UMP, Jean-François Copé. Outre l'opposition à certaines mesures clefs du rapport (suppression des départements, déréglementation de certaines professions...), ce sont les déclarations de Jacques Attali invitant l'exécutif à ne pas " picorer à sa guise " dans son rapport mais à reprendre l'ensemble de ses conclusions qui ont mis le feu aux poudres. L'inquiétude des députés UMP est d'autant plus vive que Nicolas Sarkozy avait assuré, en installant la commission Attali : " Ce que vous proposerez, nous le ferons ". c’est bien se qui chagrine le plus les candidats aux cantonales qui préfèreraient tellement l’anonymat à une position aussi flamboyante.
Mais je déblogue…