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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DEVINEZ QUI VA BANQUER ?

Depuis maintenant une vingtaine d’années, crescendo, j’entends la petite musique du libéralisme voulant que seul le secteur privé soit performant dans sa gestion, irréprochable dans ses choix, indispensable pour la réussite sociale. Le milieu économique géré par des " capitaines " au grandes capacités possèderait toutes les qualité alors qu’on le sait bien la gestion publique serait approximative, dispendieuse, néfaste au bonheur des hommes. Elle est d’ailleurs soumise à un contrôle permanent comme si les risques de dérapage étaient permanent. De plus en plus serrées dans tous les domaines les vérifications, les analyses permettent une transparence absolue avec des débats publics, des affrontements médiatisés, des rapports diffusables. Malgré toutes les affirmations, il n’y a plus que peu d’espace pour les erreurs catastrophiques. On juge parfois sur des détails, des sommes maigrelettes, des faits ponctuels mais rarement sur des défaillances colossales. On en arrive même, en tant qu’élu local, à trembler en permanence car les obligations en matière de gestion deviennent obsédantes car il n’existe pas de risque zéro sur n’importe quel sujet. L’encadrement reste fort et prégnant.
Les récents événements liés à la Société Générale démontre que l’exemplarité du monde privé de l’entreprise devient pour le moins discutable. En effet, qu’y-a-t-il de plus symbolique que ce trou gigantesque dans un organisme qui devrait être parfait en matière de gestion de l’argent des autres ? Une banque, par essence, se présente comme le lieu le plus exigeant vis à vis de ses clients en matière de rigueur financière. Impossible d’échapper au filtre des auto-contrôles, des vérifications pointilleuses, des ratios permanents. Le patron de banque et le maire ont en commun, à un certain niveau le devoir de gérer au mieux les fonds que leur ont confié des personnes connues et auxquels ils doivent normalement des comptes. Sauf que dans le premier cas on n’en rend jamais réellement sauf globalement à des actionnaires ou des administrateurs sans grand risque et qu’il n’a pas grand risque d’être sermonné par une autorité de tutelle quelconque : libéralisme oblige !
Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer s'est déclaré, hier, en accord avec l'analyse de la ministre de l'Economie Christine Lagarde sur l'affaire Kerviel, ce trader que la Société générale accuse d'avoir provoqué un trou de plus de 4,8 milliards d'euros. Pour lui, cette affaire " incompréhensible " illustre la nécessité d'un renforcement des contrôles. Tiens donc ! Ce docte responsable d’un pan entier de l’économie nationale s’aperçoit des limites du système actuel Dans un rapport remis lundi au Premier ministre François Fillon, Mme Lagarde a dit avoir identifié des faiblesses dans les contrôles internes de Société générale et suggéré une surveillance plus étroite et des sanctions plus sévères. Fini le libéralisme ? Doit-on accentuer la pression sur le secteur qui fut le premier à être dénationalisé au prétexte qu’il serait plus performant, plus dynamique, plus rentable, plus efficace si on le confiait à des gestionnaires privés compétitifs ? En fait ces déclarations reviennent à se montrer méfiant à l’égard d’un système qui a brutalement montrés ses limites.
LE POLITIQUE DECONSIDERE
S'exprimant devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, Christian Noyer a confirmé que quelques membres de la Banque de France étaient au courant des difficultés de la Société Générale avant qu'elles ne soient rendues publiques le 24 janvier dernier. Il a expliqué que la banque centrale avait volontairement dissimulé l'information au public dans l'attente d'une solution, afin d'éviter un mouvement de panique. Personne n’a bondi : voici donc un organisme de contrôle qui sait tout mais ne dit rien le temps que les plus informés puissent sauver leur peau et leur fric.
" Mon souci primordial a été, en ayant en mémoire l'expérience très douloureuse vécue par le Royaume-Uni dans une affaire très différente (Northern Rock), de faire en sorte que le problème soit traité et une solution mise en place dans les délais les plus brefs pour qu'il n'y ait pas d'annonce sans solution ", a dit Christian Noyer. Or je sui navré de constater qu’il n’y a jamais eu de véritable solution proposée si ce n’est de livrer en pâture aux médias le nom d’un supposé responsable qui n’est d’ailleurs pas coupable !
Auditionné par les députés sur la manière dont a été gérée la crise qui a conduit à une perte de 4,9 milliards d'euros à la Société Générale, Christian Noyer a ajouté: " J'ai surveillé très attentivement la diffusion de l'information. J'ai limité l'information à une petite poignée de collaborateurs " au nombre de quatre " dont j'avais besoin pour suivre le débouclage. " Incroyable que ce second aveu : il légitime le fait que même au plus haut niveau de l’Etat aucune confiance ne peut être accordée aux responsables du contrôle financier. Heureusement il précise avec conviction : " Ce n'est pas parce que je n'ai pas confiance dans les autres mais je considère que la ségrégation de l'information était la meilleure protection pour éviter tout risque d'imprudence. Mon rôle n'était pas d'apporter un problème sans une solution mais d'apporter un problème et un début de solution ", a affirmé le Gouverneur de la Banque de France. " Ce n'est pas une question de confiance ", a-t-il répété, alors que le gouvernement a publiquement regretté n'avoir été…prévenu que le mercredi 23 janvier au matin de la crise au sein de la banque, soit trois jours après la Banque de France et les autorités boursières françaises. Epoustouflant de mépris puisque l’on constate dans quelle estime on tient les gouvernants : 4,9 milliards d’euros perdus par un établissement bancaire mobilise moins les ministres qu’une gifle égarée d’un professeur excédé par une insulte ! Heureusement que ces gens là ne sont pas élus sur leur mérite car il est certain que leur impuissance face au monde du profit leur vaudrait une baisse substantielle de leur notoriété. Heureusement que la politique n’existe plus !
LE SENTIER ..SUITE
Le procès dit du "Sentier II", une affaire de blanchiment portant sur un vaste trafic de chèques entre la France et Israël de 1996 à 2001, s'est ouvert, à Paris en présence du… P-DG de la Société Générale (SG), Daniel Bouton, qui est un des 142 prévenus. Il s'est bien évidemment refusé à tout commentaire à son arrivée à la salle d'audience. Ce gigantesque dossier a été mis au jour au cours de l'enquête dite "Sentier", vaste réseau d'escroquerie dont une partie des membres était basée dans ce quartier parisien de la confection.
Le procès doit durer jusqu'à la fin juillet à raison de trois journées d'audience par semaine, les lundi, mardi et mercredi après-midi. Les prévenus encourent jusqu'à dix ans de prison et de fortes amendes.
Selon la justice, cinq réseaux ont blanchi entre 1996 et 2001 des fonds provenant principalement d'abus de biens sociaux, d'abus de confiance. Ce blanchiment était organisé via des sociétés écrans, des fausses factures, des échanges chèques-espèces ou des détournements de chèques; ceux-ci étaient ensuite déposés dans des banques ou bureaux de change en Israël où la réglementation permet d'obtenir en échange des espèces, même si le chèque est libellé au nom d'un tiers ou d'une société.
La justice reproche aux quatre banques poursuivies pour "blanchiment aggravé", outre la Société Générale, la Barclays-France, la National Bank of Pakistan et la Société Marseillaise de Crédit (SMC), de ne pas avoir surveillé le traitement des chèques endossés à plusieurs reprises par des bureaux de change israélien.
D'autant que l'enquête a montré que les différents protagonistes de ces réseaux avaient ouvert des comptes dans les établissements bancaires poursuivis. Les banques incriminées ont toujours assuré être en conformité avec la réglementation en cours relative au traitement de chèques émis à l'étranger. On les croît car comme leurs responsables semblent être au courant de rien de ce qui se passe dans leur société ils ont une excuse toute trouvée. Il suffit de dénicher les lampistes parfaits pour expliquer que ce n’étaient que des prêts à des bonnes œuvres destinées à soutenir l’activité économique.
La justice reproche notamment à la Société Générale d'avoir eu connaissance (tiens donc là encore il y en a qui savaient), dès février 1998, " d'un mécanisme de blanchiment de chèques d'origine frauduleuse " résultant " du non respect des règles applicables en matière de contrôle de chèques ". Elle est, entre autre, soupçonnée d'avoir compensé des chèques endossés à l'étranger alors qu'ils avaient été déclarés volés. Le parquet de Paris (étonnant non ?) avait souhaité un non-lieu pour la Société Générale et son P-DG, Daniel Bouton, ainsi que pour Barclays-France mais n'a pas été suivi par la juge d'instruction. Au total, ce sont près de 24 millions d'euros qui auraient été "blanchi" par la Société Générale, selon l'enquête. Une paille vis à vis des 4,9 milliarsd disparus. Allez ne vous en faites pas trop si votre compte en banque est à découvert : les banquiers veillent sur vous. Au moins vous en serez responsables ! On saura vous le rappeler !
Mais je déblogue…
 
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E
"la Société Générale démontre que l’exemplarité du monde privé de l’entreprise devient pour le moins discutable."<br /> Il l'a toujours été !
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