Les charognards, si l’on en croît les dictionnaires sont des " animaux se nourrissant des cadavres en décomposition des autres animaux " alors qu’au sens figuré ce sont " des personnes toujours prêtes à profiter du malheur des autres ". Ces deux définitions sont sans ambiguité. Elles donnent à celles et ceux qui utilisent ce qualificatif un poids particulier à leur affirmation. On ne saurait l’employer sans en connaître les conséquences et à la légère. En effet on parlera de vautours et de hyènes comme exemples typiques de ce comportement. Ils n’ont pas c’est certain une belle réputation ! On retiendra seulement pour bien appréhender les propos qui vont suivre que les " charognards " se gavent, selon les scientifiques, des dépouilles de victimes passées de vie à trépas. Il ne poursuivent personne, s’acharnent sur personne mais se contentent de débarrasser la nature de ce qui pourrait la polluer. Rama Yade qui s’est prise un instant pour Zorro a voulu régler leur compte à celles et ceux qui s’en prennent selon elle à son mentor Nicolas Sarkozy. Elle a fait dans la démesure sans se rendre compte réellement de la portée de ses propos. La secrétaire d'État chargée des Droits de l'Homme, muette comme une carpe dans certains cas, a violemment critiqué, vendredi, les " charognards " qui s'en prennent à Nicolas Sarkozy, " parce qu'ils n'ont pas accepté qu'il préside aux destinées de ce pays ". Cette affirmation semble donc signifier la mort politique du Chef de l’Etat puisqu’il serait dévoré par des êtres malfaisants décidé à l’éliminer du paysage. Etonnant comme comparaison car elle ne souhaite probablement pas que cet ouvrage soit entrepris par des nécrophages attirés par la disparition prématurée du Président. " Ce qui me frappe c'est l'extrême violence des attaques contre le président de la République. Des attaques personnelles, ciblées, que je trouve indignes et infamantes ", a déclaré Rama Yade sur RTL, en allusion à la presse. " On a l'impression de voir des charognards qui ont humé l'odeur de leur proie et qui fondent sur lui et qui s'acharnent ". Diantre je pensais comme beaucoup que depuis de longs mois, l’intéressé faisait le maximum pour attirer ceux que Rama Yade dénonce. Il leur fait même l’honneur de les transporter avec lui sur les lieux de ses exploits afin de démontrer qu’il est bel et bien… vivant. Etonnant qu’ils aient accepté d’être encensé par ceux qui ne rêvaient que de le dépecer.
LA CHASSE A COURE
Rama Yade qui a accepté de serrer la main de Kadhafi sur ses terres n’a pas le sens de la nuance . Évoquant " une véritable chasse à l'homme ", la secrétaire d'État chargée des Droits de l'Homme a estimé qu'on a " tout oublié du choix démocratique des Français : ces gens qui veulent la peau de Nicolas Sarkozy sont des gens qui veulent leur revanche, parce qu'ils n'ont pas accepté qu'il préside aux destinées de ce pays ". Incroyable : elle découvre qu’il existe une opposition et plus encore, dans ce pays, des gens susceptibles de ne pas apprécier la gouvernance sarkozyste ! Si on la suit dans sa pensée il faut donc savoir que tout opposant à l’idole vacillante est un charognard en puissance.
" Il n'y a de retenue à rien, il n'y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, devant aucun scrupule ", a déploré Rama Yade. " Il faut arrêter d'attenter à l'honneur d'un homme, en le ciblant personnellement tous les jours, par des attaques basses et infamantes " contre " sa vie privée ". Elle a oublié de préciser cette Jeanne d’Arc du Sarkozysme que c’est l’intéressé qui a fait le maximum pour exposer sa vie sentimentale et sa vie privée. Il ne nous manquait qu’une caméra dans la chambre à coucher pour tout savoir de ses aventures personnelles.
Sont-ce des charognards qui l’ont suivi en Egypte ? Sont-ce des charognards qui ont été avertis du déplacement chez Mickey ? Sont-ce des charognards que ceux qui ont simplement relevé la bague identique, le déplacement à Pétra réponse à celui de son ex-épouse ? Sont-ce des charognards qui ont été attiré par la liste des invités à son anniversaire ou son mariage ? Et Rama Yade qui défend là les Droits de l’Homme de l’Elysée mais oublie ce que l’on fait subir aux sans papiers dans les centres de rétention de souligner avec tact que " ce qui arrive aujourd'hui, ce qu'on lui fait subir on ne l'a fait subir à aucun autre président même personnalité politique ". Elle n’était pas née quand Pompidou a été secoué par l’affaire Markovic, quand Chaban a été fusillé par sa feuille d’impôts, quand Giscard a pris sur la tête les diamants de Bokassa ou quand Mitterrand a trébuché sur la mort de De Grossouvre ou de Bérégovoy… Dans tous les cas ils ont accusé la presse, leurs opposants, les éditorialistes d’appartenir à la race des charognards !
LA TEMPETE APRES LE VENT
Jugeant " qu'on est quand même tombé très bas ", Rama Yade a assuré que " le gouvernement respecte la presse " (surtout celle contrôlée par les amis du Président) mais " il y a une certaine déontologie, à la liberté doit correspondre une certaine forme de responsabilité ". c’est on ne peut plus clair : toute critique du président devrait être interdite au nom du crime de " lèse majesté ". Il faut remettre tout ça dans le droit chemin ! C’est donc parti. Rama Yade a cependant raison sur un point: jamais un président n’a subi un tel traitement médiatique après avoir été couvert de louanges… mais il y a une raison à cela : jamais aucun président ne s’est conduit de la sorte, mélangeant un narcissisme exacerbé avec un égotisme consommé, le tout nappé de cynisme extravagant. Ce qui a changé depuis quelques mois, c’est qu’on commente désormais des histoires de fesses comme on parlait avant des relations franco soviétiques ou des relations franco-africaines. Rama Yade ne prend pas en compte le principe vieux comme le monde " qui sème le vent récolte la tempête ".
Ce ne sont pas des " charognards " qui ont transformé le clan Sarkozy en sujets pour presse people, ce sont eux qui ont transformé tous les journalistes, mêmes les plus sérieux, en commentateurs avisés de leur vie privée. Le Président est tombé de son piédestal, mais ce ne sont pas les charognards qui l’en ont fait descendre pour le tuer et le dévorer : c’est bien lui qui est allé se promener à Disneyland avec sa maîtresse et qui a commenté leur vie amoureuse lors de ses vœux, c’est bien lui qui a exhibé son bonheur pour pages glacées de magazines. Les charognards ont été sciemment prévenus qu’il y avait matière à nourrir les plus affamés d’entre eux mais sûrement pas Rama Yade ! En fait elle dénonce ce que Nicolas Sarkozy a lui-même souhaité sauf que maintenant que ça vire à la catastrophe il faut des boucs émissaires ! Et on va s’employer à en trouver en reprenant en mains les médias qui dérangent.
LE PRETEXTE DERISOIRE
Tout le monde s’affole. En attaquant au pénal le site du Nouvel Obs. Airy Routier, le journaliste qui a révélé que le Président aurait envoyé un SMS de réconciliation à son ex épouse quelques jours avant son troisième mariage, risque carrément la prison, et c’est sans aucun doute une menace conçue pour lui faire avouer quelles sont ses sources alors qu'on attend pour ce printemps une loi qui garantira enfin aux journalistes le secret sur leurs informateurs. Elle pourrait tarder un peu… car les municipales et les cantonales seront passées et si le désastre prévu a lieu on va payer très cher les incartades médiatiques
Il faut espérer que le journaliste qui a dévoilé ce SMS est sûr de lui sur cette affaire car il va payer autrement pour tous les autres.
Son info rélève-t-elle des bruits bassement " people " ou présente-t-elle un intérêt national, digne d’un des grands magazines français d’information ? Je vous laisse juge… mais en arriver à porter en justice le contenu d’un SMS alors qu’on semble moins pressé d’éclaircir l’affaire Clearstream, celle des emplois fictifs de la Mairie de Paris, celle des ventes miraculeuses d’actions par Lagardère, celle du trou faramineux de la Société Gnérale ça fait mesquin et petit. C’est à l’image de la grandeur de la France actuelle. Un déficit extérieur abyssal, un déficit budgétaire incontrôlé, une image internationale détériorée avec des voyages ou des réceptions pour le moins catastrophiques : c’est du pipi de chat à coté d’un éventuel SMS d’adolescent dépité !
Nul doute que le Président n’aurait pas porté plainte si les grands magazines ne lui étaient pas tous tombés dessus cette semaine. Même ses fidèles supporters du Point, qui célébraient ses fastes, semaine après semaine, ont fini eux aussi par réaliser que quelque chose clochait quelque part à l’Elysée. Et ce n’est sûrement pas en traitant les journalistes de charognards, ni en portant plainte contre eux, que la situation va évoluer dans le bon sens. Rama Yade a une fois encore parlé trop vite et surtout a perdu une belle occasion de se taire.
Mais je déblogue…