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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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UNE RENTREE QUI S'ANNONCE MAL

Lorsque l’on parle en réunion publique des cantonales du bouleversement dangereux que va provoquer la disparition masquée de la carte scolaire, il paraît que c’est de la mauvaise foi. Il n’y aurait rien à redire à cette mesure dont on sait qu’elle avait bénéficié d’un consensus lors des élections présidentielles. Sauf que la menace se précise avec la préparation de la rentrée et que l’on sent se profiler le massacre des postes dans certains établissements dont on sait que les fuites vont se multiplier vers d’autres qui vont craquer aux entournures. En fait il y aura des déçus de la carte scolaire de tous les cotés car au moment où il prétend libéraliser le choix des familles (je préfèrerai préparer la marchandisation) une mesure va dans le sens d’une normalisation des lycées et des collèges.
Un vent de fronde souffle en effet après l’annonce des " dotations horaires globales " - les postes et les heures supplémentaires - attribuées à la rentrée 2008. L’inquiétude touche particulièrement les établissements d’éducation prioritaire (les ZEP) qui ont déjà perdu des effectifs avec l’assouplissement de la carte scolaire l’an dernier et qui craignent d’être " fuis " et ghettoïsés avec sa suppression cette année.
Vendredi dernier, une intersyndicale de l’Ile de France - comprenant la FSU, la CFDT, la CGT, Sud - a appelé à une grève pour protester contre les 1 400 suppressions de postes d’enseignants dans les académies de Paris, Créteil et Versailles. Mais le mouvement touche aussi la province. La crainte d’appauvrir les plus pauvres va se répandre logiquement dans sur le territoire. D’autant que cette fracture qui va s’amplifier ne profitera pas aux plus " riches ". En fait il faut que le ministère rende des comptes à Bercy et sucre la bagatelle de 11 800 postes. La grande lessive va débuter dès le début avril mais rassurez vous pour le ministre de l’Education, c’est une question d’arrière-garde.
" Il faut arrêter ce serinage sur les moyens "
Je suis certain de ce que j’affirme : dans quelques années ce ne sont plus des écoles que l’on fermera mais des collèges et des lycées entiers car l’absence de carte scolaire va générer un phénomène irrémédiable : moins un établissement aura d’élèves, moins il aura de dotation globale et donc moins il sera performant. Comme il est question d’évaluer les profs non plus sur leur pédagogie mais sur… les résultats de leurs élèves, la fuite va être également parmi le personnel enseignant. La sélection " naturelle " va vite s’opérer par la création de ghettos exactement sur le modèle américain.
UN REPLATRAGE QUI S’ANNONCE
On va donc se contenter de replâtrer les établissements afin de tenter d’enrayer une contestation qui pourrait peut-être réveiller les parents des élèves les plus concernés. Pour combler les trous, des options rares et des dédoublements de classes sont supprimés. On multiplie les vacataires - payés 28 euros net de l’heure, sur 200 heures maximum, sans cotisations vieillesse.
Des enseignants remplaçants (les TZR) sont nommés dans des classes et n’assurent plus les remplacements Du coup, on doit faire appel, comme dans l’académie de Créteil, à des professeurs retraités pour qu’ils reprennent du service…Mais la grande nouveauté, ce sera l’utilisation massive des heures supplémentaires - défiscalisées et donc attrayantes - distribuées en abondance aux établissements. Allons y : utilisons le profit comme vecteur de la suppression de l’emploi du voisin. Il est certain que la solidarité étant la vertu la plus partagée dans les salles des profs on aura le sens de l’intérêt commun… et on refusera massivement le recours aux heures sup’ destructrices de la fonction stable d’enseignant.
Le collège-lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, touché par 17 suppressions de postes et 7 fermetures de classes, 86 des 92 enseignants s’est mobilisé et les enseignants ont adressé une lettre au recteur refusant de faire des heures sup. "On fait une sorte de chantage aux heures sup, explique Thierry Ananou, le délégué de Paris du Snes, premier syndicat du secondaire, on dit aux enseignants : si vous voulez préserver le latin ou le grec, ou une troisième langue, il faut les assurer en heures sup. Du coup, le prof se retrouve dans une situation délicate." D’après lui, les recteurs, disposant de moins de moyens, "accompagnent la fuite des élèves des ZEP" - comme les collèges très mobilisés du Xe arrondissement à Paris - vers des établissements plus cotés : "On enlève des moyens mais on ne les remet pas entièrement sur les écoles plus favorisées, où les classes atteignent 40 élèves". Ces explications sur Libé.com confirment le dilemme dans lequel vont se retrouver bon nombre d’enseignants.
AUCUNE ANTICIPATION DEMOGRAPHIQUE
"On a eu affaire à un comptable,
Les chefs d’établissement ayant reçu en cadeau une prime surprise en fin d’année peuvent se préparer à gérer la pénurie et à devoir convaincre les enseignants d’accepter la doctrine sarkozyste : " travailler plus pour gagner plus ". Ils vont être dans des turbulences fortes s’ils n’arrivent pas à convaincre car rien n’oblige un prof à dépasser son quota horaire. D’autres vont devoir jongler avec des emplois du temps émiettés sur le territoire, avec des vacataires qui pourront à tout moment tirer leur révérence pour de meilleures conditions de travail. En plus on peut s’interroger sur la nécessité de poursuivre des filière entière de formation dans les facultés si elles ne débouchent sur aucun emploi dans l’enseignement. Les facs de sport, les licences en arts plastiques, en latin, en grec, en allemand, en espagnol… tourneront à l’eau de boudin et conduiront directement dans les bureaux fusionnés de l’ANPE-ASEDIC !
ON CONTINUE A PROMETTRE
Et le pire c’est que durant ces préparation masquée d’une rentrée que personne ne pressent, Xavier Darcos continue à effectuer des effets d’annonce. Un peu moins d'une semaine après la présentation du plan "Espoir banlieues" par Nicolas Sarkozy, Xavier Darcos et Fadela Amara ont dévoilé, par exemple, les grands axes du volet "Education" de ce plan, qui prévoit notamment la création de… 30 sites d'excellence dans des quartiers prioritaires. Selon le ministre de l'Education nationale, le coût global de ces mesures atteindra environ 200 millions d'euros pour l'année 2008-2009 mais il ne précise surtout pas où il va dénicher les postes qu’il lui vaudra obligatoirement mettre en place.
Ce volet "Education" est articulé autour de huit grands axes, dont l'accompagnement éducatif dans toutes les écoles de l'éducation prioritaire, avec l'accueil des élèves deux heures après les cours quatre jours par semaine et l'encouragement de la mixité sociale dans les écoles (expérimentation du principe du transport par bus des élèves de CM1 et CM2 dans les quartiers en difficulté, pour 50 sites à la rentrée 2008).
Il prévoit aussi d'encourager la contribution de… l'enseignement privé à l'égalité des chances, et la création de 30 sites d'excellence (à savoir 30 établissements des quartiers difficiles dès la rentrée 2008), et d'une banque de stages afin de permettre une plus grande équité dans l'accès aux stages. Le plan tente aussi d'ouvrir l'accès aux classes
préparatoires aux grandes écoles aux 5% d'élèves les plus méritants), ainsi que des internats d'excellence.
Le dernier axe vise à " casser les ghettos scolaires " en détruisant les collèges les plus dégradés ou les plus évités des quartiers difficiles et en reconstruisant d'autres établissements dans le programme national de rénovation urbaine. Une mesure d’autant plus facile que ce n’est pas son Ministère mais… les conseils généraux qui financeront les reconstructions et que les crédits de l’Etat n’arriveront que beaucoup plus tard !
" Notre objectif à Xavier Darcos et à moi est d'agir de manière permanente sur tous les points de fragilité de l'éducation des jeunes, tout au long de leur parcours scolaire ", a déclaré la secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville Fadela Amara lors d'une conférence de presse. 3Je veux dire que nous agirons sur tous les leviers sur la première chance comme sur la deuxième chance ". Aussitôt Nicolas Sarkozy a trouvé la solution : retour des leçons de morale à l’école élémentaire. Il devrait proposer que les Ministres y soient accueillis tous les matins quand on parlera sincérité dans les engagements.
Mais je déblogue… 
résume Thierry Rodriguez, professeur au lycée Marie-Curie de Tarbes (Hautes-Pyrénées), relatant la récente entrevue au rectorat d’une délégation d’enseignants protestataires. Depuis 2001, son lycée subit des réductions d’effectifs : "17 postes et 6 classes en moins en septembre, maintenant on s’attaque à l’os." L’argument avancé est démographique : le secondaire perd des élèves alors que partout on entend demander des collèges supplémentaires et des lycées de proximité. Il faut savoir en effet que les enfants du baby-boom de l’an 2000 vont, d’ici deux ans, arriver au secondaire et donc provoquer une vague positive à laquelle on répondra, grâce aux collectivités locales, en terme de locaux mais… pas en terme de postes d’enseignants. Et les postes ont disparu. "Le pire, poursuit Thierry Rodriguez, c’est le décalage avec les promesses officielles." Cette vision portée par Libé.com vaut pour de nombreux autres établissements. Il y aura donc forcément à la rentrée puisque le mouvement des enseignants va bientôt débuter alors que l’on ne connaît absolument pas les conséquences de la libéralisation de la carte scolaire des mouvements divers. , a estimé jeudi Xavier Darcos, exaspéré d’être interrogé sur ces coupes alors qu’il annonçait des dispositifs "d’excellence" pour les banlieues. "Si la réussite scolaire passait par l’importance des moyens, on devrait être les meilleurs d’Europe, a-t-il ajouté, or nous sommes à la traîne dans les classements internationaux." De partout remonte des suppressions de filières, des diminution des horaires, des déplacements obligatoires… sans que l’on songe un instant aux conséquences.
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