L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
" Je suis un non-violent : quand j'entends parler de revolver, je sors ma culture " affirmait Francis Blanche. En fait, beaucoup d’hommes politiques de droite ont effectué une paraphrase de cette doctrine respectable au nom de l’efficacité sociale. " Je suis violent : quand j’entends parler d’immigration, je sors mon revolver ". Elle dénote une propension récidivante à exploiter le versant le plus sombre de la personnalité humaine. Un comportement très tendance, comme on dirait dans les milieux branchés, quand les échéances électorales approchent. On agite le chiffon rouge, afin de faire monter le rejet de l’autre et l’exploiter, le moment venu, dans les urnes. Le truc est devenu tellement éculé qu’il ne surprend même plus les observateurs.
Bien évidemment, le Roquet de Neuilly ne pouvait pas faire l’impasse sur ce pactole venant, non pas du racisme outrancier, mais de celui, immuable, de la réalité du quotidien. C’était tellement visible, que son copain (partagent-ils autre chose que le pain médiatique), Crin Blanc, ne lui a pas laissé le soin d’annoncer les bonnes nouvelles. Il s’est invité au festin des idées toutes faites, pour augmenter, lui aussi, sa cote de popularité. En déposant un projet de loi sur une sorte d’immigration choisie, et en renforçant l’idée qu’il y a des bons et des mauvais immigrés, ils auront conjointement renforcé le sentiment latent que le danger vient bien de l’étranger.
UN ELECTORAT ARC-BOUTE SUR UNE VISION SIMPLISTE
Il est vrai que les images allègrement diffusées, sur le comportement des hordes fanatisées et obscurantistes, envahissant les rues des pays musulmans, leur ont ouvert le boulevard de la haine. Afin de conforter cette triste approche de la vie collective, il y a déjà fort à parier que le débat à l’assemblée nationale interviendra à un moment soigneusement choisi. On s’efforcera d’engager, encore une fois, la responsabilité du gouvernement, pour donner des gages à un électorat arc bouté sur une version simpliste de tous les problèmes actuels : chômage, délinquance, logement… Les retombées sur une échéance présidentielle avancée et sur des législatives ultérieures ne seront pas sans conséquence pour le maintien de la majorité actuelle. Restera ensuite à savoir quelle application sera faite d’un texte qui attendra durant des mois ses décrets d’application… Il passera aux profits et pertes de l’Histoire sous la pression de la réalité.
En effet, toutes les études sur le besoin de travail à horizon 2015 aboutissent à une conclusion similaire, et d’ailleurs incontestée : pour maintenir un rapport soutenable entre actifs et retraités, la France, comme les proches pays européens, devra inéluctablement recourir à l'immigration. Déjà en novembre 2002, le Commissariat général au plan (tiens donc ce n’était pas si passéiste que cela) estimait que la France aurait besoin de 20.000 migrants supplémentaires chaque année afin d'assurer simplement le renouvellement des générations. Comme, selon la théorie du Roquet, nous ne prendrons désormais que des immigrés intelligents, performants, désireux de venir faire du fric sans leur famille, il va falloir singulièrement… se montrer attractif.
Et, comme pour accroître la différence entre la proposition vantée par Crin Blanc, dans un rapport publié fin octobre 2003, le Conseil économique et social recommandait d' "ouvrir davantage nos frontières", certes à une "immigration contrôlée et maîtrisée", mais en préconisant de faire entrer 10.000 étrangers de plus chaque année. Le nombre des immigrants sur le territoire hexagonal n'est passé que de 8,9 à 9,6 % de la population, entre 1999 et 2004, contrairement au sentiment général.
LES AVENTURIERS DU DESESPOIR
Ce plan, totalement artificiel quand on connaît les fondements de l’immigration, ne tient absolument pas compte des conséquences de cet effet d’annonce. Le flux migratoire illégal ne va pas ralentir. Il va, au contraire, s’accélérer dans les prochaines semaines, dans la mesure où tous les aventuriers du désespoir vont vite savoir que leurs espoirs d’un monde meilleur vont rapidement se réduire et disparaître. Décider de manière unilatérale et rapide que l’on va passer à une immigration choisie, une immigration fondée seulement sur les besoins économiques, c'est remettre en cause non seulement une tradition de la France, pays d’accueil, mais surtout remettre en cause un mode d'entrée en France fondé jusqu’à présent sur divers droits issus de la tradition républicaine. Notamment, celui de vivre en famille ou, dans un autre registre, le droit à trouver une protection de réfugié politique quand on est persécuté dans son pays. Deux des volets fondamentaux qui continuaient à lier le pays des droits de l’Homme au reste du Monde sont rayés d’un trait de plume des réalités françaises. Cette décision confirme une fois encore la prééminence de l’économique sur le politique. La théorie des quotas permettra en effet de réguler régulièrement le marché de l’emploi, et d'ailleurs, s'installent déjà des officines de recrutement d'intérimaires étrangers "utiles"... Le bruit a même circulé que l'une d'entre elles avait déjà une antenne secrète sur Créon ! Dans le secteur de la santé, où l’on recrute de plus en plus à l’étranger, le système est opérationnel.
RECRUTES DE FACON DEROGATOIRE
Depuis les années 1990, la France fait massivement appel à des praticiens venus essentiellement du Maghreb, d'Afrique et du Proche-Orient. Paradoxe absolu, ils ont été recrutés de façon dérogatoire par les hôpitaux, pour compenser les effets négatifs du numerus clausus, limitant…le nombre de médecins formés chaque année. Embauchés sous contrat précaire, rémunérés de 30 % à 50 % de moins que leurs collègues français, ces praticiens ont été recrutés dans des disciplines sinistrées comme la médecine d'urgence, la chirurgie ou la psychiatrie.
Curieusement, alors que la France s'enorgueillit de l'excellence de sa médecine, elle a permis à ces médecins d'exercer dans les hôpitaux, sans vérifier au préalable leurs compétences. Pratiquant la médecine sur la base de diplômes non reconnus, ils n'ont pas d'autorisation officielle d'exercer : ils ne sont pas inscrits au conseil de l'ordre, et ne peuvent ni travailler dans le privé ni s'installer en libéral, secteurs les plus rentables pour les autres !
Selon les chiffres officiels du ministère de la santé, ils seraient aujourd'hui 7 000 à exercer la médecine "sans la plénitude d'exercice". Parmi eux, 4 000 sont en formation, et "ont vocation à rentrer dans leur pays" à la fin de leur cursus, a précisé le ministère, dans un communiqué du 12 janvier dernier. Restent 3 000 praticiens qui exercent en tant qu'attachés associés", ou "assistants associés". Et pour cause : bien que la loi sur la couverture maladie universelle de 1999 ait interdit aux directeurs d'hôpitaux de recruter des médecins " extracommunautaires ", l'afflux des praticiens n'a jamais cessé.
Le choix d’immigration du Roquet et de Crin Blanc permettra, dans des filières entières, de " calmer " les revendications ou les demandes des " locaux ". Elle complétera la précarité accrue du monde du travail, mise en œuvre avec méthode et enthousaisme.
L’immigration deviendra une nouvelle donne dans les rapports globaux entre les entreprises et les travailleurs. Le pseudo fantasme du plombier polonais reviendra vite à la surface. La loi Sarkozy sera à double effet : immédiat, pour contenter l’opinion publique, à moyen terme, pour introduire la possibilité de poursuivre la dérégulation du système social français.
L’esclavage a toujours été la forme basique historique d’immigration économiquement planifiée. Sarkozy et De Villepin viennent d’en inventer une forme plus élaborée : l’immigration utilitaire. On ne peut pas dire qu’elle mettra beaucoup de Françaises et de Français dans la rue !
Mais je déblogue…