Bertold Brecht avait réclamé de la vigilance à tous les peuples après le drame mondial de la montée du nazisme. « Le ventre est encore fécond, d'où est sortie la bête immonde" avait-il averti. Or jamais cette prévision n'aura été aussi utile à rappeler. C'est au stade de France où qu'on le veuille ou non, qu'on l'escamote ou non, qu'on l'utilise ou non, qu'une banderole a rappelé que le racisme, l'incitation à la haine pouvaient à tout moment toucher tout le monde. On cherchera par tous les moyens à excuser cette terrible attaque qui n'a aps été prise avec suffisamment de vigueur par un Président d'une République plus indulgente pour les uns que pour les autres. Impossible de se contenter d'une version affirmant que ce sont des « isolés », des « incontrôlés », des « idiots », des « inorganisés » car ce sont les qualificatifs qui préparent l'indulgence et plus encore l'enterrement d'une attitude dépassant le simple fait divers.
Il suffit de rassembler quelques dépêches d'actualité pour vérifier que le « ventre est encore fécond » et qu'il ne se passe pas un jour sans qu'elle donne naissance à des monstres anonymes. Ces gens réputés « ordinaires » pour un « racisme » diversifié « ordinaire » s'accroît sans que personne n'ait le courage de réagir globalement. La situation beaucoup moins perceptible que quand Le Pen occupait les médias ne cesse de s'aggraver. Le mal gagne du terrain mais plus discrètement, plus sournoisement et personne ne s'en offusque.
Une enquête a par exemple été ouverte contre trois jeunes militaires du 17e régiment de génie parachutiste de Montauban photographiés faisant le salut nazi, vêtus de leurs treillis et derrière une bannière à croix gammée.
Le Canard Enchaîné, qui publie la photo incriminée dans son édition du mercredi 2 avril affirme qu'un ex-sergent de cette unité, Jamel Benserhir, avait dénoncé les agissements de ces militaires, sans être entendu, auprès de ses chefs de corps et dans une lettre au ministre de la Défense Hervé Morin écrite en novembre 2007. Selon le Service d'informations et de relations publiques de l'armée de terre (SIRPA-Terre), le ministère avait répondu en décembre à ce courrier qui portait essentiellement sur un recours contre le non renouvellement du contrat du sergent Benserhir.
UN TRIO PHOTOGENIQUE
Deux des trois soldats incriminés sont toujours membres du régiment et ont été « immédiatement consignés » à l'ouverture de l'enquête le 28 mars, a indiqué le colonel Benoît Royal, chef du SIRPA-Terre, précisant qu'ils étaient « sous le coup d'une enquête menée par la direction de la protection et de la sécurité de la défense ». bizarre qu'un courrier datant de 6 mois ait attendu sa publication pour déclencher une action concrète.
« Ils sont passibles de sanctions et une plainte pourrait être déposée par le chef de corps », a-t-il précisé. Celui-ci, toujours selon le colonel Royal, avait diligenté cette enquête de la DPSD après avoir été alerté par un aumônier juif. Selon le colonel Royal, « la photo est sans doute antérieure à octobre 2005, le troisième soldat ayant quitté le régiment à cette date ». En fait on s'aperçoit que de tels faits suscitent des réactions moins rapides qu'un pseudo SMS mais il en va ainsi dans notre société ! Mais c'est probablement moins grave pour la démocratie.
Comme la cour d'appel de Versailles a reconnu, mercredi 23 mars, Renault coupable de discrimination raciale à l'encontre de deux ex-salariés qui estimaient avoir eu des carrières moins intéressantes que leurs collègues blancs à cause de leur origine on peuts e poser des questions sur la philosophie rampante en France. L'entreprise a été condamné à verser à Lucien Breleur, employé comme électricien automobile de 1971 à 2003, 80.000 euros de dommages et intérêts et 8.000 euros au titre du préjudice moral, en réparation du blocage de carrière et du maintien de sa rémunération à un niveau inférieur à ce qu'il aurait dû être. Le constructeur a également été condamné à verser à Daniel Kotor, ouvrier spécialisé puis agent administratif de 1983 à 2004, 60.000 euros de dommages et intérêts et 8.000 euros au titre du préjudice moral.
UNE ATTITUDE PARMI D'AUTRES
Il arrive aussi que sortent des affaires plus ou moins scandaleuses qui témoignent que la bête immonde garde des géniteurs haut placés. Une vidéo montrant le président de la fédération internationale de l'automobile (FIA), Max Mosley, dans une séance sado-masochiste évoquant, selon la presse britannique, un camp de concentration nazi, a provoqué un scandale après sa diffusionpar un tabloïd. L'indignation a fait rage parmi les associations juives.
Dimanche, le tabloïd britannique News of the World a publié des photographies et mis en ligne une vidéo de Max Mosley dans une séance sado-masochiste à Londres. On le voit en compagnie de cinq jeunes femmes, dont certaines sont vêtues d'un uniforme rayé de prisonnier. « Orgie nazie », commente le Times, qui précise que Max Mosley s'exprime en allemand dans la vidéo et joue tour à tour le rôle d'un détenu et d'un gardien de camp de concentration.
Il est vrai que Max Mosley a derrière lui un lourd passé familial, qui n'a pas échappé à certaines associations juives. Son père n'est autre qu'Oswald Mosley, fondateur...de la British Union of Fascists (BUF) et leader, dans les années 1930, des « chemises noires » britanniques. C'est à Berlin, en 1936, chez Joseph Goebbels, que les parents de Max Mosley se sont mariés. Pendant la Seconde guerre mondiale, Oswald Mosley a été emprisonné par les autorités britanniques et son fils semble avoir des souvenirs d'enfance traumatisants !
« C'est une insulte à des millions de victimes, de survivants, ainsi qu'à leurs familles. Il devrait s'excuser. Il devrait démissionner », a réagi l'Holocaust Centre... sans être tès audible compte tenu du « poids » de Mosley !
Karen Pollock, directrice générale de l'Holocaust Educational Trust, juge, dans le Times, que le fait que Max Mosley soit « dans une telle position d'influence et de pouvoir dépasse l'entendement. C'est cinglé et dépravé », ajoute-t-elle. « Si quelqu'un m'avait dit ça sans preuve, j'aurais eu du mal à le croire », a reconnu le patron de la F1 et associé de longue date de Max Mosley, Bernie Ecclestone. Mais il faut bien reconnaître que durant le scandale les affaires continuent et que le grand cirque de la F1 ne va pas s'arrêter pour si peu. On dit comme au stade de France qu'il s'agit de... sport, organisé par des gens responsables et fiables dont l'influence est au mois équivalente à celle de certains chefs d'Etats ! Max Mosley ne risque donc rien : sa vie privée ne nous regarde pas. Que ce charmant personnage joue au nazi comme les trois bidasses français ne prête pas à conséquences.
PROGRES DISSIMULES
Ce type de comportement est certes interdit par la loi (article R.6451 du Code Pénal), à laquelle les militaires sont soumis. Leur statut militaire leur donne des droits et des devoirs supplémentaires. Ils ne peuvent pas adhérer à des partis politiques, ils ne peuvent pas exprimer d'opinions religieuses ou philosophiques. Ils sont soumis à un droit de réserve. L'article 7 du statut général des militaires de juillet 2005 stipule que leur opinion est libre mais qu'elle ne peut être exprimée qu'en dehors du service et des casernes. Par ailleurs, sur la photo, ils sont en treillis de service, ce qui les soumet à un certain nombre d'obligations. En uniforme, ils représentent aussi l'institution militaire. Or, le port de l'uniforme répond à des règles précises. Ces braves garçons ne risquent pas plus qu'un blâme qui renvoie au fameux sketch de Coluche. Max Mosley ne sera pas détrôné. Il se cachera seulement un peu plus et son conseil d'administration jouera aux singes qui n'ont rien vu, rien entendu et surtout rien dit. C'est la loi du genre.
Le problème c'est que cette tendance révélée par de multiples incidents dans les stades, dans les entreprises, bientôt à l'extérieur des établissements scolaires ne faiblit pas. Elle est beaucoup plus discrète car elle se sait tout de même condamnable. Les faits racistes, antisémites et xénophobes ont marqué un net recul en 2007 (- 23,5%), mais la propagande raciste connaît une véritable explosion sur le net que les autorités semblent impuissantes à endiguer. Selon le rapport annuel que la Commission nationale consultative des droits de l'Homme a remis au Premier ministre, un total de 707 faits racistes, xénophobes et antisémites a été dénombré en 2007 contre 923 en 2006, soit une baisse de 23,5%. Ces chiffres s'inscrivent dans la baisse amorcée en 2005 mais restent plus élevés que ceux recensés au cours de la période 1990-2000. En 2004, les faits de racisme et surtout d'antisémitisme avaient connu un pic (près de 1.600) alors qu'à la fin des années 90, ils s'établissaient à quelque 200 par an.
Parallèlement à cette baisse, on assiste en revanche sur le net, depuis plusieurs années, à une « véritable explosion de la propagande raciste, antisémite, négationniste et djihadiste », a dénoncé Marc Knobel, chercheur.
Au cours des 11 premiers mois de 2007, 671 signalements concernant des faits de racisme et d'antisémitisme sur internet ont été transmis à l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information, a-t-il dit, mais il n'y a eu « pratiquement pas de bascule vers le Parquet ». Le chercheur a de toute façon jugé que ces 671 signalements étaient bien en deçà de la réalité et que « plus personne n'est aujourd'hui en mesure de faire la comptabilité des sites racistes ». A méditer avec le rappel des faits ci-dessus.
Mais je déblogue