L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Une vingtaine d'années les séparent. Mais il y a beaucoup plus entre eux que ce fossé de l'âge car en Italie et bien au-delà ils représentent deux visions très différentes de l'avenir de leur pays. Leur opposition n'a pas pour autant mobilisé les foules en Italie. Le phénomène très répandue en Europe du désenchantement vis à vis de la politique, du renoncement démocratique plane sur le résultat des élections générales anticipées que l'on connaîtra ce soir.La campagne électorale fut la plus triste, la plus ennuyeuse des deux dernières décennies car ni Silvio Berlusconi, le milliardaire fabricant d'opinion dominante médiatique, 72 ans, ni à gauche le populaire maire de Rome Walter Veltroni, 52 ans, n'ont réussi à passionner un débat qui n'a pas loin s'en faut réveillé le peuple. Il est vrai qu'une fois encore, les frontières entre les discours reposaient davantage sur les personnalités des uns et des autres que sur le contenu des programmes. L'enjeu de ces élections anticipées est pourtant essentiel, après l'échec de la coalition de gauche de Romano Prodi qui aura duré à peine deux ans alors qu'en France certains socialistes la présentaient comme exemplaire d'une nouvelle méthode de faire de la politique.
S'il en était besoin, le crash de l'Alitalia, la compagnie nationale au bord de la faillite, le scandale des ordures amoncelées dans la région de Naples, le maintien constant du pouvoir des mafias dans les régions du Sud, viennent rappeler que l'Italie traverse une crise grave. Dans un pays où les inégalités se creusent encore avec quelque 20% des familles vivant avec moins de 1200 euros par mois, selon les statistiques officielles la campagne aurait dû se focaliser sur des mesures fortes destinées à relancer la croissance.
En fait on se trouverait exactement dans la même situation en France si des élections anticipées devaient avoir lieu. Face à face un candidat porté par « es » médias et extraordinairement démagogue et de l'autre un homme de gauche apparemment populaire mais peu convaincant dans son engagement social. Ils sont tous deux en définitive très proche sur les mots alors qu'ils n'ont absolument aucun point commun dans leurs personnalités. Il est vrai que les caisses sont encore plus vides en Italie qu'elles ne le sont en France !
Berlusconi a effectué une campagne extrêmement traditionnelle en agitant les spectres habituelles : la gauche ce sera des « impôts en plus », « Walter Veltroni est un menteur professionnel qui a fait une campagne de mensonges » et le Parti démocrate (PD) « n'est que l'ultime mue du Parti communiste italien »... On a presque ressorti les photos de Pepone sosie de Staline et on a brandi des dessins avec les Bolcheviks ayant le couteau entre les dents. « Ne le traitez pas mal », a-t-il demandé « ironiquement » à ses supporteurs en évoquant Walter Veltroni lors d'une réunion électorale car la gauche italienne a confié à son leader « une mission impossible, celle de faire oublier le communisme ». Personne ne sait si lui il a en charge de faire revenir les cendres de Mussolini !
DIFFICILE DE FAIRE REVER
Et pourtant, il y a deux ans seulement, le magnat des médias traitait de « couillons » les Italiens votant pour la gauche et incitait ses compatriotes à lire « le petit livre noir du communisme » pour qu'ils puissent découvrir que « dans la Chine de Mao, ils ne mangeaient pas les enfants, mais ils les faisaient bouillir pour servir d'engrais dans les champs ». Tout un programme électoral susceptible de résoudre les difficultés terribles d'un pays au bord de la ruine mais dont il est... la première fortune !
Outre les problèmes d'image du pays qu'il porte collée à ses frasques, son utilisation très personnelle du pouvoir, Berlusconi doit admettre que l'économie italienne a terminé l'année 2007 en queue de peloton par rapport à ses principales concurrentes européennes. Il est donc obligé de prévenir : « Nous ne savons pas et nous ne pouvons pas faire de miracles ». En présentant son programme fin février, qui consiste bien évidemment à vite instaurer une sorte de bouclier fiscal et à faire un cadeau du même ordre à ses copains il a ajouté « qu'au vu des conditions de l'économie internationale, il est difficile de faire rêver ».
Il est cependant jugé encore comme dangereux par des personnalités proches de lui. Avec une victoire de Silvio Berlusconi « nous risquons de perdre cinq années supplémentaires », a par exemple commenté dans le Financial Times son ex-allié Pier Ferdinando Casini, chef du parti démocrate-chrétien UDC, affirmant que le chef de la droite italienne vieillit mal. « Certains défauts qu'il avait se sont aggravés », a estimé Pier Ferdinando Casini, de 20 ans plus jeune que l'ex-chef du gouvernement, ajoutant avec une pointe de perfidie « qu'avec l'âge, ils empirent au lieu de s'améliorer ». Il est en effet extrêmement mégalo et une fois encore prêt à se servir. Il utilise absolument tous les leviers qu'il possède comme par exemple celui de faire annoncer, hier, que « son » club le Milan AC avait recruté Ronaldinho dont ne veut plus le Barça ! Même si ça ne se fait pas on sera toujours à temps de reporter l'échec sur le dos des Catalans après les élections. En fait le grave problème de l'Italie c'est que l'on votera pour ou contre Berlusconi et par nécessairement pour ou contre la Droite !
TROP TOT POUR VELTRONI
Encore une fois on assistera à cet effet pervers de la personnalisation outrancière de la vie publique. Le leader de la gauche qui, tout au long de la campagne avait évité les attaques personnelles contre son adversaire pour ne pas en faire une victime, a fini par lui demander solennellement dans une lettre ouverte de réaffirmer son attachement à la Consitution et à l'unité de la Nation après que son allié Umberto Bossi, le leader de la Ligue du Nord ait appelé « à prendre les fusils contre la canaille romaine ».
La peur d'un retour de celui que l'on a surnommé le « caïman » reste le meilleur argument électoral de Walter Veltroni et de son parti de centre-gauche inspiré du modèle des démocrates américains. Son résultat sera donc examiné avec intérêt par les experts de la rue de Solférino à Paris. Le « Delanoé » italien héritier critique du centriste de gauche Romano Prodi, a été contraint d'assumer une campagne électorale quelques mois à peine après avoir créé le Parti démocrate. C'est lui qui avait en effet été choisi pour réussir la synthèse entre les Démocrates de gauche (DS) de Piero Fassino et Massimo D'Alema et le parti de la Marguerite de Francesco Rutelli, entre les ex-communistes et l'aile gauche des anciens démocrates-chrétiens. Femmes, jeunes, représentants de la société civile cohabitant avec des apparatchiks incontournables: il a lui-même dosé minutieusement les listes de son parti aux législatives.
Echaudé par l'expérience Prodi, il a par contre refusé toute alliance avec l'extrême-gauche et le centre mais a négocié sans rien céder d'essentiel l'entrée de deux petites formations à l'identité forte, l'Italie des Valeurs de l'ancien magistrat de l'opération "Mains Propres" Antonio Di Pietro et le parti radical, fer de lance du combat laïque.
Le repêchage de ce petit parti a cependant fait grincer les dents de l'Eglise catholique que Walter Veltroni, très discret sur ses convictions intimes, a toujours cherché à ménager, conscient des risques de vouloir gouverner en Italie contre... le Vatican qui n'aime pas trop les frasques de Berlusconi !
LES JEUNES DEPITES
L'Italie bizarrement est en avance sur notre pays dans son dégoût pour la politique. La fréquentation des bureaux de vote hier soir le confirme malgré les énormes efforts effectués par la « Gauche » pour changer les « têtes ». Les raisons de ce changement provient en effet de la haine que nourrissent les Italiens pour les politiques. On dit parfois que l'Italie a inventé l'antipolitique car un réel et profond discrédit s'est installé et il fait des ravages. Chez nous il faudra encore attendre un peu pour que l'effet Sarkozy ajouté à la chienlit interne du PS produise le même effet.
Il y aura aussi des élections locales dans la péninsule. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître on devrait assister au même résultat qu'en France alors qu'au plan national rien n'est assuré.
Des millions de jeunes Italiens, confrontés à la précarité malgré de longues années d'études, sont tentés par l'abstention et sont justement devenus des champions de l'antipolitique bien que les partis les aient placés au coeur de leurs programmes. Battant des records en termes de chômage, de précarité de l'emploi et de problèmes de logement, les moins de 30 ans semblent particulièrement touchés par le malaise que ressentent les Italiens à l'égard de leurs institutions et leur classe politique. Beaucoup de jeunes ne peuvent pas prendre leur indépendance et la majorité des Italiens de moins de 30 ans vit chez ses parents, selon l'Institut des statistiques italien. Seulement un tiers des moins de 40 ans qui sont nouvellement embauchés le sont en contrat à durée indéterminée. En outre, alors que le taux de chômage en Italie a chuté à 6,1% en 2007, celui des moins de 25 ans a augmenté, passant de 22,6% en 2006 à 23,2% en 2007.
Récemment, une gaffe du chef de la droite Silvio Berlusconi, qui a suggéré à une étudiante de 24 ans de « se trouver un millionnaire » pour sortir de la précarité a suscité un tollé, révélant l'ampleur de la colère des jeunes Italiens et le fossé qui les sépare de leurs élus. Le problème essentiel de la péninsule se trouve dans ce divorce profond, durable, dangereux entre un peuple et ceux qui souhaitent le représenter.
Ce soir on verra d'abord au taux de participation si cette tendance se confirme. Il est en revanche à peu près certain que la majorité n'existera pas pour Berlusconi au Sénat et que ce scrutin aura donc été inutile puisqu'il rencontrera les mêmes difficultés que Prodi. Pas sûr que ce soit excellent pour l'Europe dans le contexte actuel.
Mais je déblogue...