Le gouvernement actuel est en passe de dépecer ce que la République avait érigé en principe clair. Dans son programme de reconstruction de la France meurtri par la seconde guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance avait érigé en valeur essentielle de la nouvelle société à bâtir, la solidarité. On devrait en lire des extraits dans tous les lycées afin de réconcilier les plus jeunes avec un esprit qui semble avoir totalement disparu. Il prônait par exemple « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ; la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ; l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l'expérience de l'Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance conte les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural ; une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours... » Ce fut la volonté de toutes les forces de la Résistance et c'est du passé que l'on ensevelit peu à peu sous des réformes destinées à briser le principe même de solidarité. Il faut le remplacer au plus vite par une nouvelle notion celle d'assurance. La pire des solutions dans une société de plus en plus inégalitaire car elle ne repose plus sur l'entraide possible mais sur simplement la capacité matérielle à survivre.
L'avantage c'est que l'on enlève tout rôle à la puissance publique dans la régulation des aléas de la vie puisqu'on laisse à chacun le soin de les assumer. En fait parcelle par parcelle le pacte social est démonté pour ouvrir la brèche dans un système jugé trop onéreux pour les plus nantis.
Roselyne Bachelot a annoncé hier travailler sur l'idée que les dépenses d'optique (lunettes et lentilles de contact) pourraient à l'avenir ne plus être remboursées par la Sécurité sociale, mais par... les mutuelles et les assurances complémentaires. Cette disposition figurerait dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, qui sera présentée l'automne prochain. Au moins elle prend son élan de très loin et personne ne pourra s'estimer ignorant, le moment venu, de cette décision. Les opticiens vont faire fortune car il n'y a plus que quelques mois pour changer... d'optique !
5 MILLIONS D'EXCLUS
Aujourd'hui, les frais sont déjà abominablement mal pris en charge par la Sécurité sociale ; Tellement qu'ils ne correspondent plus à rien si ce n'est une obole : pourquoi ne pas donc entériner leur non remboursement total ? Une goutte d'eau dans l'océan du déficit et une mesure purement symbolique quand on confronte le résultat attendu et le déséquilibre des comptes généraux de la Sécu. Les économies ainsi réalisées ne seraient que de l'ordre de 230 millions d'euros, sur une ardoise qui approcherait les 10 milliards. Il faudrait donc multiplier les déremboursements dans tous les domaines pour parvenir à combler le trou. D'ailleurs on se demande même si le mieux ne serait pas tout simplement de supprimer la sécurité sociale pour... régler le problème de son déficit !
On délègue la gestion du risque santé aux assureurs qui ont déjà largement investi ce champ social ! Mais problème crucial que Mme Bachelot n'ignore absolument pas : 8% de la population française ne bénéficient pas aujourd'hui d'une telle assurance pas plus que de la Couverture maladie universelle ce qui représente près de... 5 millions de personnes. Il est vrai que les cotisations ont augmenté de 25% sur les cinq dernières années. Et il s'avère que ce serait bien évidemment des plus faibles et pas nécessairement ceux qui sont en situation de précarité officielle : chômeurs, précaires, temps partiels subis, retraités du régime agricole, anciens petits commerçants ou artisans... Ceux-là mêmes qui sont déjà frappés de plein fouet par les franchises médicales vont donc se retrouver incapables d'acheter des lunettes pour voir la vie et pas véritablement en rose !
IINSECURITE SOCIALE
Rappelons que l'Etat doit à la Sécurité sociale la bagatelle de 5 milliards d'euros et qu'il ne lui verse pas l'intégralité des taxes sur le tabac et l'alcool, ce qui équivaut à 3 milliards supplémentaires. Ajoutons encore 3 milliards qui seraient perçus si l'on taxait les stock-options, suivant la proposition formulée en septembre 2007 par le Président de la Cour des comptes, Philippe Séguin. Le déficit n'existerait pas et le débat n'existerait même pas. Impossible cependant de l'envisager car c'est contraire à la doctrine actuelle : on ne cherche pas à augmenter les recettes mais on taille à la serpe dans les dépenses quitte à creuser un précipice entre la France d'en bas et celle des sommets. Plus aucune solidarité. Plus aucune lisibilité des valeurs républicaines comme les portaient encore il y a une dizaine d'années les mutuelles. C'est la condamnation à mort sous des apparences bénignes de tout ce qui a fondé la Sécurité sociale. On ouvre les portes a contrario de l'insécurité sociale grandissante. Elle va s'accentuer d'ici les vacances en plaçant les familles face à des choix cornéliens : payer la maison, l'essence pour aller au travail, les frais obligatoires ou se « couvrir » pour les frais de santé !
Avec 5,5% d'augmentation du gaz pour bientôt, les mesures annoncées pour les chômeurs on va sucrer les allocations des chômeurs refusant deux offres jugées "valables", le poids des crédits de plus en plus chers, une système éducatif marchandisé... on engage une véritable guerre contre les classes moyennes ou défavorisées. Il va falloir de toute urgence créer un « Conseil National de la Résistance » pour se battre contre ces mesures envahissantes qui ne sont qu'à courte vue pour rassurer avant le 1° juillet des collègues européens affolés par la situation globale du pays qui assurera la présidence pour 6 mois. Nicolas Sarkozy avait indiqué dès septembre qu'il entendait redéfinir la part relevant de la solidarité et donc de l'assurance-maladie, et celle relevant de la responsabilité individuelle, et donc des mutuelles et des assurances.
« Il y a des marges de manoeuvre" du côté des organismes complémentaires, a donc souligné la ministre de la Santé, en affirmant que « leurs marges sont passées de 12 % à 23 % à périmètre de prise en charge égal ». Refusant de préciser quelles dépenses pourraient être transférées , elle a en revanche écarté l'idée de dérembourser partiellement la prise en charge des maladies graves (affections de longue durée, ALD), couvertes aujourd'hui à 100 %. « Il ne faut pas regarder le taux de remboursement des ALD (...), ce n'est pas la voie que je préconiserai », a-t-elle défendu, alors que l'instauration d'un ticket modérateur fait partie des pistes d'économie. On n'en est pourtant pas très loin puisque la ministre de la Santé estime qu'il faut plutôt durcir l'entrée dans le dispositif des ALD, « qui peut donner lieu à un certain laxisme ».
MUTUALISER LES PROMESSES
Roselyne Bachelot pose aussi des conditions à des transferts vers les complémentaires : une meilleure mise en concurrence et le fait que les mutuelles « fassent la preuve qu'elles ont une valeur ajoutée » par rapport au régime général, et, enfin, que « tous les Français aient accès à une couverture complémentaire ». Et voici la vérité : nous serons sauvé par la concurrence alors que l'on sait que par essence même les mutuelles ne dégagent aucun profit mais redistribuent (après garanties légale obligatoires) ce qu'elles encaissent. On aura donc un affrontement sur des « produits d'appel » et absolument pas sur les valeurs solidaires.
Le président de la Mutualité Française Jean-Pierre Davant a d'ailleurs appelé hier la ministre de la Santé à « négocier » sur la question du remboursement des frais d'optique, rappelant que les mutuelles ne font pas de bénéfices. « Je regrette beaucoup la déclaration de Mme Bachelot parce que le gouvernement va ouvrir les négociations. Je pense qu'il serait plus raisonnable de négocier d'abord, parler entre gens raisonnables, avant de faire des déclarations de ce type ». Elle n'a rien fait de mal mais simplement elle imité ses collègues du gouvernement qu avant elle avaient fait des déclarations sur la carte judiciaire, les suppressions de fonctionnaires, la carte familles nombreuses, le boycott des J.O., la mise en place du R.S.A., le pouvoir d'achat et sur bien d'autres sujets.
Laurent Fabius vient de créer un « observatoire des promesses non tenues » par Nicolas Sarkozy. Jour après jour la liste s'allonge... et elle va finir par être supérieure à la liste des réformes proposées. Cette réalité devrait alerter les gens ayant besoin d'un dentier, les personnes atteintes comme on le dit maintenant d'une « longue maladie », les sourds, les handicapés... enfin toutes celles et tous ceux que la vie n'épargnent pas. Si en plus comme l'aurait dit Coluche s'ils sont « pauvres, isolés, non assurés » ce sera encore plus dur pour eux !
Les myopes, les presbytes, les hypermétropes ... qui ne l'ont pas encore compris seront un jour au « royaume des innocents » car faute de lunettes ils ne pourront plus découvrir le contenu de ce qui les attend. On ne peut plus malheureusement appeler cela une vue de l'esprit !
Mais je déblogue...