L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Durant les campagnes électorales au plus haut niveau, on peut aisément dire n'importe quoi pour ensuite faire n'importe quoi ! C'est désormais une certitude pour bien des citoyens qui se détournent de la politique avec le sentiment que, quel que soit le camp choisi, la confiance est trahie. C'est ainsi que, même dans le camp du président de la République, on doute de plus en plus de la sincérité de ses actes et surtout de la qualité de sa gestion gouvernementale. Il n'y a plus un jour sans erreur, sans divergence, sans contradiction. Ainsi personne ne se souvient de ce qu'il avait déblatéré sur mai 68 lors d'une discours à Bercy, qu'il avait conçu comme la dernière charge, comme le coup de grâce contre la « pensée unique » et « l'idéologie de Mai 68 ». Depuis le début de sa campagne, il n'avait pas cessé de fustiger ces fléaux responsables de « la crise morale » dans laquelle était, selon lui, plongé le pays. Il faut avouer que sur le plan de la morale il a sans cesse fourni un exemple parfait depuis son élection. Certaines poignées de mains devraient figurer dans le livre d'or des pantalonnades et des erreurs diplomatiques. Le soutien de l'incontournable André Glucksmann avait préparé le terrain : « J'ai choisi Sarkozy parce qu'il est l'inverse de la caricature de monstre autoritaire et raciste qu'on fait de lui », avait lancé le philosophe, ex-soixante-huitard. Pour Sarkozy, Mai 68 reste responsable de tout : du dénigrement de l'identité, du communautarisme, de la faillite de l'école, du cynisme des capitalistes et même des parachutes dorés ! Dans son délire, Sarkozy avait carrément dit : « Ce fut une campagne aux prises avec une crise morale comme la France n'en a peut-être jamais connu, sauf peut-être au temps de Jeanne d'Arc.» Le candidat de l'UMP avait également clamé dans un Bercy chauffé à bleu, blanc, rouge : « Les héritiers de Mai 68 avaient imposé l'idée que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, aucune différence entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l'élève valait le maître [...], que la victime comptait moins que le délinquant.» «Il n'y avait plus de valeurs, plus de hiérarchie ». Il avait dénoncé « la gauche, héritière de Mai 68 [...]. Dans cette élection, il s'agit de savoir si l'héritage de Mai 68 doit être perpétué, ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes ». C'était net et sans bavure : la Gauche était porteuse de la chienlit de mai 68 et il fallait écarter toute résurgence de cet esprit de contestation des décisions futures d'un gouvernement Ump ! Or voici que hier Nicolas Sarkozy a reçu...Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni, co-présidents du groupe des Verts-Alliance libre européenne au Parlement européen. L'IMAGINATION AU POUVOIR Cet entretien avec l'ancien dirigeant de la révolte étudiante de mai 1968 en France s'inscrivait dans le cadre de la consultation par le chef de l'Etat des présidents de groupes au Parlement européen, dans la perspective de la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008. Or comme il a tout basé en matière de communication sur ces 6 mois de présidence il commence à se méfier des ratés possibles. « Je ne prends pas possession des lieux », a lancé Daniel Cohn-Bendit à son arrivée à l'Elysée, en posant brièvement sur le perron pour les photographes - une allusion à l'occupation de l'université de Nanterre et de la Sorbonne en mai 1968. Celui qui fut surnommé « Dany le Rouge » a dit avoir offert au chef de l'Etat son livre « Forget 68 » avec une dédicace : « Pour Nicolas, l'imagination au pouvoir, c'est pour quand ? Salut, Dany Cohn-Bendit ». « Il a ri, il a dit c'est très gentil, je vais le lire et après on a pris rendez-vous pour en parler », a raconté le dirigeant vert. On ne sait pas s'il s'en inspirera pour modifier sa politique. Selon l'ancien dirigeant étudiant, Nicolas Sarkozy n'a pas réitéré, lors de leur entretien, sa volonté de liquider l'héritage de mai 1968. « Il va lire mon bouquin et puis après il va m'appeler, me dire je me suis trompé, pardon, ce n'est pas liquider 68, au contraire, c'est très bien », a ironisé Daniel Cohn-Bendit. « 68, ça a commencé une transformation formidable de la société française. La preuve, c'est qu'un homme deux fois divorcé est président de la République. Allez chercher il y a 40 ans ! Mme de Gaulle, tante Yvonne, elle se retourne dans sa tombe » a-t-il ajouté démontrant ainsi que d'une certaine manière nous sommes toutes et tous les enfants ou les petits-enfants de ce mois qui a marqué quoi qu'en disent les « victimes » d'alors. UNE EUROPE DIFFERENTE Nicolas Sarkozy a ensuite présenté à Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni sa vision de la présidence française de l'Union européenne. Les deux dirigeants Verts lui ont à leur tour exposé leurs idées. « Par exemple, il parle de la préférence européenne. Nous on a dit c'est mieux de donner des critères sociaux et écologiques et de taxer sur des critères sociaux et écologiques », a précisé Daniel Cohn-Bendit. Les deux dirigeants Verts ont également souhaité que la présidence française défende « une Europe de la Défense et de la prévention des conflits » qui n'existe pas encore. « Et il a dit d'accord », a déclaré Daniel Cohn-Bendit comme s'il ne connaissait pas encore le Président qui dit oui à tout pour ensuite faire le contraire le lendemain puis de revenir à la position initiale modifiée. Les deux dirigeants Verts ont aussi souhaité que la présidence française défende l'idée que l'Europe s'attaque à réguler socialement et écologiquement la mondialisation. « On n'est ni anxieux ni rassurés. Il y a des différences politiques. Ce qui est intéressant c'est qu'il veut vraiment une présidence française au service de l'Europe et ça peut être nouveau », a rapporté Daniel Cohn-Bendit. Monica Frassoni a pour sa part noté parmi les éléments positifs de l'entretien une volonté de Nicolas Sarkozy de travailler avec la Commission européenne. Daniel Cohn-Bendit a dit avoir cerné avec le président français des divergences sur la politique d'immigration. Or il est probable qu'avec l'arrivée en Italie de Bossi et Berlusconi il trouvera des alliés pour faire de ce sujet un « cheval de bataille » populiste pouvant masquer le reste des décisions politiques d'un autre ordre. « J'ai vécu la présidence italienne de Berlusconi sur l'Europe, ça n'a pas été brillant. Si vraiment Sarkozy s'appuie sur Berlusconi, ça va être du rien avec du rien », a prophétisé Dany le rouge devenu vert ! Par exemple je suis curieux de sa voir ce qu'il se passera quand l'Europe examinera la situation des finances publiques de la France et de l'Italie dans le contexte actuel. Le Ministre des finances belge sûrement un peu « idiot » mais sûrement aussi un peu lucide a confié à sa brillante homologue française que d'après ses calculs il faudrait près de 30 ans à ce rythme pour que la France arrive à l'équilibre financier... Remarquez qu'avec un peu de dialectique, les Ministres trouveront les racines du mal en... mai 68 et ils expliqueront que si l'on en est rendu là c'est de la faute aux grévistes (dont j'étais) il y a 40 ans et qui ont bouleversé les critères sociaux qui permettaient à la France d'être un pays prospère pour le capital. LE DETRICOTAGE Le député européen Daniel Cohn-Bendit (Verts) a estimé que la majorité était en train de "détricoter" le Grenelle de l'environnement. « Je ne sais pas ce que veut le président de la République mais ce qui est sûr c'est qu'une politique de l'environnement comme l'avait envisagé le Grenelle "ne peut pas se faire avec la majorité, telle qu'elle existe aujourd'hui », a-t-il ajouté. Selon lui, le président de la République est devenu « un canard boiteux qui ne peut plus faire ce qu'il veut parce qu'en fait sa majorité l'en empêche ». Il a encore une fois un diagnostic très pointu de la situation des relations entre Nicolas Sarkozy et le parti qu'il a créé. « On en est au stade du gouvernement où on passe de l'ouverture à la fermeture », a jugé l'eurodéputé iconoclaste. Dans la nuit les sénateurs lui ont donné immédiatement raison sur les OGM et plus encore ils ont vite obéi aux « ordres souterrains » des lobbies agricoles extrêmement puissants. La cause est entendu : il en sera ainsi sur tous les sujets sensibles (voir sur mon blog la réalité quotidienne http://jeanmariedarmian.fr) comme la politique de l'eau (utilisation pour l'irrigation massive ou la dépollution) ou celle encore plus sensible de l'énergie : on n'avancera pas car le milieu économique forcera au retour en arrière. Il y a fort à parier que la présidence européenne française sera axée essentiellement sur le niveau de l'euro, l'inflation, l'immigration mais absolument pas sur l'écologie, le social, la citoyenneté. Ces valeurs sont dépassées. Il y a un an Daniel Cohn-Bendit et Alain Geismar avaient fait une réponse savoureuse aux propos sarkozystes qui prend toute sa valeur dans la situation actuelle. J'aurais bien voulu la publier en entier mais je ne retiendrai que cet extrait : « (...)Nous sommes génétiquement coupables d'un désir d'égalité, de solidarité et de liberté. Nous sommes génétiquement coupables de penser que le pouvoir n'est pas la propriété privée d'un homme ou d'une femme. Nous sommes génétiquement coupables de rêver d'une mondialisation écologiquement et socialement régulée. Nous sommes génétiquement coupables de croire que le kärcher ne résout rien et que la police ne peut pas tout. C'est pour toutes ces raisons que nous décidons de créer un cercle des «enragés repentis fatigués de la chienlit» et que nous demandons à être rééduqués par le maître penseur de la révolution culturelle sarkozyste, André Glucksmann, en promettant de nous flageller publiquement et collectivement devant le siège de l'UMP (...) ». Ces gars là sont véritablement exceptionnels car ils continuent à écrire et surtout à s'inscrire dans l'histoire. Je suis 40 ans après toujours avec eux et j'ai adhéré à leur cercle des enragés d'une autre vie! Mais je déblogue...
Et bien, vois-tu, Jean-Marie, moi aussi, je reste une enragée.... Et je suis même plus enragée de jour en jour lorsque je vois tout ce qui se passe autour de nous, toutes ces entreprises de démolition qui se poursuivent et se multiplient: hier c'était l'école, puis le droit du travail, puis la securité sociale , pus les allocations familiales, et aujourd'hui c'est l'hôpital public dont le petit chef de l'Etat nous annonce le démembrement, et sans doute la mort....Et j'enrage encore plus lorsque je constate l'apathie d'un grand nombre de nos concitoyens, et la stupidité de certains autres !Vois-tu, tout comme toi, j'ai beaucoup apprécié le texte de Daniel Cohn Bendit et Alain Geismar.... et peu importe qu'il date d'il y a un an, n'en déplaise à Marc d'Here ! Il est tout à la fois un modèle de pertinence et d'humour, et il garde aujourd'hui toute son actualité. Moi aussi, " je suis, 40 ans après, toujours avec eux" et j'aimerais bien adhérer à leur cercle des "enragés repentis fatigués de la chienlit"...Quant au commentaire n°1 ci-dessus, c'est aussi un modèle...mais de stupidité et de méchanceté. E.M. avait raison : il ne sert à rien de tenter la moindre discussion avec ce personnage !De tels commentaires ne méritent qu'indifférence et mépris. Annie
Il y aurait comme un début de compréhension entre Sarkozy et DCB.....Qui doivent d'ailleurs se revoir. L'adhérent enragé au club, qui signe l'article, préfère citer un texte d'il y a un an.....Aujourd'hui il y aurait peut-être un certain changement...Tant pis pour celui, qui, sur ce sujet comme sur les autres, choisit, peut-être par incompréhension l'immobilisme rassurant!.