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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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RAS LE BOLK...

Vous prendrez bien un deuxième " bolk " ? Un " bolk " de derrière les fagots, avec un joli col blanc et beaucoup de mousse. Certes il est réputé " light " mais méfiez-vous, il demeure indigeste. Profitez-en néanmoins car, une fois encore, on vous promet qu’il ne vous en coûtera rien. Du moins pour le moment. Car le Café de l’Europe applique le principe inscrit sur une pancarte jaunie ayant déjà beaucoup servi, au-dessus du comptoir strasbourgeois : " la maison ne vous accorde aucun crédit ! ". Autant dire que le simple quidam n’a pas à se préoccuper de l’addition que lui présenteront, un jour ou l’autre, les tauliers. Eux, ils savent réaliser le mélange nécessaire à faire mousser un " bolk " libéré. Là, pour l’instant, dans la salle, ils se chamaillent pour savoir à quelle hauteur ils vont mettre le tarif. Après, ils se soucieront de savoir à qui profite leur " crime " social ! Ils verront à l’usage. Le problème c’est que l’on est déjà certain que le coup de " bolk " ne sera pas un bon coup pour les plus modestes, qui risquent rapidement de trinquer…

UN " BOLK " D’AIR PROFITABLE

Figurez-vous que l’on a trouvé, lors d’un J.T. de 20 heures, en caméra cachée (pour faire plus crédible), un plombier polonais se faisant payer au noir. Des journalistes ont, ensuite, déniché des maçons de même nationalité, en grève après avoir cru, les pauvres, qu’un " bolk d’air " sur un chantier français leur serait profitable. On les a plaints. On les a exhibés. On a disséqué leur parcours, illustrant à merveille ce que j’ai sans cesse répété avant le vote du fameux Traité constitutionnel : le système de la sous-traitance constituera dans quelques mois un fléau plus inquiétant que les délocalisations elles-mêmes. Il contournera toutes les dispositions en vigueur, et mieux, faute d’une circulaire urgente, il ne fera que se développer.

Mais, il paraît, si j’en crois les Europhiles béats, que je n’ai toujours rien compris à un texte limpide, démocratique… et social ! D’ailleurs, un jeune et fringant socialiste lyonnais, vient de me le rappeler en postant un commentaire au bas de l’une de mes chroniques (1) : c’est être villiériste que de penser que cette Constitution aurait ouvert la voie à une bolkesteinisation des esprits ! Allez, un zeste de rancœur et un soupçon de mauvaise foi permettent encore de se cacher la triste réalité !

En France déjà, les PME craignaient que des sociétés étrangères puissent venir les couler sur leur territoire, tout en appliquant les règles sociales de leur pays d'origine. Ce n’aurait pas été, selon… les experts, de la concurrence déloyale, bien que tout le monde sache que certains nouveaux membres de l’Union européenne ont un code du travail moins protecteur (le nôtre l’est de moins en moins), et pratiquent des salaires beaucoup plus bas. Rassurez-vous, ce n’était qu’une vue de l’esprit, selon les apôtres de feu la Constitution. Ils vous l’affirmaient : le pensum de Giscard empêcherait " l’ami Frits " d’appliquer sa directive. En votant " non ", m’accuse mon interlocuteur socialiste, j’ai causé la perte de l’Europe ! Bolkestein en est marri.

NOUVELLE MOUTURE

C'est pourtant sur cette Constitution que se prononcera d’une certaine façon, aujourd’hui, le Parlement européen. Même si le texte initial de Frits a été modifié et expurgé de ses éléments les plus controversés, il demeure en effet dangereux pour ceux qui savent que la perte d’un salaire se paie par la peur. La référence au "principe du pays d'origine" a été abandonnée. La nouvelle mouture prévoit, selon les optimistes, que les états membres garderont le droit de restreindre l'accès à leur marché, pour des raisons de sécurité publique, de protection de l'environnement, de santé publique, mais aussi de politique sociale et de protection des consommateurs.

Si les députés adoptent très majoritairement ces amendements modifiant le projet présenté… depuis janvier 2004 par l'ancien commissaire au marché intérieur, la Commission mettra très rapidement sur la table une nouvelle directive.

Les partisans de la première mouture estiment, eux, sans ambages, qu'en éliminant cette référence " au pays d’origine ", les députés ont vidé de sa substance la directive de M. Bolk... Preuve, s’il en fallait une, que le texte n’était fait que pour cela.

L’EMIGRATION ECONOMIQUE NON SELECTIVE

Il avait inventé, en fait, l’émigration économique sélective. Le principe du pays d’origine apparaissait ainsi indiscutablement comme une incitation légale aux délocalisations vers les pays de l’Union où règnent les moins-disants sociaux, fiscaux et environnementaux, et où la protection des consommateurs est moindre. Nier cette réalité ne serait que se faire le complice d’une libéralisation dévastatrice du marché de l’emploi.

Il s’agissait ni plus, ni moins, que d’inciter les petits malins à créer des entreprises n’ayant qu’un " siège " plus ou moins discret dans ces pays, entrés sans contraintes de mise à niveau sociale, dans une Europe peu regardante. Une simple boite aux lettres postale et l’entrepreneur, tout en écumant les chantiers hexagonaux, appliquait les… droits et devoirs du patron de son pays d’accueil. Les dégâts seraient immédiats dans des filières entières.

Le contrôle de ces entreprises échappait à l’administration française, pour devenir spécifiquement dévolue aux fonctionnaires (la plupart du temps, inexistants), de la contrée d’implantation " administrative " . Le projet de directive indiquait, en effet, que "l’Etat membre d’origine était chargé du contrôle du prestataire et des services qu’il fournit, y compris lorsqu’il fournit ses services dans un autre pays membre". La portée pratique d’une telle proposition s’affichait clairement : c’était la porte ouverte à une liberté d’action totale pour les entreprises, qui pouvaient prévoir d’agir, en réalité, sans aucun contrôle sérieux.

La bonne nouvelle est alors arrivée. Le système de la cogestion allemande a sauvé les soldats anti-Bolkestein. Droite et gauche ont en effet la particularité d’avoir au Parlement des leaders venus d’Outre Rhin. Le groupe du Parti populaire (PPE) à droite et celui du Parti socialiste (PSE) à gauche, se sont efforcés de convaincre leurs troupes de voter le compromis prévoyant la suppression " du principe du pays d'origine ". Le chrétien démocrate Hans Gert Poettering et le social-démocrate Martin Schultz ont concentré leurs efforts vers la gauche de l'hémicycle pour inciter les socialistes français encore méfiants à les suivre. "A partir d'aujourd'hui, la directive Bolkestein n'existe plus", a lancé, triomphant, le président du groupe PSE. Chiche !

Mais je déblogue…

(1) Chronique " SIX MOIS DEJA " publiée le 30-XI-2005

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