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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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L'HUMOUR SELON DESPROGES

Il existe bien des hommes qui ne deviennent indispensables que quand ils sont morts. J'ai maintes fois écrit que la seule vérité de la célébrité, c'est le temps qui la dévoile. Parfois, il arrive qu'un artiste ait de l'avance sur son époque, mais on ne reconnaîtra son talent que bien après sa disparition. Nous en connaissons d'autres qui ont un succès considérable sur une période courte, avant de disparaître engloutis par une nouvelle vague. En fait, il faut, pour ne pas mourir réellement, s'adresser d'abord et surtout à l'intelligence, beaucoup plus qu'aux sensations, car l'une dure alors que les autres s'évanouissent aussi vite qu'elles sont arrivées.
Pierre Desproges, pitre, comique, provocateur, chroniqueur de la haine ordinaire des années 1980, est mort il y a vingt ans, le 18 avril 1988. Il aura dérangé, dépité, agacé, mais il aura surtout permis de mettre en évidence que l'humour le plus efficace était celui qui préférait la finesse à la facilité. Journaliste, amuseur public, misanthrope, moraliste, pourfendeur de l'hypocrisie et de la médiocrité de son époque, il n'a pas eu le temps de donner la libre mesure de son talent de tonton flingueur. Il dégainait les mots qui tuent avec la délectation des tireurs d'élite plaçant une balle au coeur d'une cible.
Pierre Desproges aurait eu l'an prochain 70 ans. Il était entré par hasard au quotidien L'Aurore, il y avait décroché une chronique de "brèves" repiquées dans les journaux, qui fut très vite la plus lue du quotidien. Il savait dénicher les perles rares, celles qui donnent une dimension particulière aux faits les plus ordinaires. Il entra véritablement dans le monde des humoristes caustiques quand il travailla aux côtés de Jacques Martin... Son ton décalé, la précision de ses traits d'humour, constitués de flèches acérées, tranchaient sur le reste de l'émission.
Des millions de spectateurs découvrent cependant l'humour apparemment pitoyable de ce clown renfrogné qui interviewe une Françoise Sagan éberluée, à qui il réclame une verveine et montre des photos de son beau-frère en vacances. C'est devenu un moment culte de la télévision que celui-ci, car il tourne en dérision à la fois le métier respecté d'intervieweur, et surtout cette télévision bien pensante qu'il va quitter en plein succès.
Pierre Desproges a toujours revendiqué un certain « élitisme » dans son jeu, une volonté de ne pas s'adresser à tous mais plus sûrement à certains. Admirateur de Paul Léautaud et de Marcel Aymé, il appartient à l'espèce rare des comiques lettrés et préfère, dit-il, plaire à quelques personnes qui le comprennent « qu'à des millions de gens à qui il n'a rien à dire ». C'est ce qui fera sa force, mais aussi sa faiblesse.
Amoureux passionné des mots, Pierre Desproges a passé sa vie à écrire, car il adorait les agencer, les accoupler, les opposer de telle manière qu'ils fassent des étincelles, comme les silex que l'on cogne. A la télévision, il plonge les téléspectateurs dans la consternation ou le dépit avec « La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ». On y apprend à 20 h 35, en quelques secondes : « Comment vieillir sans déranger les jeunes » ou « Comment ne pas sombrer dans l'antinazisme primaire ». Il dérange forcément, car il donne l'impression de se moquer pas mal de l'appréciation que l'on porte sur sa vision personnelle des événements. Elle est à prendre ou à laisser. Il déverse sa hargne contre l'hypocrisie, la lâcheté, les préjugés ou le bon goût, dans des livres aux titres poétiques : « Vivons heureux en attendant la mort » (1983), le « Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis » (1985) ou ses « Chroniques de la haine ordinaire » (1987). Pierre Desporges se voulait tolérant, mais jamais indulgent. Il souhaitait que chaque mot soit une invitation à réfléchir autrement.
C'est pourtant le « Tribunal des flagrants délires » sur France-Inter, où il joue les procureurs à partir de 1980, qui le consacre, aux côtés de Claude Villers et Luis Régo. Provocateur épidermique, Pierre Desproges ne recule devant rien et laisse libre cours à ses détestations. Il passe au lance-flamme à l'antenne « l'intelligentsia crapoteuse", les jeunes, « les humanistes sirupeux », l'armée, les politiques, les Résistants et les collabos, l'Académie, les communistes, le Pape... : « De la même façon qu'il existe un humour juif, je crois instinctivement pratiquer un humour catholique », explique-t-il en pensant certainement que ses prises de position n'ont souvent pourtant rien de charitables. Je n'ose penser à ce qu'il aurait écrit 20 ans après sur le monde politique actuel... Pierre Desproges, était le rebelle-réactionnaire, le misanthrope-humaniste, qui, comme le personnage principal de son unique roman, « aime trop les hommes pour les tolérer médiocres ».
Exceptionnellement, je vous propose, en hommage à son humour qui aura constitué un bienfait pour la démocratie, un certain nombre de ses phrases piquées au hasard de ses provocations volontaires. Pardonnez-moi ces vendanges, différentes des autres chroniques, mais j'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi en relisant ce que je crois être des grains de caviar dans un monde où l'insolence spirituelle se raréfie. En cherchant, vous leur trouverez un lien, vingt ans après, avec l'actualité :

« Ma femme est très portée sur le sexe. Malheureusement ce n'est pas le mien ! »

« La nostalgie c'est comme les coups de soleil : ça fait pas mal pendant, ça fait mal le soir »

« Moi, j'ai pas de cancer, j'en aurai jamais, je suis contre » (NDLR : il est mort d'un cancer à 49 ans)

« La recherche a besoin d'argent dans deux domaines prioritaires : le cancer et les missiles antimissiles. Pour les missiles antimissiles, il y a les impôts. Pour le cancer, on fait la quête. »

« Les deux tiers des enfants du monde meurent de faim, alors même que le troisième tiers crève de son excès de cholestérol »

« Le rire n'est jamais gratuit : l'homme donne à pleurer, mais prête à rire »

« J'essaie de ne pas vivre en contradiction avec les idées que je n'ai pas »

« Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches »

« Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans »

« L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur

« Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement ont peut arriver à en faire des militaires »

« L'intelligence c'est comme les parachutes, quand on n'en a pas on s'écrase »

« La caractéristique principale d'un ami c'est sa capacité à vous décevoir »

« Que la vie serait belle si tout le monde doutait de tout, si personne n'était sûr de rien. On pourrait supprimer du dictionnaire les trois quarts des mots en « iste », fasciste et communiste, monarchiste et gauchiste, khomeyniste et papiste »


Allez, 20 ans après, le Mousquetaire aurait bien d'autres saillies, mais celles-ci sont mes favorites. Elles entretiennent la flamme de l'intelligence. Cet orfèvre des mots adorait graver les eaux fortes avec de l'acide. C'est bien ce qui nous manque le plus par les temps qui courent, où tout est au ras des pâquerettes.
Mais je déblogue...

P.S. : Annie, tu vois je peux changer de style... et être moi triste !

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A
Bonjour,Si vous aimez Desproges allez sur mon site: Alexandre solutricine.Vous y retrouverez le même humour... la même verge fleurie...
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M
un sans-papiers veut prouver son intellgence et crée le dictionnaire des sites français (une sorte d'annuaire) avec lequel il veut avoir 1 million d'euro et devenir millionnaire!! voici son site http://www.jeseraimillionnaire.com
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M
" Je penses donc tu suis"Pierre Desproges
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D
Il est tard ..des obligations assemblée Générale Bordelaise ... je posséde 2 livres de Pierre Desproges .....quelle intelligence sublime quel savoir faire pour jouer de cette façon avec des mots ..des phrases ....toute l'actualité y passait avec une intelligence unique .20 ans aprés sa disparition ses écrits sont toujours aussi vrais et possédent tous une place quotidienne dans la vie actuelle.Merci Jean Marie pour ces lignes 'récréatives ' qui ne ressemblent pas à l'austérité habituelle de votre chronique .Je vais copier .... je vais déguster une nouvelle fois cette lecture avec délice . ENcore MERCI ..............Danye
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E
Il y a un peu plus de 10 ans, je suis tombé sur un petit livre de Desproges intitulé : "Les étrangers sont nuls".A l'époque, je venais d'avoir ma première connexion "internet" et j'avais décidé de l'utiliser pour envoyer chaque jour une page de ce livre aux "contacts" figurant dans mon carnet d'adresse. Je me souviens que j'avais eu droit à certains "retours" pas toujours très courtois. Desproges n'a jamais fait l'unanimité, mais comme tu l'écris, ce n'était pas un objectif pour lui.Tiens pour le plaisir, voici ce qu'il écrivait sur les italiens :"Les Italiens sont appelés ainsi parce qu'ils gesticulent en mangeant des nouilles.Il y a  deux sortes d'Italiens. Les Italiens du Nord, qui vivent au nord, et les Italiens du sud, qui meurent au sud.Les Italiens sont tous des voleurs. Ils n'arrêtent de manger des nouilles que pour voler. Personnellement, il m'arrive souvent de voyager à travers l'Italie. Eh bien, je peux témoigner qu'on ne m'a jamais rien volé. Quelle chance inouïe, ne croyez-vous pas ? Mon ami, l'es-mongolien bicyclant Raymond Poulidor, a eu moins de chance que moi. C'est en effet un Italien qui lui a volé son paratonnerre.Lire à cet égard, dans le remarquable livre de souvenir du champion, le chapitre consacré à ce dramatique fait divers, intitulé : "vol au dessus du nid de Poupou."Comme les Espagnols, les Italiens parlent assez mal le français, c'est d'ailleurs la raison de leur gesticulance avec un "g", merci.La capitale de l'Italie s'appelle Rome, en hommage à Raimu et Rémoulade qui fondèrent la ville à quatre pattes sous une louve, mais enfin passons. Peu de villes offrent au touriste autant d'attraits que Rome; Certaines ruines romaines sont tellement belles qu'on dirait le Palis-Bourbon presque fini. Rome possède également de magnifiques fontaines  assez tarabiscotées, car les sculpteurs romains gesticulent énormément. Peu de gens, de nos jours, savent où est née la Renaissance italienne. Eh bien, c'est en Italie. Michel-Ange, le Tintoret, Fra Angelico, Léonard de Vinci, Saint Raphaël, etc., tous étaient italiens. De leur art, qui porte en lui tout le souffle antique du génie humain, on peut dire que c'est pas de la merde. Plus encore qu'à Rome, c'est à Venise que le visiteur étranger s'esbaudit devant tant de splendeur offerte aux regards. je ne parle pas seulement des filles, qui ont des gros nichons, mais des innombrables palais somptueux qui bordent la lagune vénitienne où la ville s'enfonce désespérément de jour en jour au rythme lent de sa propre décadence. Que le lecteur veuille bien me pardonner ce ton lyrique qui me monte à la plume dès que j'évoque Venise. Je viens de découvrir cette éblouissante cité agonisante et mon coeur se serre à cette évocation. En la quittant, je me suis dit : "Jean, c'est à Venise que tu reviendras mourir." (Depuis le 11 mai, quand je suis tout seul, je m'appelle "jean", en hommage à jean Jaurès.)En résumé, on peut dire que l'Italie est un peu moins bien que la France. Sauf le cinéma italien qui va plus au fond des problèmes que le cinéma marocain, par exemple. "
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