Quelles que soient les explications fournies sur sa première année de mandat par le Président de la République on est objectivement obligé de constater que le mal est fait. On ne reviendra plus sur les conséquences des erreurs prises à l'échelle nationale mais aussi sur celles qui ont été commises sur le plan international. La France a accumulé les maladresses en tous genres et elle « rame » actuellement pour retrouver un minimum de crédibilité. En un an les « rencontres » de Nicolas Sarkozy avec la liste de ce que la planète compte comme responsables pour le moins discutables ainsi que les messages qui leur ont été délivrés ont décrédibilisé la vision gaullienne historique. L'atlantisme avéré du président actuel perturbe d'ailleurs singulièrement une partie de son propre camp. Les visites à Bush, Khadafi, Poutine, Déby, Bongo, Hu Jintao... et quelques autres marqueront cette première année du quinquennat car elles servent de références à une politique étrangère en zigzags. Là encore tout a reposé non pas sur une action cohérente mais sur une exploitation médiatique au profit de l'image présidentielle de circonstances diverses.
Le mal gagne actuellement l'Afrique où les diverses apparitions présidentielles n'ont pas eu l'effet escompté. Loin s'en faut. Ainsi selon une série de télégrammes diplomatiques citée, par le journal le Monde, les ambassadeurs Français en poste en Afrique soulignent la dégradation de l'image de la France sur ce continent. La tendance très forte ne va pas tarder à poser problème dans le climat actuel de menace de famine « économique ». En effet les regards se tournent vers Paris qui jusqu'à présent n'a pas encore élaboré une aide conforme aux enjeux. La « nature » diplomatique ayant horreur du vide la place auprès des états en difficulté a vite été occupée par les... Chinois ou les Américains. L'image de la France « oscille entre attirance et répulsion dans nos anciennes colonies, au gré du soutien politique ou des interventions, militaires notamment, dont ont fait l'objet ces pays », d'après un télégramme de synthèse cité par le journal.
En automne 2007, les avis des 42 ambassadeurs de France en poste en Afrique avaient été sollicités, après notamment un discours du président Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet, très critiqué dans l'opinion et les capitales africaines. L'un des diplomate cité par le journal affirme que « la France n'est plus la référence unique ni même primordiale en Afrique. Les Français ont du mal à l'admettre ». Autant dire que nous avons perdu cette présence culturelle, économique, politique qui existait depuis des décennies. Elle s'est effondrée en quelques mois après des erreurs essentiellement dues à la seule volonté d'exploiter, à des fins politiques nationales, des faits divers de la vie africaine.
LA MAUVAISE IMAGE TCHADIENNE
La présence de bases militaires françaises en Afrique « alimente le fantasme d'une France qui n'agit qu'au profit de gouvernements iniques et pour des causes opaques » a écrit un diplomate qui aurait intérêt à rester anonyme s'il ne veut pas être muté consul aux Kerguelen ! On reproche à la fois à notre pays, depuis un an, de trop intervenir militairement et de lâcher l'Afrique dans le domaine de la coopération. Un autre fonctionnaire ose mettre en exergue les « dégâts durables » pour l'image de la France de l'affaire de l'Arche de Zoé, l'association qui a tenté de faire sortir clandestinement du Tchad des enfants supposés être des réfugiés du Darfour. Les tractations liées à cet épisode plus que trouble des échanges franco-tchadiens n'ont guère profité à la notoriété présidentielle. Cette attitude a singulièrement altéré la crédibilité des interventions humanitaires portées par les Français mais aussi a démontré la volonté de protéger les régimes en place.
Les télégrammes mettent donc également en avant l'incompréhension entre l'opinion française qui tend à voir dans les Africains « des gens pauvres parce que corrompus », et l'opinion africaine qui voit une France « frileuse, doutant de ses intérêts, méfiante à l'égard de la jeunesse africaine ».
Le fameux discours de Dakar n'a pas arrangé la perception de ces générations sur les efforts français effectués en faveur des relations de confiance entre l'Afrique et son pays de référence. La France dispose toutefois parmi ses atouts de la « terrible demande » pour la langue française, et est créditée d'une « connaissance irremplaçable du terrain ». Elle ne l'exploite absolument pas et surtout elle ne maîtrise pas les innombrables liens qu'elle possède, par exemple, entre communes dans le cadre de la coopération décentralisée. Elle pourrait aussi mettre en évidence la formation qu'elle accorde ou qu'elle est susceptible d'accorder aux élites de ces pays surtout marqués par le retour réguliers des charters.
FRANCE TERRE D'ASILE
Alors que l'opération épervier reprend du service au Cameroun, en arrêtant des membres du régime soupçonnés de détournements de fonds publics, les Etats-Unis annoncent leur soutien au pays dans la lutte contre la corruption, via son ambassadrice. Janet Garvey compte remédier au problème en tentant de rapatrier l'argent détourné et épargné aux Etats-Unis, dans les banques américaines. Elle l'a annoncé jeudi lors d'une conférence à l'Institut Supérieur de Management Public de Yaoundé sur le thème, « Ethique professionnelle et lutte contre la corruption » Cette prise de position va poser un problème supplémentaire à la France empêtrée depuis des décennies dans les biens des gouvernants africains situés sur son territoire. Le plus célèbre d'entre eux , Omar Bongo s'est même fâché en apprenant que des journalistes s'intéressaient à ses possessions immobilières. Nicolas Sarkozy a rencontré Omar Bongo à l'occasion de la campagne présidentielle pour selon lui recueillir les bons conseils d'un homme d'expérience. Omar Bongo a aussi rencontré François Bayrou et Jean-Marie Le Pen.
A peine élu, le nouveau président français appelait Omar Bongo pour le remercier de « ses bons conseil », puis le recevait à l'Elysée et ordonnait à tout son gouvernement de passer saluer le doyen des « amis de la France ». Deux mois plus tard, l'amitié entre Nicolas Sarkozy et Omar Bongo se confirme puisque c'est Libreville que le président français choisit pour clore sa première tournée africaine, le 27 juillet 2007. Il n'arrive pas les mains vides, puisqu'il a obtenu, la semaine précédente, un accord jamais vu du Club de Paris qui allège d'au moins 15% la dette gabonaise. Cette amitié a été écornée par un reportage télévisé de France 2 diffusé lors de son journal télévisé du lundi 3 mars 2008 sur les biens mal acquis et les conclusions de l'enquête de police.
Un an après la publication du rapport du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement) et le dépôt de plainte contre 5 chefs d'état africains, le reportage analyse le chemin parcouru par la société civile française qui attend toujours les actes d'une vraie rupture avec la Françafrique. Ce sont de prestigieux hôtels particuliers ou de superbes appartements situés dans les beaux quartiers parisiens. Ces riches demeures ont la particularité d'être la propriété de chefs d'Etats parmi les plus pauvres de la planète. « La France peut-elle rester une terre d'asile pour l'argent volé aux Africains ? Cette immunité garantie depuis quarante ans ne peut plus durer », estiment les initiateurs de la plainte, l'avocat William Bourdon, président de l'association Sherpa, groupement de juristes spécialisé dans les affaires économico-financières, et Odile Tobner, présidente de Survie, contemptrice des réseaux de la "Françafrique". Le document vise en particulier les présidents gabonais Omar Bongo et congolais Denis Sassou Nguesso, ainsi que leurs familles, propriétaires, selon la plainte, de nombreux biens immobiliers de luxe. Il y a fort parier que ces « empêcheurs » de profiter en rond n'ont pas amélioré le climat actuel.
DES REMOUS SIGNIFICATIFS
La France aurait tout intérêt à réagir vite contre cette déliquescence de son image en s'appuyant sur la famine qui va gagner tous les pays. Après les populations du Cameroun, du Burkina Faso, d'Haiti ou encore du Sénégal, les Ivoiriens ont à leur tour marqué leur vive désapprobation face à une situation sociale qui ne cesse de se détériorer. Les 31 mars et 1er avril derniers, les rues d'Abidjan ont été le théâtre de manifestations pour dénoncer la cherté de la vie. Plusieurs centaines de personnes réclamaient de la part des autorités des solutions pour juguler l'augmentation exponentielle du prix de nombreuses denrées de première nécessité à l'instar de l'huile de palme (qui est passé de 600FCFA | à 1 000FCFA), de la viande (1 700 FCFA à 2 000FCFA) ainsi que du riz, du lait, du savon, des carburants ... Là encore, la police a brillé par son acharnement à empêcher l'expression de la démocratie et à refuser à des populations affamées la possibilité de jouir d'un droit pourtant constitutionnellement reconnu. Les manifestations furent ainsi durement réprimées. Selon différentes sources, les forces de l'ordre ont fait usage de balles réelles. La situation va devenir intenable dans des régions où les cultures sont vendues pour survivre, certes à une meilleur prix, mais dans lesquelles il faut ensuite... acheter les produits fondamentaux à un tarif plus élevé ce qui annule la progression des revenus quand ça ne l'aggrave pas ! Au-delà des conflits et des catastrophes naturelles, la hausse des prix des denrées alimentaires devient un phénomène mondial à cause de la crise énergétique et la culture des biocarburants. Si chez nous, on souffre, on fulmine; ailleurs on meurt de faim. Pourtant des rapports d'experts estiment que le monde dispose de moyens financiers suffisants pour nourrir toute la planète comme il se doit.
Nombre d'études nous amènent à un constat affligeant : malgré une forte mobilisation pour l'aide au développement des pays pauvres, aucun résultat n'est perceptible à l'échelle internationale. Jusqu'à tout récemment, la plupart des organismes nationaux et/ou internationaux oeuvrant dans le domaine ont agi de manière sectorielle. Pendant que certains s'occupaient de la santé, que d'autres se chargeaient de l'éducation, d'autres encore s'attelaient à appliquer les ajustements structurels que requiert une économie de marché digne de ce nom... Pour couronner le tout, les organisations travaillant dans le même domaine, comme par exemple celui de la sécurité alimentaire, ont longtemps agi sans concertation. Et on a trop longtemps cru qu'en passant serrer la main à leurs dirigeants on règlerai des problèmes de fond. Ils s'aperçoivent eux aussi que les bonnes paroles ne suffisent plus à nourrir les femems, els enfants et les hommes.
Mais je déblogue...