C'est désormais une certitude, Nicolas Sarkozy a perdu de sa superbe. Finie la période euphorique des repas au Fouquet's, des vacances sur le yacht, des déplacements en jet privé prêté par les amis qui ne comptent pas, les séjours aux Etats Unis, des bijoux jumeaux, des séparations tumultueuses, des mariages glamour... Il est redevenu un distributeur automatique de fausses promesses ou de réformes désordonnées destinées à tromper les électrices et les électeurs sur une politique globale. En fait il a passé ce temps d'antenne exorbitant à expliquer que ce serait le changement sans la continuité. Il va revoir l'emballage mais le contenu sera absolument le même et surtout les résultats seront identiques pour celles et ceux qui... coûtent. Car toute autre analyse est surfaite ou ressemble à un exercice de commentaire du vide. Il ne s'agit toujours que du même principe libéral appliqué à la gestion d'un Etat : pour se refaire une santé financière on réduit outrancièrement les dépenses de « personnel » et on ne cherche absolument pas à augmenter équitablement les recettes. Cette technique conduit droit dans le mur car elle détruit le fondement même de la croissance : la consommation.
L'espoir secret de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers ressemble à celui des joueurs de casino. Ils parient sur une mauvaise passe leur permettant de diminuer toutes les classes sociales qui peuvent ultérieurement leur être défavorable. Ils auront le temps, le moment venu, de se redonner des couleurs quelques mois avant les échéances électorales. Le grand cinéma de hier soir avait été réglé au plus bas. Comme les plongeurs en apnée qui espèrent toucher le fond et remonter par un coup de talon sur le sol, le Président sait qu'il ne pourra plus aller beaucoup plus bas.
Il a par exemple disserté sur des mesures extrêmement significatives d'un plan organisé mais dont la malignité repose sur justement une mise en cause de statuts réputés trop favorables. Cette technique vise en permanence à relancer une lutte des « classes » d'un nouveau style puisqu'il s'agit d'opposer des « groupes sociaux » en enlevant aux uns pour transférer aux autres. Sommairement on parcellise la société, on l'émiette, on la décristallise de telle manière que il en puisse jamais y avoir d'effet de masse. Nicolas Sarkozy a répondu sur des « bouts » de programme comme un candidat qui navigue à vue sans prendre le risque de mobiliser « globalement » sur une politique anti-sociale. Il sait que la société française n'a plus de repères globaux en raison de la confusion des idéaux ramenés à des programmes réputés pragmatiques. L'essentiel de son show médiatico-modeste ressemblait à une bombe à fragmentation qui n'intéresse personne mais qui semble faire des dégâts limités alors qu'elle finira, au fil du temps, par se révéler cumulativement dévastatrice. En fait sur le plan de la communication le coup a été parfaitement monté. En élargissant le nombre des interviewers il a renforcé cette impression d'absence d'attaque frontale en diversifiant les sujets et les personnes. Or il y avait un fil conducteur durant toute la soirée mais il faut avouer que sa reconstitution ressemble au travail confié à une personne devant recoller les morceaux d'un verre en pyrex explosé au sol. Il faudrait récupérer des bribes, des éclats éparpillés ou examiner un sujet précis pour le décortiquer.
UN EXEMPLE CONCRET
La mise en œuvre du Revenu de solidarité Active (RSA) peut servir de base à l'analyse. L'idée à l'apparence d'une bonne idée avec l'odeur des bons sentiments, la couleur sociale, le goût de la république égalitaire alors qu'elle n'en a aucune des caractéristiques. Le RSA n'aura aucun impact social car tout dépendra des conditions dans lesquelles ce nouveau revenu minimum sera être mis en place. Il faudrait qu'il s'accompagne de toute une politique d'insertion dans le monde du travail alors que l'on sait déjà que Martin Hirsch n'en aura plus les moyens.
De nombreuses études des services de statistiques du ministère du Travail ont prouvé que la majorité des bénéficiaires des minima sociaux ne retrouvaient pas de travail non pas pour des raisons financières, mais pour des problèmes de santé, de logement, de transport ou de garde d'enfants. Si l'on veut vraiment s'attaquer à ces facteurs et lutter contre la pauvreté, ce n'est pas 1 milliard d'euros qu'il faut, mais... La plupart des Rmistes cumulent plusieurs freins au retour sur le marché du travail... Pour tous ceux-là, il faut une politique d'accompagnement, via les contrats aidés par exemple. Or, entre 2007 et 2008, 100.000 ont été supprimés. Et puis je crois qu'il faut reconnaître qu'une partie des Rmistes, peut-être un tiers sur 1 million, n'est pas insérable. Mieux vaudrait l'admettre comme l'a fait le Royaume-Uni et leur donner malgré tout les moyens de vivre. Le reste n'est donc que subterfuges provisoires. Alors pour faire passer la pilule Nicolas Sarkozy invente un contre poison : priver une autre part de la population d'un vantage lui permettant d'améliorer son sort. On va donc dresser deux camps de malheureux l'un contre l'autre.
On compte neuf minima sociaux en France, dont trois qui auraient vocation à être remplacés par le RSA: le RMI, l'allocation parent isolé (API) et l'allocation de solidarité spécifique (ASS). C'est compliqué et ça mérite d'être simplifié mais pas au prix d'une coupe sombre ailleurs, chez des gens réputés moins fragiles.
Mais comme chacun d'entre eux correspond à une situation particulière on se contentera de les fusionner sous un seul nom (RSA), mais sans changer les barèmes particuliers. La seule différence, c'est qu'on pérennisera le principe d'intéressement, qui veut qu'on continue à percevoir son aide sociale un certain temps après avoir retrouvé un travail. Avec le RSA, on la percevra tant qu'on reste en dessous d'un certain seuil de revenu soit selon Nicolas Sarkozy 1,1 ou 1,2 smic.
DEPOUILLER LES AUTRES
On a donc inventé de supprimer une bonne part de la prime pour l'emploi actuelle. Il est vrai qu'elle est pour l'emploi est moins « redistributive », car elle est calculée de façon individuelle. Ainsi, deux smicards peuvent cumuler deux PPE élevées, alors qu'ils ne sont certes pas pauvres, mais modestes. Mais tout de même, est-ce bien cohérent de prendre au smicard pour donner au demi-smicard? Quand on met en place une politique de redistribution, on regarde l'ensemble de la population, pas les plus modestes... mais cette triste réalité est passée strictement inaperçue sur le plateau élyséen. Au PS, Stéphane Le Foll a estimé que « ce sont bien les salariés modestes et au SMIC qui paieront sur leur pouvoir d'achat », le Parti socialiste préconisant une augmentation de 50% de la prime pour l'emploi, créée en 2001 par Lionel Jospin. Pour François Bayrou (MoDem) qui a qualifié ce redéploiement d'injuste et insoutenable, « le RSA est évidemment parfaitement fondé, mais la solidarité ne peut pas être mise à la charge des plus pauvres, sans qu'il soit fait appel en quoi que ce soit aux plus riches ». Même son de cloche du côté des syndicats. François Chérèque (CFDT), s'est dit inquiet de la mesure qui renvoie « une image détestable » aux populations les plus modestes qui « touchent parfois 100 euros par mois de prime pour l'emploi, ce qui leur fait un 13e mois ». De son côté, la CGT déplore que la généralisation du RSA soit financée par « l'amputation de la Prime pour l'emploi aujourd'hui versée à plusieurs milliers de salariés modestes ». Mais dès ce matin ces prises de positions ont été noyées dans la masse et ne donneront pas une once de manifestation populaire car les intéressés ne bougeront pas et couleront en silence. Le résultat est clair : on détruit une mesure de la Gauche, on verrouille une « réforme » de la Droite et on y ajoute toujours cette volonté d'opposer des fractions du peuple ! Ce sujet pourtant très précis et très concret apporte la preuve de cette méthode dont Lionel Jospin se demandait sir elle n'était pas « volontairement confuse ».
DES ERREURS VOLONTAIRES
Nicolas Sarkozy a t-il fait une bourde ou un «amalgame» volontaire entre régularisation et naturalisation des sans-papiers ? Le doute est permis quand on sait que cette simple « confusion » permet, une fois encore de dresser une partie de la France contre l'autre partie. « On ne devient pas français uniquement parce qu'on a un travail dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il », a t-il déclaré, dans une probable allusion au Café de la Jatte de Neuilly, établissement dont il était un habitué. Le problème est que la question d'Yves Calvi ne portait pas sur une naturalisation (devenir français) mais sur une régularisation (obtenir un titre de séjour), deux notions différentes. Yves Calvi pose ses trois questions sur les sans-papiers : à chaque fois, Nicolas Sarkozy répond en évoquant des naturalisations. Difficile de penser qu'il ait pu à trois reprises se tromper de sens sur les mots utilisés.
Un Président de la République qui confond naturalisation et carte de séjour ou ne fait pas de différences entre le Gaz et le fioul est non seulement extrêmement inquiétant, mais donne à voir d'un grave manque de sérieux et de compétences. Mais nul ne s'en est véritablement ému dans son propre camp.
Certes, il n'est pas exempt non plus de quelques contradictions. Nicolas Sarkozy prétend ainsi s'incliner devant l'hostilité des élus UMP au droit de vote des étrangers non-européens, mesure qu'il défend à titre personnel, mais pour laquelle il n'aurait "pas de majorité" à l'Assemblée nationale. En revanche, sur les OGM, il n'a pas hésité à confirmer qu'il avait bien su imposer sa volonté aux parlementaires. Comme quoi...
Il a en fait effectué une véritable pédagogie de la mondialisation qui lui permet simplement d'excuser ses errances économiques actuelles. Il menace de tous les maux de la terre les gens qui ne partageraient pas ses convictions même si elles sont en contradiction totale avec ses promesses. Il se contredit sans cesse en maintenant sa politique dans un monde qu'il ne cesse de répéter non conforme à ce qu'il a prévu. Il ne pourra pas augmenter le pouvoir d'achat des Français. Dont acte ! Il ne pourra pas améliorer les services à la population. Dont acte. Il ne pourra pas améliorer les finances publiques. Dont acte. Il va simplement entreprendre un voyage à Lourdes afin de solliciter un miracle en matière de relance économique. Aucune des réformes annoncées ne changera réellement la donne mais en partant de l'axiome qu'il n'y a pas d'autre voie, selon lui, on file droit vers le précipice.
Mais je déblogue...