Jour après jour L'AUTRE QUOTIDIEN approche du millier de chroniques différentes publiées. Je ne me souviens plus véritablement de celles que j'ai pu écrire il y a quelques mois et même parfois quelques semaines. Et j'avoue que je n'ai pas le temps de rechercher les références dont j'aurais parfois bien besoin. Je suis pourtant certain parfois d'avoir évoqué des sujets ou d'avoir annoncé des comportements politiques qui... se sont avérés exacts. J'ai don envie d'aller chercher ces « prévisions » et de les republier afin de démontrer qu'il y a une autre prisme possible à l'actualité pour peu que l'on refuse les canons de l'opinion dominante facile. C'est cet agencement convenu des informations quotidiennement délivrées par les agences qui construit ce que l'on croît aisément être des certitudes.
Prenons par exemple les franchises médicales contre lesquelles je n'ai pas été le seul à clamer qu'il s'agissait d'une supercherie grossière qui tuerait à terme le concept même de la solidarité nationale car les malades devraient simplement être les financeurs du trou de la sécurité sociale. Tout le reste n'était pour moi que de la publicité mensongère. Le soutien financier à un énième plan national contre la maladie d'Alzheimer relevait de l'effet d'annonce comme bien d'autres déclarations présidentielles.
La prévision était assez facile pusique Créon avait déposé depuis de longues années la construction d'un Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) doté d'une section dévolue aux malades d'Alzheimer avec accueil permanent, accueil temporaire et accueil de jour. Un projet jugé expérimental et de qualité par toutes les autorités et dans lequel l'Etat (2,6 millions d'€) et le Conseil général (2,9 millions d'€) avaient abondé. Il se trouve que hier ce lieu a ouvert avec... la section Alzheimer vide car sur les 18 postes nécessaires à son fonctionnement la DDASS a simplement pu en débloquer 8.
J'ai, en de nombreuses circonstances, appelé l'attention des responsables sur cette décision que je prévoyais du style de celle-ci !
Chaque fois il m'a été répondu que je n'avais aucun souci à me faire puisque le « plan Alzheimer » et les franchises médicales allaient pourvoir à cette nécessité du service. Comment douter de pareilles certitudes officielles ? J'avais le sentiment d'être de mauvaise foi, de faire un procès d'intention à une gouvernement et un président sincères face au fléau que représente les maladies du type Alzheimer ! Jusqu'à hier...
UNE ESCROQUERIE MORALE
Les franchises médicales instaurées au début du mois de janvier par le gouvernement « n'ont servi en rien à financer l'aide aux personnes âgées » comme l'avait promis le chef de l'Etat dans le cadre du plan Alzheimer, a en effet affirmé, l'association des présidents de maisons de retraite (AD-PA)
« Le plan Alzheimer annoncé par le Président de la République en début d'année n'est alimenté par aucun crédit nouveau », a dénoncé l'AD-PA dans un communiqué, ajoutant que « les franchises médicales n'ont donc servi en rien à financer l'aide aux personnes âgées, mais ont juste permis de diminuer les dépenses de l'assurance maladie ». Il n'y a rien à ajouter sauf à constater qu'une fois encore la relation de confiance entre les Françaises et les Français et leurs élus sera minée par de tels comportements. Comment croire un seul instant que, par exemple, le paquet fiscal a été imaginé pour relancer l'économie ? Comment admettre sans sourciller que Nicolas Sarkozy défend le pouvoir d'achat ? Comment penser que la trituration des régimes spéciaux de retraite a été entreprise par un simple souci d'équité sociale ? Comment se contenter des arguments liés aux caisses vides ?
Depuis janvier, les assurés sociaux doivent payer 50 centimes par boîte de médicament et par acte paramédical, et deux euros par transport sanitaire, dans la limite de 50 euros par an. Cette mesure devrait rapporter 850 millions d'euros par an selon le gouvernement, qui s'est engagé... à les affecter au plan Alzheimer, à la lutte contre le cancer et aux soins palliatifs. Mais l'AD-PA, qui regroupe des directeurs d'établissements, souligne que les crédits du plan Alzheimer étaient inscrits dès l'automne dans le budget de l'assurance maladie pour les personnes âgées. « Ce plan est donc la simple continuation des petits plans antérieurs, avec même un ralentissement de la dynamique puisque le budget 2008 connaît la plus faible augmentation depuis 2000 », poursuit l'association.
Cette situation a même été officiellement annoncé par les fonctionnaires de la DDASS à la directrice de l'EHPAD de Créon lors de la réunion d'appel qu'elle avait suscitée pour tenter de décrocher les postes indispensables. Dans Le Monde, le Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées (Synerpa) a également déploré l'absence de lien entre le produit des franchises et le financement du plan Alzheimer. Enfin tout le monde affirme que le mensonge présidentiel est avéré... mais on en restera là : les familles garderont les malades encore plus malades que celles et ceux qui participent à la résorption du déficit de la sécurité sociale.
CREDITS NON DEBLOQUES
Le ministère de la Santé a fait part de son incompréhension face à ces griefs. « Il y a bien, comme prévu, 850 millions d'euros affectés au plan Alzheimer, aux soins palliatifs et à la lutte contre le cancer », a indiqué le ministère, ajoutant qu'un rapport serait transmis à l'automne aux parlementaires dans le cadre de la préparation du budget de la Sécurité sociale pour 2009. Le ministère précise notamment que 236 millions d'euros sont affectés à la lutte contre le cancer et à la maladie d'Alzheimer via la médecine de ville (sic), que 307 millions sont destinés aux établissements de santé (sic), que 89 millions vont aux soins palliatifs et 160 millions sont destinés au secteur médico-social.
Dommage qu'aucun journaliste n'ait eu l'idée de demander quels étaient les crédits actuellement affectés aux départements pour faire face aux promesses faites aux établissements. Prenons une exemple simple, clair, précis. Le Ministère pourrait simplement publier la circulaire adressée aux DDASS pour leur signifier les crédits disponibles au niveau du département pour le plan Alzheimer.
J'affirme que cette circulaire n'existait pas il y a encore quelques jours et que donc les sommes disponibles étaient purement théoriques mais absolument pas... concrètes ! Il n'y a pas eu un euro supplémentaire en Gironde à cet effet ! Tous les gens lucides savent qu'une inscription budgétaire n'est pas une somme « dépensable » car il faut attendre l'engagement officiel de la dépense. Je suis certain que ce soir l'un des brillants journalistes présent face à Nicolas Sarkozy va lui poser cette question concrète... et facile !
DES PROMESSES NON TENUES
Il pourrait aussi lui rappeler que le mardi 31 juillet à Dax il avait annoncé lors d'un séjour éclair qui n'a pas été profitable au Maire Ump qui l'avait accueilli, la création d'une franchise médicale « ne dépassant pas 50 euros par an » afin de financer le plan de lutte contre le cancer, la maladie d'Alzheimer et l'amélioration des soins palliatifs. Cette mesure devra permettre de financer ce que l'on avait désigné le 20 juin 2007 comme « chantiers présidentiels » par Nicolas Sarkozy. Des chantiers mal en point Neuf mois plus tard !
Le président avait par ailleurs annoncé la création d'ici « le tout début 2008 » d'une cinquième branche de la protection sociale pour les personnes âgées dépendantes ou handicapées. « J'ai demandé à Xavier Bertrand la mise en place d'une cinquième branche pour prendre en charge la dépendance, l'objectif étant la création de la branche début 2008 », avait aussi indiqué Nicolas Sarkozy au cours d'une table ronde avec des professionnels de la santé dans un hôpital de Dax. Que ce soir un brillant esprit lui demande donc où on en est dans ce domaine
« Le défi de la perte d'autonomie et de l'allongement de la vie est un défi nouveau et structurel », a-t-il souligné. Nicolas Sarkozy avait fait ces autres déclarations à l'hôpital de Dax, dans les Landes. En fait, quelques mois plus tard, il avait changé d'avis. Un an : ce sera finalement le décalage entre la date initialement envisagée et la mise en place effective de la cinquième branche de la protection sociale, dédiée à la prise en charge de la dépendance. Le délai (début 2008) est vite apparu irréaliste au regard de ce qui doit constituer l'une des transformations les plus importantes du système français de protection sociale depuis de longues années.
A l'occasion de la conférence avec les partenaires sociaux organisée à l'Elysée le 6 février dernier, le chef de l'Etat s'est fixé pour « ambition de mettre en place le cinquième risque de protection sociale en 2009 ». Il n'a toutefois pas donné de précision sur le calendrier et les modalités de cette mise en oeuvre, qui devrait débuter par le lancement d'une concertation avec tous les acteurs concernés. Il est vrai que, quand on est atteint de la maladie d'Alzheimer, on oublie tout. Même les discours présidentiels. Alors dépêchez vous à oublier ce que vous entendrez ce soir car ce ne seront que des promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent !
Mais je déblogue...