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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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TOUCHE, COULE EN MEDITERRANEE

Algérie, Libye et Syrie boudent. Turquie et Chypre traînent les pieds. Liban, Jordanie, Tunisie, Maroc se détermineront en fonction de la situation en Palestine. Pour ne pas s'afficher aux côtés du Premier ministre israélien si la bande de Gaza est à feu et à sang. Quant à ce dernier, interrogé actuellement par la justice, il n'est même pas sûr d'être encore en fonction en juillet.... Nicolas Sarkozy prend une nouvelle veste sur le terrain diplomatique. Son projet d'Union de la Méditerranée, maintes fois présenté comme le grand enjeu de son mandat est resté en « rade » à Bruxelles. Il a beaucoup promis, beaucoup distribué. Il s'est beaucoup dépensé et surtout il a déjà beaucoup dépensé pour durant les six mois de sa présidence européenne arriver à un succès le faisant entrer dans l'histoire. La montagne prévue accouchera au maximum d'une souris. Hier le verdict est tombé.
Les Européens, eux, y voyant depuis le début un projet mal ficelé l'ont mis en pièces et mieux en ont fait un « mort né » par axphyxie. Lancé par l'Elysée, celui-ci faisait fi des structures de coopération existantes. Nicolas Sarkozy proposait une style de gouvernance réduite dont il avait pu juger de l'efficacité lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, puisqu'il rencontrait régulièrement ses homologues du Maghreb. Ce club restreint ne correspond surtout pas à la vision d'une UE élargie. Le projet français marginalisait surtout l'Union européenne, déclenchant la colère d'Angela Merkel qui refuse de financer les ambitions de l'Elysée... sachant pertinemment que les caisses françaises sont vides et qu'elle ne veut pas payer pour les fastes de son voisin. Bruxelles a, donc depuis, sérieusement repris la main sur la proposition sarkozyste et l'a adaptée à sa manière.
Ses ambitions et son budget limités, l'Union pour la Méditerranée sera finalement jumelée à l'actuel processus de Barcelone. Sans vrai budget et sans véritable pilotage politqiue. Mieux, au terme de savants aménagements diplomatiques qui constituent un défi à la logique géographique, un pays comme la Lettonie en fera partie, alors que la France rejoindra, elle, le Conseil... des pays riverains de la Baltique. Comprenne qui pourra ! Enfin, la présidence pourrait même échapper à Nicolas Sarkozy pour être confiée au futur président de l'Europe. Un échec sur toute la ligne et il faut bien en convenir une mascarade européenne supplémentaire consistant à créer une énième structure totalement inutile. On ne pouvait pas tout de go annoncer que la France était désavouée par tout le monde.
Nicolas Sarkozy a porté le projet d'Union pour la Méditerranée depuis la campagne pour la présidentielle française en 2007. Il voulait uniquement la participation des pays européens riverains de la Méditerranée, en plus des pays participant au processus de Barcelone initié en... 1995 et qui n'a jamais réellement fonctionné. En mars dernier, à l'occasion du sommet européen, l'Allemagne avait déjà fait part de sa désapprobation mais on avait fait semblant à l'Elysée de n'avoir rien entendu. Plusieurs pays de l'UE avaient suivi cette position de l'amie de... 2 jours de Nicolas mais la volonté française était toujours intacte.
LE PROJET MIS A MAL
La Commission en avait pris note et la commissaire aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner a donc proposé devant les eurodéputés de rassembler au total 44 pays riverains de la Méditerranée et de l'Adriatique : les 27 états membres de l'Union européenne, les 13 membres et observateurs du processus de Barcelone (en faveur d'un partenariat avec les pays du sud de la Méditerranée : Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Israël, Liban, Syrie, Turquie, Albanie et Palestine) ainsi que quatre autres pays (Croatie, Bosnie, Monténégro et Monaco). Une manière adroite de « tuer » le projet car son élargissement détruit véritablement toute chance de le voir émerger dans les six mois qui arrivent ! Une usine à gaz, comme seule l'Europe sait en préparer et en construire qui sera inaugurée à grands frais mais qui ne produira rien de constructif.
Autre point de friction entre Nicolas Sarkozy, la Commission et les autres partenaires : la présidence de cette Union pour la Méditerranée. Paris voulait coprésider durant deux ans avec l'Egypte de Hosni Moubarak. Le Président de la République était même allé au pays des Pharaons en vacances afin de faire ce cadeau du nouvel an à son homologue égyptien. Bruxelles a décidé d'attribuer six maigres mois de coprésidence à la France, correspondant aux six mois de présidence française de l'UE (de juillet à décembre 2008) ; l'autre coprésidence sera, dans un premier temps, déterminée par les pays du sud en leur sein, avant un partage entre le futur président du Conseil de l'UE et le président de la Commission. Telle est la volonté de Bruxelles et on sait qu'elle est sans appel. Exit les deux ans de soleil et de grandes retrouvailles à Malte ou sur un yacht à la taille de l'événement au milieu de la grande bleue !
Enfin, côté financements de cette Union pour la Méditerranée, Bruxelles veut privilégier le recours à des fonds privés, des fonds d'Etats membres ou non de l'UE ou encore aux institutions financières internationales, plutôt que les fonds européens. Pour Benita Ferrero-Waldner, « ces projets régionaux ne peuvent être mis en œuvre au détriment des budgets existants et déjà alloués à certaines missions ». Résultat : rien de nouveau sous le soleil et surtout une coquille vide de sens et de fonds.
LE CAS DES TURCS
L'Union pour la Méditerranée devra donc, uniquement, renforcer le processus de Barcelone initié en 1995 sur la base d'un partenariat Euro-Méditerranée. Il a été fondé, dès le départ, sur les rapports culturels et de paix entre les différents Etats méditerranéens et destiné à favoriser leur développement. La Turquie, dans ce montage, fait figure de cas particulier. Ankara veut une adhésion pleine et entière à l'UE et ne s'est toujours pas prononcée sur une contribution ou non à l'Union pour la Méditerranée ; Paris, catégoriquement opposé à l'adhésion turque, préconise à la place un « statut de partenaire privilégié » auquel n'adhèrent pas les Turcs.
Quant à la Commission, elle dissocie clairement Union pour la Méditerranée et Union européenne et Benita Ferrero-Waldner estime que la Turquie a sa place dans les deux structures. Le secrétaire d'Etat français chargé des Affaires européenne, Jean-Pierre Jouyet, assure qu'il n'y a là « aucun piège pour la Turquie ». Et mon œil.
Les voyages présidentiels en Tunisie, au Maroc, en Algérie, en Egypte, en Espagne ; la venue du démocrate Kadhafi ; le copinage avec la Syrie ; les gages donnés au Liban ; l'arrivée au pouvoir du grand ami Berlusconi... le gringue à Monaco n'auront servi à rien.
La Commission veut plutôt qu'un grand show médiatico- sarkozyste mettre sur pied un projet de dépollution de la mer Méditerranée pour éliminer 80% des sources de pollution de la Méditerranée d'ici 2020. Autre objectif, la construction d'autoroutes de la mer entre les deux rives ainsi qu'entre les pays du Maghreb pour favoriser le commerce notamment. Bruxelles soutient aussi le renforcement de la coopération euro-méditerranéenne en matière de protection civile, d'autant plus importante que le bassin méditerranéen est exposé à un risque grandissant de catastrophes naturelles lié au réchauffement climatique. Enfin, la Commission aimerait développer rapidement un plan solaire méditerranéen pour exploiter les atouts du secteur en termes d'énergie renouvelables. Tout le reste n'intéresse pas les membres de cette Commission toute puissante sur laquelle la France en mauvais état n'a plus aucune prise.
LA PROXIMITE AMERICAINE
Le 14 juillet 2008 qui sera sans nul doute le moment clé de la Présidence européenne française n'aura plus le faste attendu puisque la veille à Paris on annoncera qu'un ersatz d'Union de la Méditerranée. La tribune présidentielle sur les Champs Elysées sera moins garnie que prévue. Hier les ministres arabes des Affaires étrangères, réunis au Caire pour discuter de l'Union pour la Méditerranée, n'étaient pas tous sur la même longueur d'onde. Impossible de dégager une position commune. Le ministre égyptien, en dépit de ses efforts, ne pouvait le masquer. On connaît les objections : aspect encore flou, arrière-pensée de contournement de l'adhésion de la Turquie à l'UE et surtout normalisation gratuite avec Israël. La question ne se pose pas pour ceux qui ont des relations avec Israël, elle se pose pour des pays comme la Syrie, la Libye ou l'Algérie.
Comment peuvent-il siéger dans un organisme international avec un pays qu'ils ne reconnaissent pas ? Le principe de normalisation des relations contre retrait de l'armée israélienne des territoires occupés. On est loin du « front du refus », mais cette ligne « minimaliste » (reconnaissance contre retrait) devra être réaffirmée avant le 13 juillet prochain. Ce n'est pas un secret que l'Union Pour la méditerranée est suspectée dans le monde arabe de servir de tremplin à la normalisation et en fait d'être une idée pro américaine forçant les pays arabes à reconnaître de fait Israël sans concession de la part de l'Etat hébreu .
La réorientation de la diplomatie pro-américaine de Nicolas Sarkozy est devenu un élément supplémentaire qui renforce les doutes persistants à l'égard de l'UPM. L'alignement français sur la stratégie des ultraconservateurs américains et Israël ne va pas faciliter la création de cette structure. La France a perdu ce qui faisait sa force et son originalité : une certaine indépendance vis-à-vis des Etats-Unis et désormais ses liens avec le monde arabe en général deviennent beaucoup plus distendus. La commission européenne, même largement proche des USA sur bien des points au nom de l'idéologie libérale, ne souhaite vraiment pas à entrer dans ce jeu de dupes et elle a donc visiblement pris ses distances. La tentative française de se servir de son Union pour conduire à une normalisation de fait des rapports entre Israël et ses ennemis de toujours a du plomb dans l'aile. Les ambitions devront être comme toutes les autres revues à la baisse.
Mais je déblogue...
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