Les grands enjeux sociétaux sont de plus en plus éclipsés par la futilité du quotidien. Pour ne pas détourner leurs destinataires des messages médiatiques les rédactions appliquent en effet une hiérarchisation qui génère le moins de temps, le moins de frais, le moins de personnel. D'ailleurs les syndicats de journalistes ont bien souligné dans la réforme en cours de la télé publique combien les restrictions budgétaires allaient altérer la qualité de leur travail quotidien. mais c'est comme pour les attaques présidentielles ou Ump vis à vis de l'AFP extrêmement peu de citoyennes et de citoyens ont réagi à ces prédictions. Actuellement les véritables enjeux ne sont pourtant pas nombreux et tournent globalement autour de l'énergie, de l'eau, des déchets et de l'éducation. Le reste n'est pour notre avenir collectif que de dérisoires jeux personnels.
Ce week-end par exemple la machine s'est remise en route pour produire ces dramatiques rivalités de personnes occultant sans cesse l'idéologie. Incroyable répétition de l'histoire, tout débat de fond au PS, va devenir impossible car il est déjà inutile puisque les médias ont décidé d'en faire un face à face Delanoé-Royal avec illico un duel sémantique sur le mot les sièges des plateaux de télé alors qu'ils... vivent de la presse écrite. Pourtant qu quotidien la situation s'aggrave avec pour toutes les catégories sociales des difficultés concrètes ne pouvant être résolues que par une modification des comportements collectifs qu'aucun texte de motion, aucun arrêté, aucune ordonnance, aucune loi, aucune intervention présidentielle ne peut modifier en un laps de temps très court. Hors le temps presse avec des « pressions » extérieures sur un modèle social qui comme la cigale de la fable se trouve fort « dépourvue » face aux exigences du moment.
Bien sûr on pourrait évoquer le pétrole, le gaz et l'électricité dont les prix vont causer des ravages économiques globaux et des défaillances familiales dont personne ne connaît véritablement les conséquences. Bien sûr il y aurait beaucoup à écrire sur les ressources en eau potable dont on ne s'inquiètera une fois encore que quand l'été sera venu. En fait hier ce sont des événements relatifs aux déchets d'une société dans laquelle on n'a cessé de creuser un fossé entre les comportements insouciants de consommateurs et les exigences d'une attitude citoyenne qui auraient pu occuper la une de l'actualité. Et ceux de la région de Naples devraient être analysés avec beaucoup plus d'intérêt par des médias qui en font trop schématiquement une affaire mafieuse comme si, chez nous, ce genre d'événements ne pouvaient absolument pas se produire. Berlusconi a promis, comme son ami français de résoudre énergiquement ces difficulté récurrentes, se vantant même de mettre un terme à une situation existant dans bien d'autres pays mais de manière moins ostentatoire. Il a souhaite même en faire une exploitation médiatique avec une mise en scène que nous connaissions dans le genre : « vous allez voir ce que vous allez voir ! »...
GERER D'ABORD MEDIATIQUEMENT
Mercredi, Silvio Berlusconi a en effet officiellement désigné mercredi un "Monsieur Ordures" pour mettre fin à la crise des poubelles à Naples. Le chef du gouvernement italien a aussi annoncé la création de nouvelles décharges ainsi que l'intervention de... l'armée pour nettoyer la ville et ramener l'ordre. Silvio Berlusconi a organisé un conseil des ministres extraordinaire à Naples même pour présenter ses solutions dans un dossier devenu emblématique de l'incapacité de Rome à gérer les affaires dans le Sud. Il s'était engagé à régler la question lors de la campagne électorale des législatives d'avril qui a ramené le centre-droit aux commandes du pays. Or il n'a fait que du médiatiquement vendable puisque la plupart des mesures reprennent celles du précédent chef du gouvernement de centre-gauche Romano Prodi, qui ne les avait que partiellement et ponctuellement appliquées. Elles n'avaient pas pu être mises en œuvre en raison de cette dichotomie entre le statut « consommateurs » et celui de « citoyens » en Italie... comme en France. En ayant laissé croire aux premiers qu'ils pouvaient au nom de leur rentabilité économique (« la croissance est portée par la consommation des ménages » entend-on en leitmotiv) s'affranchir des obligations de l'intérêt général les sociétés actuelles s'avèrent incapables de résoudre les difficultés structurelles qu'elles traversent. Naples n'est donc que le reflet amplifié d'une situation que toute l'Europe rencontre avec plus ou moins d'acuité.
La crise des déchets est en effet récurrente à Naples et dans la région de la Campanie depuis des années, résultat d'années de mauvaise gestion, du... refus véhément des habitants de l'ouverture de décharges supplémentaires et, selon les autorités, de l'infiltration de la mafia dans le lucratif marché de la gestion des déchets.
Depuis décembre 2007, le chaos s'est installé à Naples. Les décharges sont pleines, les éboueurs se sont mis en grève et les ordures s'amoncellent dans les rues de cette cité d'un million d'âmes, d'où s'élève une odeur pestilentielle. Des incidents violents ont éclaté entre des habitants et des pompiers venus éteindre les feux de déchets et les autorités sanitaires s'inquiètent des dangers pour la santé, à l'approche de l'été mais... dès qu'une éventuelle solution est proposée elle se heurte à de violentes oppositions locales sur le principe social devenu clair « résolvez les difficultés mais... chez les autres ! »
EMEUTES LOCALES
Après une nuit d'émeutes à Chiaiano, banlieue populaire de Naples, de nouveaux heurts ont opposé ainsi opposé hier la police italienne à des habitants hostiles à l'ouverture d'une décharge annoncée par le gouvernement de Silvio Berlusconi pour mettre un terme à la crise des ordures. L'Italie a donc expérimenté une fois encore le décalage entre une volonté collective de retour du « Caïman » au pouvoir et l'acceptation des mesures qu'il avait annoncées comme différentes de celles de Prodi présenté comme incapable de résoudre le problème.
Deux carabiniers et deux manifestants ont été blessés lorsque les forces de l'ordre ont entrepris de déplacer un autobus qui barrait l'accès à la carrière choisie pour abriter cette décharge, rapportent des témoins. La police a fait état de jets de cocktails Molotov... et d'une violence préoccupante.
A l'occasion de son premier conseil des ministres, délocalisé à Naples pour marquer sa détermination à en finir avec cette crise qui dure depuis la fin de l'année dernière, Silvio Berlusconi, réélu en avril à la tête du gouvernement, avait signé mercredi un décret ordonnant l'ouverture de plusieurs décharges classées « zones militaires », en attendant la mise en service de nouveaux incinérateurs. Le Premier ministre, décidé à démontrer son énergie indestructibles, s'était engagé à combattre le problème « exactement comme s'il s'agissait d'un tremblement de terre ou d'une éruption volcanique » mais dès que les détails du décret, notamment en qui concerne les sites retenus, ont été dévoilés (notamment l'utilisation de la carrière désaffectée de Chiaiano) les « consommateurs » ont refusé de devenir « citoyens »
Bien évidemment à gauche, on dit comprendre l'hostilité des riverains à l'ouverture de ces décharges, tout en jugeant la mesure préférable à l'accumulation des déchets sur les trottoirs. Et à droite on affirme que « les maires (NDLR : c'est toujours sur eux que retombe la responsabilité) des communes où des décharges vont être ouvertes doivent faire comprendre à leurs administrés que les ordures qui s'entassent et brûlent dans les rues sont plus dangereuses pour l'environnement et leur santé ». Et ça c'est une autre paire de manches car c'est moins facile que de rédiger un décret ou un arrêté ! D'autant que Berlusconi a une responsabilité lourde sur ce dossier qui n'est pas nouveau. Mais comme en France, de retour au pouvoir il a oublié qu'il avait eu durant des années la possibilité de régler la situation et qu'il ne l'avait pas fait !
UN PROBLEME DE SOCIETE
« L'exaspération des habitants de Chiaiano (...) ne justifie pas la violence. Et il ne s'agit pas d'une décharge dangereuse », a assuré Ermete Realacci, chargé des questions environnementales au sein de l'opposition de gauche. Pendant la campagne pour les législatives, Berlusconi avait pourtant rejeté la responsabilité de la crise sur le gouvernement de centre-gauche qui gouvernait depuis deux ans l'Italie et la Campanie, dont Naples fait partie.
Walter Veltroni, chef de file de la gauche, a rétorqué que la crise, nourrie par l'étroite implication de la mafia locale, existait déjà lors du précédent mandat du « Cavaliere », de 2001 à 2006. On s'était durant ces 5 ans contenté, c'est le cas de l'écrire, laisser pourrir la situation ! Dans bien des domaines il en est ainsi... comme si à un moment ou à un autre il ne fallait pas avoir le courage de décider après un processus le plus démocratique possible. Par exemple en France, il est indispensable de ne pas réduire l'utilisation du processus de référendum d'initiative locale à une collectivité locale mais à de le prévoir éventuellement à l'échelle d'un territoire plus vaste.
Le problème de l'élimination de NOS déchets n'a pas une solution mais de multiples solutions. Il ne se résout pas par UN lieu de stockage ou par UNE usine de traitement mais par une modification profonde de nos habitudes de vie, par une éducation citoyenne incessante, par un retour du principe que l'intérêt général ne saurait être la conjonction d'intérêts particuliers, par la nécessité de marteler que les « grands principes » se traduisent toujours par des applications locales concrètes... Naples n'est qu'une illustration paroxystique d'une réalité des pays dits industrialisés. Dans bien d'autres lieux de la planète la situation est mille fois plus préoccupante sans que les caméras de télévision pointent leur nez dans le sillage du propriétaire des sociétés qui diffuseront les images. A Naples on retrouve concentrés de manière caricaturale les événements ordinaires d'une vie collective reposant simplement sur le profit... et sur la faiblesse de la puissance publique qui n'est qu'un colosse aux pieds d'argile ! Il faudra des mesures plus énergiques comme la nationalisation du système de traitement pour enfin résoudre des difficultés que le milieu privé ne sait plus résoudre autrement que par des décisions prises, dans les faits, à son avantage par l'Etat!
Mais je déblogue...