La parité en politique entre trop lentement dans les habitudes mais elle prend parfois des allures sur la planète tout à fait spécifiques. Il faut bien constater, sans être un sous misogyne, que la pipolisation des comportements donne désormais aux femmes un rôle jusque là inédit. On a bien vu dans de grands pays que le statut de « femme de... » servait à la fois à entrer dans des élections de très haut niveau.
C'est ainsi qu'en Argentine on a toujours vu dans le sillage de Nestor Kirchner son épouse Cristina. Elle l'a accompagné à tous les étages du pouvoir depuis celle de la ville de Rio Gallegos, capitale de la province de Santa Cruz en... Patagonie avant d'arriver à la présidence de la république Argentine. Elue députée de la province de Santa Cruz en 1989 puis réélue en 1993, membre de la convention constituante de 1994, elle devient Sénatrice nationale de Santa Cruz l'année suivante puis Députée nationale avant de redevenir Sénatrice nationale de la même province en 2001. En 2005, Cristina Kirchner remporte un nouveau mandat de Sénatrice nationale, mais cette fois dans la province de Buenos Aires. Entre-temps Nestor Kirchner est devenu le 25 mai 2003 Président et elle Première dame de l'Argentine. Elle a toujours milité et arpenté les allées de la politique dans son pays. Elle a toujours été considérée comme une femme politique indépendante, convaincue ayant acquis une grande expérience de terrain.
Péroniste de gauche, avocate des Droits de l'Homme, Cristina Kirchner a en effet défendu, sans faiblesse, des valeurs de justice sociale. Elle est très active dans la moralisation de la vie de son pays, luttant notamment contre la corruption et contre l'impunité des anciens responsables de la dictature. Elle manifeste également un intérêt marqué pour tout ce qui touche à la Culture et au développement culturel.
Surnommée « la reine Cristina », souvent comparée à la "Santa Evita" du petit peuple argentin, première épouse du populiste Juan Peron, cette Hillary Clinton sud-américaine, comme elle brillante avocate, Sénatrice, épouse de président, de gauche, belle, élégante et autoritaire, est proche de la plupart des chefs d'Etat du continent latino-américain, en particulier de la présidente du Chili Michelle Bachelet, mais aussi de Lula (Brésil) et de Hugo Chavez (Vénézuela). Elle a d'ailleurs franchi toutes les étapes sans aucune embûche si ce n'est qu'elle avait d'abord beaucoup contribué à la victoire de son mari avant de penser à sa propre carrière.
Cristina Kirchner, extrêmement populaire et surtout dotée d'une excellente image médiatique grâce à une pipolisation du couple présidentiel durant des mois elle est devenue le 28 octobre 2007 la première femme présidente de la République d'Argentine. Ce parcours est bien différent de celui de sa voisine chilienne qui a dû aller chercher son élection sans aucun soutien de la presse et des télévisions. Les deux ont pourtant inspiré bien des choix de communication dans notre propre pays.
L'ARRET SUR IMAGE
Femme de président, Hillary Clinton a beaucoup donné. Sa défaite lors des primaires démocrates freine probablement provisoirement son goût immodéré pour le pouvoir. Elle aussi n'a jamais failli dans le soutien à la carrière de son mari, utilisant son image de femme fiable, solide, digne pour prépare son propre avenir. Bill Quand Clinton devient gouverneur de l'État d'Arkansas Hillary devient alors Première Dame de l'état pendant douze ans. Elle préside le comité des programmes de l'enseignement de l'État co-fonde l'association de soutien des enfants et familles d'Arkansas, et est aussi membre des comités directeurs des hôpitaux pour enfants, des services légaux et du fond de défense légal des enfants.
Elle milite, elle s'investit, elle prend des risques sans que l'on sache alors si elle est... à son compte ou si elle travaille véritablement pour son mari. Quand son époux est élu à la Maison Blanche en 1992, avec son aide inconditionnelle, Hillary devient la Première dame du pays et probablement, parmi celles-ci, la plus impliquée dans la vie politique fédérale... pour essuyer des moments épouvantables avec le scandale Lewinski dont elle sortira humiliée mais grandie. Sénatrice de New-York elle va se lancer méthodiquement dans la course à la présidence dans laquelle elle vient d'échouer... malgré l'appui de son mari retraité.
Il est difficile de considérer qu'après les périodes détestables qu'elle avait traversées, elle ait pu bénéficier véritablement d'un soutien médiatique positif. C'est au contraire son adversaire dans les primaires démocrates qui a réussi à capter les effets bénéfiques d'un système ayant conservé une certaine réprobation à l'égard de celle qui n'avait pas voulu accabler son mari en difficulté pour des problèmes n'ayant rien à voir avec... la politique. Hillary Clinton, comme avant elle Jackie Kennedy ont inspiré bien des épouses de présidents et même, c'est un secret pour personne, bien des candidates aux fonctions suprêmes. Manière de s'exprimer, choix des vêtements, positionnement dans les manifestations ou les voyages : on a maintes fois tenté de copier le style Kennedy puisque ce fut le premier couple qui véritablement lança cette notion en politique. Mais contrairement à Cristina Kirchner ou à Hillary Clinton, jamais Jackie Kennedy ne souhaita jouer un autre rôle que celui de faire valoir !
RESPECT MADAME
Il semble bien que cette position de « première dame » considérée comme celui d'une « accompagnatrice » sans autre implication que celle de participer aux inaugurations des chrysanthèmes ait été mise à mal par Danielle Mitterrand. Cette dernière a eu la volonté permanente d'exister en dehors du pouvoir présidentiel. Elle s'est construit une vie personnelle reposant sur uniquement sur ses convictions. Pas question de laisser sur le perron de l'Elysée son franc parler, ses positions contraires à celles de son mari ou parfois dérangeantes pour la France. Danielle Mitterrand n'a jamais accepté d'être « exploitée » médiatiquement sur des problèmes de politique intérieure. Elle n'avait aucune tentation d'effectuer une carrière politique comme ne l'a pas fait après elle Bernadette Chirac. Elle restait sur des principes, des symboles et a sans cesse refusé d'entrer dans l'arène. Encore maintenant elle n'a pas bougé d'un iota s'évertuant à réveiller des consciences de Gauche endormies sur la problématique de l'accès à l'eau potable sur une planète « marchandisée » à outrance. Elle refuse les honneurs, les comparaisons, les mondanités pour n'être qu'une femme militante sans autre ambition que celle de servir la cause de ses idées. Ce fut une autre époque.
La France a en effet vécu depuis maintenant deux ans, un psychodrame autour de ce qui n'est pas une fonction mais plutôt un rôle. D'abord avec le refus de Mme Sarkozy d'entrer dans des calculs de communication que d'autres élaboraient pour elle. En fait son renoncement accompagnait un débat qui n'a jamais eu lieu sur la position sociale de l'épouse du président que l'on ne se poserait d'ailleurs pas dans l'autre sens pour le... mari d'une éventuelle présidente. Les médias alléchés par cette « production » hollywoodienne ont bien évidemment exploité le filon. L'arrivée dans le jeu de Carla Bruni allait leur offrir une source inépuisable de pipolisation de ce qui n'avait été jusque là que... politique. Enfin des images glamour pour magazines destinés à ce grand public qui ne veut plus d'idéologie mais des bons ou mauvais sentiments.
UN SONDAGE REVELATEUR
Les Français sont donc désormais 57% à considérer que le fait que Carla Bruni-Sarkozy « poursuive sa carrière artistique » est « compatible avec son rôle de Première dame de France », selon un sondage Ifop pour l'incontournable le Journal du dimanche. Franchement dans le contexte actuel où sur le plan social les gens devraient avoir bien d'autres sollicitations je trouve ce type de sondage totalement surréaliste.
Les Français à l'inverse sont 42% à estimer que cette carrière artistique n'est pas compatible avec le statut d'épouse du chef de l'Etat, et 1% ne se prononcent pas. C'est dire l'importance de cette enquête !
Les personnes sondées sont également 68% à se dire satisfaites du fait que Carla Bruni-Sarkozy soit la Première dame de France, contre 35% se disant mécontents, et 6% ne se prononçant pas comme s'ils pouvaient avoir une influence sur sa présence à l'Elysée.
Elles sont aussi 64% à dire que Mme Bruni-Sarkozy « représente bien la France à l'étranger » (contre 35% estimant l'inverse), 60% à estimer qu'elle « renouvelle le rôle de première dame de France » (40% estimant l'inverse), 52% qu'elle a une « influence positive sur le président de la République » (44% estimant l'inverse).
Parmi les personnes interrogées, 45% jugent que Carla Bruni-Sarkozy devrait « rester davantage en retrait », contre 54% estimant l'inverse. Ah ! au fait le troisième album de Carla Bruni-Sarkozy sortira le 21 juillet chez Naïve et comportera 14 titres majoritairement écrits et composés par elle. Souhaitons qu'il soit politiquement correct et qui sait si dans le clip il y a une place pour une image ou deux du président de la République ce ne serait pas mal pour son image.
Le seul fait que l'on ait l'idée dans un journal de payer (espérons qu'il l'a été) un sondage sur un tel sujet démontre que le virage est pris : on se tourne définitivement vers une politique spectacle. Elle va lentement ronger les références pour laisser la place au futile. A quand la première candidature « familiale » à la Présidence ?
Mais je déblogue...