Il faut bien avouer que pour suivre la logique de la politique Sarkozyste on doit avoir un décodeur spécial. Elle peut en effet passer de l'ultra libéralisme à l'interventionnisme permanent et parvenir à justifier le second avec les arguments contraires lui ayant permis de faire avaler le premier. Un jour on privatise à tout va pour renflouer les caisses vides d'un Etat défaillant comme l'ont d'ailleurs fait, sous l'influence de l'Europe, tous les gouvernements de gauche ou de droite depuis 30 ans. Le lendemain on s'aperçoit que dans le contexte actuel de la domination de l'économie sur le politique générant des catastrophes sociales, qu'il faut que l'Etat rejoue un rôle d'actionnaire dans des entreprises clés. C'est la Droite qui fait une politique partiellement de gauche pour se sauver et un peu plus tard c'est la Gauche qui s'évertue à démontrer qu'elle perd ses valeurs pour paraître efficace.
Nicolas Sarkozy se veut pragmatique. Il navigue en fait à vue selon le sens du vent. Il affirme sans cesse dans l'instant qu'il va sauver des pans entiers de l'industrie, des activités fondamentales, des services en sachant pertinemment que les textes mettront des mois à sortir, que l'Europe s'y opposera, qu'il n'y a pas un Euro réel à mettre sur la table. Il fait du brassage d'air pour calmer des esprits échauffés.
On a donc appris que le gouvernement avait brutalement décidé d'entrer au capital des ex-Chantiers de l'Atlantique pour « sécuriser ses intérêts stratégiques et industriels », stupéfiant leur principal propriétaire, le norvégien Aker Yards, qui n'a pas encore donné son feu vert à la transaction... Typique de la méthode : annoncer sans avoir la moindre idée de la manière dont ce sera réalisé.
Le Premier ministre François Fillon a signé un 3accord de partenariat industriel3 avec le chantier naval sud-coréen STX Shipbuilding, actionnaire principal du norvégien Aker Yards. « L'engagement que STX a pris, c'est de faire en sorte que Aker Yards vende 9% de Aker Yards France (ex-Chantiers de l'Atlantique) sur les 75 que le groupe norvégien détient dans les chantiers navals français, qui emploient 3.000 salariés à Saint-Nazaire et autant de sous-traitants.
Son conseil d'administration devrait avaliser cette opération « dans les quelques mois qui viennent, au plus tard d'ici la fin de l'année », selon la même source. Elle représente « quelques dizaines de millions d'euros ». C'est le second volet de la méthode : tout est au conditionnel et décalé dans le temps car tout le monde sait que dans 8 mois personne ne s'en rendra compte si, par le plus pur des hasards, cette transaction interventionniste reste lettre morte. En attendant on aura mis en œuvre ce que l'on avait promis aux métallos de Gandrange et qui a été oublié !
Avec 39,2% du capital du groupe norvégien STX dispose d'une minorité de blocage mais il n'a qu'un seul représentant sur neuf (dont trois représentants du personnel) dans le conseil d'administration. La participation de l'Etat français, à côté de celle d'Alstom qui détient déjà 25% de l'entreprise, garantira aux intérêts français une minorité de blocage de 34% au capital. Nicolas Sarkozy a trouvé la solution miracle, l'antidote au déménagement des fleurons de l'industrie française. Mais bon sang de bonsoir comment n'y a-t-on pas pensé avant ?
ANNONCE MAIS PAR REGLE
Le français Alstom, ancien propriétaire des Chantiers, s'est engagé à en conserver 25% jusqu'en 2010, pas au-delà Il a donc refusé de commenter l'accord car ce serait avouer qu'il a lui aussi été mis devant le fait accompli. On trouverait aussi que l'opération a tout de même une durée de vie limitée ! Svein Sivertsen, président du conseil d'administration et directeur général par intérim d'Aker Yards, s'est dit « surpris d'apprendre par voie de presse que le gouvernement français a annoncé son intention d'acheter au total 34% des actions d'Aker Yards France » car c'est ce qui serait obligatoire en 2010 en cas de retrait d'Alstom. Voici que le gouvernement admet que l'on ne peut plus dans le monde actuel laisser la loi du marché être le seul élément de régulation de l'économie. Il va falloir vite le dire aux Socialistes pour qu'ils s'en rappellent au moment des textes de son Congrès !
En échange de son entrée dans Aker Yards France, le gouvernement français a par contre accepté de laisser aux Sud-Coréens un droit de regard sur les chantiers navals français, fabricant partiellement des navires militaires ce qui n'est pas une mince concession. Les chantiers de Saint-Nazaire ont en effet réalisé récemment toute la partie avant des deux bâtiments porte-hélicoptères longs de près de 200 mètres, le Mistral et le Tonnerre. Il est question, si la France décide de construire un second porte-avion en 2011, qu'ils en réalisent toute la coque. Mais il est vrai que le Ministère de la défense a récemment attribué au nom de la libre concurrence le marché d'entretien des Hercules 330 de sa follet aérienne à une entreprise... portugaise !
Par ailleurs, dans l'accord signé jeudi, STX a promis ne pas développer de capacités industrielles concurrentes de Aker Yards France en dehors de l'Europe, selon la même source. Une nouvelle qui met du baume au cœur des syndicats français, inquiets de voir les Sud-Coréens piller le savoir-faire de l'entreprise en construction de paquebots. On croit rêver dans cette période où on explique qu'on ne peut rien faire face à la mondialisation et que toute ingérence étatique dans l'économique relève d'un archaïsme dramatique.
RIEN DE CONSTRUIT
Challenges dresse d'ailleurs un édifiant tableau de la « politique industrielle » de ce gouvernement qui mélange la chèvre et le chou. L'Elysée a ainsi donné, en septembre 2007, l'impulsion décisive au projet de fusion lancé par le gouvernement Villepin, en demandant à Suez de mettre en Bourse son pôle environnement afin de « maigrir » et de permettre à l'Etat de conserver une minorité de blocage dans le nouvel ensemble. Le rapprochement entrera en vigueur à l'été 2008... avec à la clé la fusion avec GDF dans un contexte où l'énergie a au moins autant de prix pour l'avenir que... la construction des paquebots. En décembre, l'Etat a cédé 2,5% (soit 3,7 milliards d'euros, alors qu'il en espérait 5) du capital d'EDF, afin de financer un plan d'investissement pour les universités. Des rumeurs d'une nouvelle cession de titres ont couru depuis, l'Etat détenant 84,8% du capital et pouvant descendre à 70%. Le contraire de ce qui est fait dans d'autres secteurs. Dès juillet 2007, Nicolas Sarkozy est intervenu dans la gouvernance du groupe européen d'aéronautique et de défense, en crise du fait des retards de l'A380. Avec Angela Merkel, il est parvenu à un compromis mettant fin à la gouvernance bicéphale du groupe. Depuis, a également été régulièrement évoquée l'hypothèse d'une "golden share" (action avec droit de veto) accordée aux Etats français et allemand. Ce fut en fait l'échec direct de l'Etat actionnaire mêlé à des tripatouillages et surtout incApable de contrôler son engagement formel dans une entreprise capitale pour son économie.
Dans le secteur toujours ultra sensible du nucléaire le gouvernement souhaite dénouer l'avenir du groupe public AREVA d'ici la fin de l'année 2008. Les deux hypothèses le plus souvent évoquées sont une fusion avec Alstom (solution qui aurait les faveurs de Nicolas Sarkozy) ou une mise en Bourse d'une fraction de capital du groupe. Tiens là on solde pour peut-être un jour racheter des actions vendues par simple idéologie.
Face aux déboires de l'équipementier franco-américain Alcatel Lucent, le gouvernement, s'il s'est refusé à intervenir sur le plan social, a dialogué avec la direction et les syndicats. Il pourrait lancer un plan d'action pour la filière télécoms, voire, à terme, selon certaines sources, prendre une participation au capital du groupe. Comprenne qui pourra... En fait c'est au coup par coup selon les... intérêts de qui ? Il faut toujours aller chercher le « billard à trois bandes » et détecter à qui profite la vente, l'achat, le plan social ou l'annonce !
DES PROMESSES ET AUCUN ACTE
Pourquoi quand déboulent des menaces de fermeture ou de délocalisation il n'y a pas eu d'interventions autres que celles des mots. Face à la suppression de 575 emplois sur 1.000 dans l'usine de Gandrange, Nicolas Sarkozy a rendu visite aux salariés le 4 février et leur avait promis des investissements de l'Etat, avec ou sans l'aide du groupe sidérurgique. Pas de résultats depuis et plus aucune nouvelle... Il n'est pas question de prendre une minorité de blocage dans le capital de l'usine ou de mettre des fonds publics pour protéger cette filière déjà totalement démantelée depuis quarante ans. Arcelor Mittal ne sera pas aussi surpris que les Norvégiens des ex-chantiers navals de l'Atlantique car le Président de la République lui-même avait annoncé la méthode : rien n'est venu.
Le plan social de l'usine ArcelorMittal de Gandrange (Moselle) est en effet validé depuis le vendredi 30 mai puisque le comité d'entreprise l'a en effet entériné de fait en rendant son avis sur les "mesures d'accompagnement". Un avis dont le groupe n'a pas précisé s'il était positif ou négatif.
Le plan social prévoit...575 suppressions d'emplois sur 1.100 dans l'aciérie. Le groupe va maintenant discuter de l'avenir des salariés concernés. Un dispositif de fin de carrière sera ouvert aux salariés qui sont au plus à trois ans de leur retraite, qui travailleront 50% de leur temps sur le site de Gandrange jusqu'à la retraite et toucheront 85% de leur salaire. Pour les autres salariés, un plan de reclassement interne en CDI sera prévu, « prioritairement dans les sites voisins », ceux de Florange (Moselle) et du Luxembourg. Ce volet prévoit en particulier un « ccompagnement à la mobilité » avec « la couverture de tous les frais engagés » et le versement d'une « indemnité complémentaire d'aide à la mobilité représentant 3 mois de salaire » Face au plan de restructuration de l'usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle), qui menace 900 emplois, Nicolas Sarkozy a promis de soutenir la "revitalisation" du bassin d'emplois sinistré. Jusqu'à quand se décidera-t-on à agir en redonnant au politique sa place dans la gestion de la société et quand cessera-t-on de croire que le capitalisme peut réguler le volte social sans contraintes ?
Mais je déblogue...