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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA BOURSE AU TAPIS

Ah ! mon bon monsieur, le libéralisme n'est plus ce qu'il était ! On a beau être protégé par les institutions ou les gouvernements, il est impossible d'échapper à la redoutable règle de la concurrence. Elle peut vous avoir des profits considérables, mais aussi des pertes phénoménales. Il circule même une rumeur étonnante : en France, jamais le libéralisme n'a été aussi heureux que quand la Gauche était au pouvoir ! Oui, oui, vous avez bien lu. Il suffit de comparer l'évolution des cours de la Bourse pour s'en persuader... Le libéralisme, qui avait fait sa « fortune » idéologique sur l'échec incontestable du communisme, se délite chaque jour davantage car la loi de la jungle n'a jamais été favorable à toutes les espèces... surtout les plus fragiles. Chaque jour, elle permet d'affaiblir, de dépecer, de dévorer, de supprimer ! C'est la rançon d'un système social non maîtrisé qui peut s'effondrer comme un château de cartes bancaires.
Ainsi, la Bourse de Paris a de nouveau fortement chuté de 3,09%, affichant une perte d'un quart de sa valeur depuis le début de l'année, dans un marché miné par la crise financière venant des Etats-Unis, le pétrole cher, sur fond de tensions avec l'Iran. Trois paramètres que personne ne maîtrise réellement dans le monde libéral, mais qui soufflent comme un vent mauvais tout autour du monde. L'indice parisien a abandonné 130,92 points, venant buter à 4.100,64 points, dans un volume d'échanges étoffé de 5,8 milliards d'euros. Le CAC 40 a perdu... le quart de sa valeur depuis le début de l'année (-26,96%), et affiche une chute vertigineuse de plus de 1.000 points depuis le 19 mai dernier, sans que le gouvernement, au nom de la sacro sainte loi du marché, s'en préoccupe officiellement. Il est vrai que Londres a reculé de 2,69%, Francfort de 2,41% et l'Eurostoxx 50 de 2,60%. Six semaines consécutives de baisse en France, on n'avait pas vu ça depuis octobre 1998 et juillet 1997. La situation est inédite, et personne ne sait véritablement où elle va mener l'économie planétaire. Les pertes sont colossales et elles ressemblent à une fuite dans un réservoir sous pression. Ce n'est pas un "krach" classique où l'on observe ce genre de baisse sur quelques jours ou quelques semaines. C'est ce qui est d'ailleurs très pénible pour les détenteurs de capitaux placés : c'est un long effritement depuis le 1er juin 2007. Les facteurs de baisse se sont multipliés, car à la crise des "subprime" qui a agité les marchés financiers dès l'été dernier, se sont ajoutées la crainte d'un ralentissement économique général et les conséquences du dollar faible et de la flambée du baril qui atteignait 147 dollars à New York. Catastrophique pour le moral de l'actionnaire à la veille des vacances ! Il va finir par être aussi démoralisé qu'un fonctionnaire en voie de disparition ou un salarié contemplant sa feuille de paye.
L'OBJECTIF DE TRICHET
La Bourse avait certes regagné 16% entre le 17 mars et le 19 mai, avant que le CAC 40 ne dégringole de quelques 1.000 points. Pour beaucoup d'acteurs du marché, la fermeté de la Banque centrale européenne face aux risques de dérapage des prix explique partiellement ce renversement. Et c'est là que le bât blesse car lors du débat « populaire » sur le premier Traité constitutionnel, la toute puissance de la BCE avait été fortement critiquée par les « nonistes ». En réclamant un texte proposant un contrôle politique sur des décisions purement destinées à protéger la monnaie, et de lutter contre l'inflation, les opposants eurent le privilège d'être les héritiers d'un dirigisme économique archaïque. Le tout puissant Jean Claude Trichet pesa même de tout son poids pour combattre en faveur d'une approbation d'un Traité qui lui donnait encore plus de liberté pour mettre à genoux la croissance.
L'article 105 du traité de Maastricht stipule que « l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice à l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la communauté en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la communauté tels que définis à l'article 2 ». Et cet article 2 précise que « la communauté a pour mission (...) de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l'ensemble de la communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l'environnement (...) un niveau d'emploi et de protection sociale élevé (...) » Nul besoin d'être expert dans la lecture des traités internationaux pour en déduire que la BCE a deux objectifs hiérarchisés. S'il y a un « objectif principal », il y a forcément un objectif secondaire. Il s'agit donc d'un mandat hiérarchique et non d'un mandat unique comme le président de la BCE semble le concevoir depuis des mois. Son objectif principal est la stabilité des prix et son objectif accessoire est le soutien aux politiques économiques générales de l'Union européenne et par définition (art. 2) : la croissance, l'emploi et la protection sociale. Et c'est là que se trouve la formidable supercherie car, lentement, l'Europe s'enlise dans la récession.
Jean-Claude Trichet a raison : il ne faut pas désarmer face à l'inflation. Il a tort : on ne peut pas laisser le cours de change de l'euro continuer à monter sans réagir.
La Bourse n'aime pas cette dualité insoluble. Les investisseurs le font savoir en allant voir ailleurs. L'idée et le mot même d'intervention ne sont pas libéraux ! Il s'agit seulement, en l'occurrence, de corriger par une augmentation des taux d'intérêt les excès du marché, non de s'y substituer - et de lutter à armes égales avec des compétiteurs, chinois notamment, qui n'hésitent pas, eux, à utiliser l'arme du taux de change.
DE L'HUILE SUR LE FEU
La bourse a également souffert, comme les autres, d'une désaffection pour les actions au profit d'investissements sur les matières premières et notamment le pétrole, dont les cours ont gagné presque 50% depuis le 1er janvier. Le profit rapide et immédiat est à l'origine de la spéculation qui accroît les difficultés sur le marché de l'énergie.
Comme les alertes sur les acteurs financiers n'ont jamais disparu, il ne manquait plus enfin qu'un regain de tensions géopolitiques pour faire capituler les marchés. Le signal est venu cette semaine de l'Iran, dont les essais de missiles annoncés jeudi par Téhéran ont affolé les investisseurs. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique a en effet testé avec succès plusieurs types de missiles, dont les missiles sol-mer et sol-sol, ainsi que des missiles mer-sol au cours des exercices.
Les Gardiens de la révolution islamique ont également tiré la torpille Hoot, testée en avril 2006, et qui avait alors été décrite comme une arme extrêmement rapide, capable de frapper les sous-marins ennemis. Les cibles ennemies définies à l'avance auraient été touchées avec précision. Les Gardiens de la révolution islamique ont testé mercredi neuf missiles de longue et moyenne portée dans le Golfe. Les bourses, déjà mal en point, ont vite pris ces faits pour un signal fort de crise mondiale majeure. La moindre anicroche suffit à perturber le bel ordonnancement des profits assurés. Arrivé à un nouveau plancher, le CAC 40 devrait réagir la semaine prochaine à la salve de résultats d'entreprises publiés aux Etats-Unis et aux premiers chiffres d'affaires trimestriels en France. Les investisseurs craignent de mauvais chiffres. Il en est au moins un qui ne va pas se rendre chez son banquier pour acquérir des actions du crédit Lyonnais : Bernard Tapie !
TAPIE EN PROFITE
Après 13 ans de bras de fer avec le Crédit Lyonnais, Bernard Tapie a obtenu satisfaction devant la justice qui a condamné vendredi le Consortium de Réalisation (CDR) gérant le passif de la banque à verser réparation à l'ancien homme d'affaires pour le préjudice subi dans le dossier de revente d'Adidas.
Formé de trois personnalités, Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Denis Bredin, avocat, et Pierre Estoup, magistrat, le tribunal arbitral chargé de solder ce litige, a condamné le CDR à verser 285 millions d'euros à M. Tapie qui s'estimait floué d'une plus-value conséquente, réalisée par la banque lors de la vente d'Adidas en 1993. Si elle scelle l'objet central du contentieux, cette décision n'est que "partielle" avant un jugement définitif prévu d'ici fin juillet, selon une source proche du dossier. En effet, il reste encore à apprécier les conséquences fiscales du montant de la réparation retenu, de sorte que le jugement s'applique dans des conditions de neutralité fiscale au vu des changements ayant pu intervenir depuis l'éclatement de l'affaire.
Dans un communiqué, le ministère des Finances a réagi: « Cet arbitrage, rendu par des personnalités incontestables, avait été engagé par les parties pour mettre un terme définitif à des procédures contentieuses ouvertes depuis presque quinze ans ». Bercy a cyniquement ajouté que « la plus grande part de l'indemnité (...) retournera aux caisses publiques, par le règlement de la créance détenue par le CDR et par le paiement des impôts et des cotisations sociales qui étaient dus à l'Etat ». Il n'y a pas, dans le contexte actuel, de petits profits.
Ah ! vous souvenez vous des déboires de cette banque florissante que fut le Crédit Lyonnais quand, après quatre longs mois de délibéré, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Jean-Yves Haberer, président déchu de la banque, à dix-huit mois de prison avec sursis et François Gille, son bras droit, à dix mois avec sursis ? Il avait en revanche... relaxé l'ensemble des contrôleurs, qu'ils soient membres de la direction du Trésor (tutelle des entreprises publiques), de la Banque de France (tutelle des banques) ou commissaires aux comptes. Cela valait surtout pour Jean-Claude Trichet, qui voyait ainsi levée l'hypothèque l'empêchant de succéder à Wim Duisenberg à la présidence de la Banque centrale européenne où il accomplit du bon boulot pour les banquiers !
Les faux bilans en question remontaient aux années 1991 et 1992, quand le Lyonnais avait tenté de masquer l'ampleur de la catastrophe financière en cours, consécutive à la stratégie expansionniste du président Haberer. Jean-Claude Trichet, alors directeur du Trésor, devait une fière chandelle à Jean-Pascal Beaufret, son représentant au conseil d'administration de la banque. La relaxe de Jean-Pascal Beaufret a exonéré Trichet d'une condamnation. Car Beaufret fut l'un des premiers à tirer le signal d'alarme. Même si, à l'époque, le Trésor avait bien accepté de valider les comptes litigieux, en sachant pertinemment que les pertes affichées auraient pu être bien plus importantes. Tiens donc Trichet. Vous avez dit Trichet ? Comme c'est bizarre ! Rappelons qu'en 2000, un rapport de la Cour des comptes avait fait grand bruit. Il estimait entre 110 et 120 milliards de francs (en valeur actuelle 1999) le coût de la résorption des déficits, en déduisant du produit de la privatisation la valeur du Crédit Lyonnais avant la crise, en 1990. A méditer, car l'ardoise a été réglée par des contribuables actionnaires compatissants. A l'insu de leur plein gré !
Mais je déblogue...

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