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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE CYCLE DES REVES BRISES

Ce soir, on fêtera avec des trémolos dans la voix le sacre de l'équipe de France de football dans son stade, celui qui restera comme le lieu d'un exploit unique que l'on n'est pas prêt de revivre. C'est la vertu de la nostalgie que celle de pouvoir revenir sur des moments glorieux afin d'occulter les outrages ultérieurs du temps. Les télés se sont spécialisées dans le rétro en une période où le présent devient détestable. Il existe un commerce du retour sur ses pas heureux, car la tendance est forte d'occulter l'avenir en se réfugiant dans les certitudes faciles du temps passé. C'était donc le 12 juillet 1998; la France bariolée de bleu, blanc, rouge se rassemblait autour d'une équipe que l'on a, à tort, présentée comme le symbole d'une diversité solidaire. En effet, il a suffi d'attendre quelques mois pour constater que le black, blanc, beur ne résistait pas à la pression médiatique sur l'insécurité. Plus dure fut la chute, car bien des exégètes avaient cru qu'une
vingtaine de pousse citrouilles venus de tous les horizons allaient étouffer le racisme ambiant. Le Pen se chargea de ramener sur les pavés ce racisme que la plage ensoleillée du succès avait dissimulé, l'espace d'un soir d'été.
Toute la France avait prestement enfoui une autre facette du sport médiatique, moins glorieuse, mais tout aussi significative de l'état d'une société axée sur le profit à n'importe quel prix. Ce soir, personne ne lèvera son verre d'eau claire à l'éclosion de l'affaire... Festina ! Cette affaire, qui constitue également un repère essentiel de 1998, avait pourtant démarré le... 8 juillet de cette année là, comme aurait chanté Claude François qui, lui aussi, abusait des produits surnaturels pour rester actif. Qui se souvient que parmi le barnum des géants de la route qui s'ébranla de Dublin en Irlande on savait, mais que l'on était fermement décidé à pratiquer la technique de l'édredon?
Willy Voet, soigneur sachant soigner sans soins, s'était fait contrôler par les Douanes françaises (eh oui, il y avait encore des douaniers aux frontières !), en passant de la Belgique à la France. Il était fier comme Artaban au volant d'un véhicule alloué à son sponsor Festina, pour qui le temps se compte encore, par la société du Tour de France. Cet homme, au faîte de son efficacité thérapeutique, transporte les ingrédients de la gloire : hormones de croissance, EPO. Au total près de 500 doses de produits dopants et stupéfiants, dont 235 ampoules d'érythropoïétine (EPO), 120 capsules d'amphétamines, 82 solutions d'hormones de croissance et 60 flacons de testostérone. Il transportait de quoi transformer Rossinante en insaisissable gazelle du désert !
Devant tant de preuves, le soigneur qui savait soigner sans soins, passe... aux aveux. Il dénonce un dopage organisé et médicalisé au sein de cette équipe. Le directeur sportif de Festina, Bruno Roussel avoue lui aussi l'existence de ces pratiques. Le scandale éclate en pleine Coupe du Monde, dont les héros des stades, purs comme des angelots, courent aux quatre coins de rectangles verts avec enthousiasme et rapidité.
Les accusations de Willy Voet et Bruno Roussel mettent très vite en difficulté des coureurs comme Richard Virenque, l'ange aux pois rouges, Laurent Brochard, ex-champion du monde et le Suisse Alex Zülle dont le coffre impressionne tout le monde. D'autres coureurs de cette même équipe sont également impliqués, à l'image de Laurent Dufaux, Armin Meier, Pascal Hervé, Gilles Bouvard et un certain Moreau.
Suite à ces révélations, la direction du Tour de France met hors course l'équipe Festina le 18 juillet 1998, dans la charmante ville de Brive qui entre ainsi dans l'histoire, alors qu'elle n'était répertoriée que pour ses lois du marché chanté par Brassens ! Les équipes espagnoles, avec Laurent Jalabert à leur tête, abandonnent le tour en protestant contre les méthodes de la police française qui veut fouiller les camions et les chambres.
LES REVES BRISES
Aujourd'hui encore, une partie du public reproche à Jean-Marie Leblanc de ne pas avoir respecté la présomption d'innocence en excluant les membres de l'équipe Festina, ce qui a privé Richard Virenque d'une victoire potentielle au classement général. La France des héros de bleu vêtus tenait en effet son idole, et une sombre affaire de produits illicites la lui avait volée. On ne pardonnera jamais ce manquement à la légende des cycles.
Or hier est arrivée l'affreuse nouvelle de l'été. Alors que ce soir le stade de France retrouvera ses champions de la mondialisation du sport, on a encore pincé un coureur qui avait cru que, pour continuer à se doper, il fallait le faire suffisamment tôt pour ne pas être pris. L'Espagnol Manuel Beltran a subi le premier contrôle antidopage positif du Tour de France, dont il a été exclu par son équipe Liquigas, au soir de la 7e étape à Aurillac. On n'est pas loin de Brive et c'est un coup de pub superbe pour la capitale du Cantal, même s'il n'y a pas de quoi en faire tout un fromage, tellement c'est courant. Une décennie après l'affaire Festina et un an après une édition bouleversée par les affaires liées au dopage (Vinokourov, Rasmussen, Moreni), Beltran s'est signalé avant même la fin de la première semaine de course. Il était dopé pour réaliser pareille performance. Il aurait en effet été souhaitable de faire ces tests le jour du départ... à tout le peloton, ce qui aurait évité que des camés partent en sachant qu'ils jouaient au loto sportif et avaient une chance même minime, mais réelle, de passer entre les mailles du filet.
BIEN FORME
Après avoir porté plusieurs maillots différents (Banesto, Mapei-Quick Step, Team Coast), Manuel Beltran a rejoint, en cours de saison 2003, l'équipe US Postal, devenue ensuite Discovery Channel, et son leader... Lance Armstrong.
Le coureur espagnol a épaulé à trois reprises le septuple vainqueur du Tour dans ses campagnes victorieuses sur la Grande Boucle (2003, 2004, 2005). C'est à la disparition de cette formation que Beltran a été recruté par Liquigas, pour laquelle il a couru l'année passée le Tour de France (18e du classement final). Précieux pour ses leaders en montagne, Beltran compte de rares victoires à son palmarès (Tour de Catalogne 1999, une étape du Tour du Pays Basque 2007). L'Espagnol, l'un des coureurs les plus âgés du peloton (37 ans), a été contrôlé à l'EPO par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), après la première étape à Plumelec (Morbihan). Le président de l'AFLD, Pierre Bordry, a confirmé que l'échantillon "A" des urines de Beltran présentait des traces d'EPO, et que Beltran faisait partie des coureurs ciblés par son organisme. Ensuite sont tombés les éternels communiqués qui, avec dix ans d'écart, se ressemblent étrangement.
Son équipe n'y est pour rien : « C'est un cas isolé », a annoncé l'équipe Liquigas qui reste en course. « Les autres membres de l'équipe n'ont rien à voir avec cette affaire ». En début de soirée, l'hôtel de Beltran et des autres coureurs de la formation italienne a été perquisitionné par les gendarmes de l'unité spécialisée (OCLAESP, Office Central de Lutte contre les Atteintes à l'Environnement et à la Santé Publique) qui sont repartis avec Beltran afin de l'auditionner. Laurent Jalabert, devenu... consultant spécialisé, n'a pas protesté, et les équipes espagnoles sont restées.
LE DOUTE REVIENT TOUJOURS
La société du Tour s'est bien évidemment félicitée de cette efficacité. Les autorités sont satisfaites de démontrer qu'elles ont les moyens financiers de lutter contre la tricherie, alors que les crédits ont été laminés, et que l'on s'acharne sur le vélo sans se pencher, par exemple, avec un tel zèle sur le foot, le rugby, le tennis, la pétanque ou le curling ! Il n'y a que l'athlétisme qui morfle de temps en temps, car les sports individuels sont souvent plus aisés à contrôler. Par curiosité, il serait intéressant de savoir combien de contrôles ont été effectués aux entraînements des clubs de Ligue 1, ou lors du dernier Euro de football...Les enjeux financiers ne sont probablement pas suffisants pour que les frais du contrôle antidopage soient pris en charge par les organisateurs de ces compétitions.
Il est vrai aussi que, hier, Festina est revenu dans l'actualité avec le cas Christophe Moreau, qui a toujours échappé à son passé. Tous les Français ont été surpris de sa décision de repartir brutalement à la maison. Premier attaquant de la journée, le Belfortin a en effet abandonné, seul, dans la zone de ravitaillement. « L'énergie me manque, je suis vidé » expliquait-il, contrairement à ce qu'il disait la veille : « tout se passe bien ! ». Pourtant, aucun de ses coéquipiers ne l'a entendu se plaindre de problèmes physiques, et il n'a pas connu de chutes. La rumeur relate le fait que le leader d'Agritubel aurait subi (mais ce n'est encore qu'une rumeur) un contrôle poussé antidopage jeudi soir. Alors, bien évidemment, il part dans le doute le plus total, avec un effet retard qui finira bien par exploser à la tête de ses employeurs. En fait, le doute s'est installé. Tout le monde le sait.
Ce soir, profitez donc de cette soirée pour anciens combattants de la Coupe du monde ! Savourez innocemment votre plaisir de supporteur. Les illusions sont parfois protectrices du bonheur tant qu'elles urgent. Entretenez les vôtres, car il va vous en falloir beaucoup : les JO de Pékin arrivent, et vous aurez bien besoin d'un remontant en voyant votre Président de la République, monté sur ressorts et courant partout, dans la tribune officielle. Pour vous en remettre, passez vous en boucle le nouveau tube de l'été « tu es ma came ! ». Mais au fait, c'est de qui ?
Mais je déblogue...

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A
Comment se peut-il que des sportifs de haut niveau se sentent obligés de consommer des produits dopants pour réaliser des performances? Comment se peut-il qu'ils n'aient pas suffisamment confiance dans leurs qualités d'athlètes pour se passer de drogues qui ne peuvent, à long terme, que nuire à leur santé? Et comment se peut-il que, quelle que soit la rigueur des contrôles pratiqués et des sanctions qui frappent, chaque année, un certain nombre d'entre eux, ils prennent encore le risque de se faire contrôler "positifs"....Et même pour certains de récidiver...puisqu'on les autorise à reprendre le départ pour les épreuves suivantes!Il est vrai que les "hauts responsables"  ne semblent pas leur tenir rigueur de leurs manquements aux réglements, ni à la morale sportive.... puisqu'on les retrouve quelques années plus tard comme "consultants"...Et n'est-il pas plus que surprenant aussi qu'un des officiels de l'organisation, Patrice Clerc, Président d'ASO, tente de minimiser l'importance de tels agissements, et qualifie de "déferlement hystérique" la publicité qui en est faite, ajoutant "il y a un tricheur de moins, j'en suis content". Même son de cloche, chez notre inénarable Secrétaire d'Etat chargé des sports qui a déclaré: "ça me rassure, ça prouve qu'il n'y a pas de pitié pour les gens qui trichent. Quand il y en a un qui triche, il est pris" ....Pour Bernard Laporte, il s'agit d'un "cas isolé", et il ajoute encore "j'ai confiance dans la nouvelle génération"! Alors, ces personnalités, anciens sportifs, sont-ils des naïfs, des inconscients, ou bien prennent-ils les citoyens spectateurs pour des...imbéciles? La suite nous dira sans doute s'il s'agissait bien d'un cas isolé...Quand à notre sautillant Président de la République, il sera bien à l'ouverture des jeux...mais seul! Sa "came" l'aura abandonné...non pas en signe de protestation face à l'absence de libertés en Chine, sans doute, mais parce qu'elle doit assurer la promotion de son "admirable" CD.....Je suggère que nous soyons nombreux à nous abstenir, comme elle, de "participer" à cette cérémonie d'ouverture devant notre petit écran.... et aussi d'assurer le succès de quelques susurrements inaudibles !
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D
Article au ton sympatique, qui nous rappelle que l'admiration sans borne de tel ou tel athlète ou sportif conduit droit à l'aveuglement.Beau parallèle à faire avec la politique, de quelque bord que ce soit. Il faut savoir lucidité garder, comme souvent tu le fais.Merci pour tes chroniques quotidiennes.
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