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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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REALITES EUROPEENNES

L’Europe, vous connaissez ? Celle que l’on vous vend comme la panacée à tous les maux de notre époque. Celle que l’on doit considérer comme un moindre mal à l’effondrement de nos économies. Celle dont on voudrait qu’elle prenne en compte l’avenir citoyen plutôt que des profits du présent. Cette Europe là, dite de terrain et sociale, était présente à Créon, hier, avec des représentants de haut niveau portugais, espagnols et par ricochet, festival du Cinemax Linder oblige, italiens… Universitaires, architectes, citoyens ordinaires ou élus confrontaient leur vision des villes neuves médiévales ou du cinéma, dans le cadre d’un projet Interreg Sud Ouest Europe. Déjà, cette seule référence dénote l’extraordinaire fonctionnement d’un système administratif d’une effarante complexité. Si l’on explique à un contribuable moyen les arcanes de cette usine à gaz, il a de quoi être perplexe.
Ainsi, au titre des villes bastides, la Gironde a en charge un volet de ce fameux projet Interreg III, et je ne résiste pas au plaisir de vous conter la manière dont s’est déroulé son lancement et maintenant son suivi.

DELAIS DE REPONSE REDUITS

Il aura fallu, par exemple, en plein mois de juillet 2004, obtenir l’accord de la cellule de pilotage européenne, basée à Santander, sur notre initiative. Un accord de principe obtenu par connaissance des tuyauteries internes de l’usine. En effet, l’une des astuces du fonctionnaire européen, pour ne pas être envahi de projets, c’est de donner des délais de réponse extrêmement réduits aux porteurs d’initiatives, de telle manière qu’ils ne soient pas trop nombreux à postuler. En l’occurrence, quinze « petits » jours avaient été ouverts pour celles et ceux qui guettaient, chaque matin, la parution, sur des sites Internet connus des seuls spécialistes, des appels à candidature. Et en plus, il est indispensable de bénéficier d’une fuite amicale de l’un des préposés, afin qu’il vous distille à l’avance le thème des ouvertures de crédits. Le délit d’initié est indispensable pour entrer dans la danse…Le citoyen ou l’élu moyens sont largués depuis belle lurette. Les clés du système sont détenues par des spécialistes. Il est indispensable de pratiquer l'union à trois pour être admis à concourir.
Si vous avez donc anticipé, et trouvé des partenaires dans les grandes foires de "mariages intéressés", s’ils vous sont durablement fidèles, si vous surmontez l’obstacle des délais, et celui de l’œil expert du préposé à l’épluchage du dossier, vous êtes admis au départ de la course aux crédits… C'est déjà une étape importante. Il y a, on le sait, comme dans bien d’autres lieux, beaucoup de partants et très, très peu d’arrivants. Malheur aux éclopés ou aux défaitistes, ou à ceux dont le "dossard" est mal placé. Tenue nickel, engagement vérifié, certificat de bonne santé financière : vous entamez le marathon.

CHAQUE MOT COMPTE

Cette épreuve ne laisse pas sans frayeur, puisque vous avez d’abord dû payer un cabinet spécialisé pour constituer votre dossier dans les règles de l’art communautaire, dont il faut connaître les secrets, relevant d’une alchimie administrative complexe et, pourquoi ne pas le dire, faire preuve d’une opiniâtreté exemplaire. Chaque mot compte. Chaque phrase peut vous reléguer dans le classement que va établir la commission Interreg. Chaque document de principe non conforme vous relègue sur le bas-côté. Le langage technocratique est au summum de son art. Bien plus difficile à pratiquer que le Tibétain ou le Papou, car il relève, en plus de son caractère abscons, d’un état d’esprit particulièrement spécial : deviner ce que l’autre veut lire pour le lui donner. Autrement, vous êtes mort. Le fonctionnaire européen a des exigences personnelles ou collectives à nulle autre pareille, puisqu’il sait que vous ne pouvez pas vous passer de lui !
Nous avons eu l’insigne honneur de franchir l’obstacle, grâce à une formidable aide d’Huguette Clignet, consultante du cabinet Aegusa… et interprète émérite en langage technocratique. Pas de pactole pourtant dans cette course à… L’Euromillion, mais au moins une ouverture de crédits sous réserve que les régions concernées ouvrent ensuite leur porte-monnaie. Après les promesses qu’elles doivent vous faire, il leur faut… passer à l’acte.  Le parcours dure des semaines et même des mois pour obtenir que les délibérations adéquates soient finalisées, et que les compléments soient acquis. Si vous ne tombez pas sur des chefs de services motivés, vous pouvez vous allonger sur la civière des moribonds européens.

LE LOBBYING POLITIQUE PREND TOUTE SON IMPORTANCE

Pour nous, la difficulté a résidé dans le fait qu’il était indispensable de mobiliser non pas une mais deux régions, celle d’Aquitaine et celle de Midi Pyrénées. Le lobbying politique prend alors toute son importance, car les portes des cabinets sont verrouillées ou blindées. Celles des services internes sont moins verrouillées. Le jour où un "ami" bien placé vous donne un signe de dégel de la situation, vous vous prenez à rêver durant quelques jours. Et quand arrivent enfin les conventions officialisant les décisions, vous commencez à… déchanter car les versements sont étalés dans le temps, avec des conditions matérielles telles, que pour obtenir 2 euros il est indispensable d’en dépenser 3, sans avoir la trésorerie nécessaire. Mais vous faites contre mauvaise fortune bon cœur, en vous disant que vous trouverez bien la solution, en vivant à découvert, ou sur la confiance des gens que vous avez engagés.
Vous êtes partis et, comme pour le vélo, afin d’éviter de tomber, vous ne pouvez que continuer à pédaler.
Vous désignez d’ailleurs un chef de projet, comme il y a un « capitaine de route » dans les pelotons, et ce dernier doit rassembler régulièrement des « équipiers », dispersés par exemple, en ce qui nous concerne, à Coïmbra (Portugal) Valialdolid, Irun (Espagne), Toulouse, Bretenoux, Navarrenx et Créon (France). Les rencontres ne convenant jamais à personne, vous avez peu de chance d’aligner l’équipe type à l’extérieur. Il doit se contenter de disputer ses rencontres avec un effectif réduit… Sachant que, chaque fois, l’Europe va vérifier méticuleusement la liste des présents et le résultat de leurs travaux. Mêmes documents transcrits en trois langues, attestations multiples et variées sur les dépenses, respect de principes d'une rigidité absolue. Le partage entre les gens ne repose plus sur un véritable échange constructif, mais sur une méfiance dans la fiabilité de l’autre, dans sa capacité à tenir des délais, ou à produire des pièces comptables.

QUASIMENT UN AN APRES

Régulièrement vous devez envoyer le point sur vos engagements financiers au sanctuaire Interreg. Ils devront être visés par deux experts comptables indépendants, transiter par le "chef de file" qui les collationne (Villefranche de Rouergue), être validés par le référent (Conseil régional Midi-Pyrénées), puis transmis au Ministère de l’Intérieur à Madrid qui effectuera, après une ultime évaluation par les fonctionnaires d’Interreg III de Santander, le mandatement en... France. Durée de l’opération : quasiment un an ! Et les Régions attendent la fin de ce processus pour régler définitivement leurs aides quelques mois plus tard.
Durant ce laps de temps, vous donnez le sourire à votre banquier car vous vivez à crédit. Vous n’êtes même pas sûr de toucher les fonds promis, car les décisions sont annuelles. les règles peuvent changer en cours de match.
L’Europe des citoyens, de la participation, de la modernisation, de la cohésion, de l’ouverture sur les autres est en route. Attention, mettez-vous tout de même sur le trottoir si vous voulez la regarder passer, car l’autre, celle de la pesanteur, du formalisme, de la bureaucratie, de la tentation technocratique, de la suffisance, occupe encore beaucoup d’espace.
Hier, nous avons fait un bout de chemin ensemble entre quatre nationalités différentes. Dans le fond, c'est l'essentiel. L’argent ? A Santander ou à Bruxelles ils vous le disent : ce n’est pas important… ce qui compte c’est l’esprit européen reposant sur la solidarité active! S'ils le disent?

Mais je déblogue…

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B
je ne suis pas fiere de la croix rouge qui a toujours plus gagne de sous qu elle n a aide
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