Le mois de juillet, d'habitude si calme, est devenu cette année une véritable mêlée féroce, sous laquelle il devient de plus en plus difficile de reconnaître les siens. On n'a pas vraiment l'impression de deux équipes qui s'affrontent selon une tactique bien établie, mais d'une bonne partie de soule à l'ancienne, durant laquelle chacun s'évertue à repartir avec le trophée sans trop se soucier des trahisons, des alliances circonstancielles, des pignes distribuées tant aux partenaires habituels qu'aux adversaires supposés. Les maillots rouges et bleus se confondent sur l'écran en noir et blanc d'une vie politique retro. Il faudrait avoir un décodeur spécial pour arriver à reconnaître un camp ou l'autre. La plus grande confusion règne au sein des partis qui ne sont plus que des puzzles hétéroclites que l'on aurait mélangés dans une boîte identique. Tenez, dans la seule journée d' hier, il fallait être un éminent spécialiste des codes secrets pour comprendre qui était avec qui.
Par exemple on pourrait penser que l'ineffable Jack Lang serait soumis au minimum de solidarité avec son propre camp. Il a tout de même été élu député contre un candidat Ump et avec des voix de gauche sous l'étiquette socialiste mais il n'en a cure. Pour l'électeur moyen, ses prises de position ne sauraient être différentes de celles du groupe d'élus auquel il passe de temps en temps dire un bonjour de Commandeur du Mitterrandisme.
« Les dernières mesures annoncées sont de bonnes mesures. Je les ai souhaitées, les députés socialistes les réclamaient : je ne vois pas pourquoi on ferait la fine bouche à quelques jours du scrutin (...). Je dis en effet merci au président pour ces nouvelles avancées, et à tous ceux qui y ont travaillé. Mais pour transposer Racine, ce projet ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Je le dis et je l'affirme : les avancées du projet de loi sont plus audacieuses que le projet socialiste qui avait été établi en 2006. Conçu peu avant la désignation du candidat à la présidentielle, il est consternant de pauvreté ». Voici des extraits d'une prise de position d'un opposant résolu au destructeur de tous les codes essentiels de la vie républicaine.
Si on veut en effet une autre vision des relations avec le Président bling-bling, il faut se référer aux propos de... Charles Pasqua. Le sénateur UMP canal historique est beaucoup plus socialiste que celui qui n'a pas inventé que la Fête de la Musique, mais la musique elle-même : il ne devrait pas voter pour le projet de réforme des institutions. L'ancien ministre de l'Intérieur estime dans un entretien que le projet cher à Nicolas Sarkozy « ressemble à une usine à gaz » et il ne remercie pas son ex-maire des hauts de Seine. « Finalement la réforme n'aurait du comporter qu'un seul article: autoriser le président de la République à venir s'exprimer devant les députés et les sénateurs! Tel est le véritable enjeu pour Nicolas Sarkozy qui veut s'inspirer de la tradition américaine », note-t-il. « Pour obtenir l'adhésion des parlementaires, il a décidé dans le même temps de réévaluer les pouvoirs du Parlement. Mais cela a entraîné un jeu de dominos: en effectuant certaines concessions, il a soulevé de nouvelles hostilités ». Mais qui roule à gauche et qui roule à droite ? Comprenne qui pourra.
AU QUI PERD GAGNE
Il y en a pourtant quelques-uns qui ont le mérite de clarifier la situation. Le « finaud du Poitou » a insisté sur l'enjeu politique du vote : le vote de la modification de la Constitution constituera une référence forte d'adhésion aux actions sarkozystes ! Au moins c'est net ! L'ex-Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin pense qu'un « oui » du Congrès à la réforme des institutions rendrait « la politique de réformes irréversible pour le reste du quinquennat ». un aveu implicite de la véritable valeur du Congrès. Un peu plus d'un an après son entrée en fonction, le Président espère démontrer simplement qu'il a une adhésion forte des parlementaires à « ses » réformes. Si en plus, avec une majorité des 3/5° il arrive à s'appuyer sur un succès de l'ouverture, il aura un bonus d'image assez considérable.
« Nicolas Sarkozy aime le risque. Ce Congrès est risqué, mais l'enjeu mérite cette audace. Un succès au Congrès rendra la politique de réformes irréversible pour le reste du quinquennat. Un échec abîmerait l'ensemble du bilan et compliquerait la situation politique », estime Jean-Pierre Raffarin. Nous y voilà, et Jack Lang le sait bien car il a été formé à l'école du billard à trois bandes. Tout homme de gauche sera bien évidemment répertorié comme entrant dans le camp présidentiel, et tout homme de droite qui n'y viendra pas ne sera plus considéré comme un soutien. Bizarrerie du système actuel : on échange des escouades comme la Croix Rouge le ferait avec des prisonniers !
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre n'y va pas, par contre, par 4 chemins puisqu'il clame, afin d'être entendu par cette Afp qu'il vomissait il y a peu, qu'en refusant d'approuver la réforme constitutionnelle de Nicolas Sarkozy, « le PS signe son arrêt de mort clinique » et « donne l'image de la vieille, très vieille politique ». Il affirme que « les Français jugeront » et que « tout cela prêterait à sourire s'il ne s'agissait pas d'une réforme capitale, organisant la démocratie exemplaire qui avait été promise aux Français ». Selon lui, le premier secrétaire du PS François Hollande, « dans un exercice de terrorisme intellectuel, est en train d'enterrer tout espoir de naissance en France d'une gauche moderne comme partout chez nos voisins européens ». Bien évidemment, ce n'est pas à l'Ump que l'on exigerait une discipline de vote... Tout le monde sait bien que la trahison ne peut venir que de son propre camp et jamais du camp d'en face !
MISE EN BIERE PRESSION
La pression est forte, au détriment des choix effectués en conscience comme ce fut le cas lors du Traité constitutionnel européen. Plusieurs élus UMP, véritablement dans la majorité présidentielle, résolus à voter "non", ou tentés de le faire, ont courageusement affirmé être "harcelés" par de nombreux coups de téléphone de conseillers de l'Elysée. Certains ont été convoqués par... le chef de l'Etat lui-même, d'autres ont reçu des appels insistants, ressentis comme des menaces, d'Alain Marleix, le secrétaire d'Etat aux collectivités, chargé du redécoupage électoral. Tiens donc : on n'imagine pas un instant que de tels arguments reçoivent le soutien de Jack Lang, le cireur de pompes sarkozystes. "On nous dit qu'il faut revaloriser le Parlement, or on fait des pressions inacceptables. Des députés ont été convaincus de changer de vote en étant achetés ou contre la promesse d'un maroquin", a déclaré avec courage le député chiraquien Henri Cuq, opposé à la réforme. "On m'a appelé pour me dire «ne t'inquiète pas, Marleix va s'arranger pour ta circonscription'» raconte un autre député UMP qui se dit soumis "à une pression d'enfer". En vain : il maintient son vote négatif.
"Il est temps que cessent ces pressions, ces chantages, cette frénésie de marchandages, qui prennent une ampleur jamais vue", a lancé le porte-parole du PS Julien Dray, qui sait de quoi il parle en la matière. Indigné, François Bayrou accuse certains hommes politiques de se conduire comme "des marchands de paillassons". Que Nicolas Sarkozy, Président de tous les Français "aille jusqu'à négocier lui-même, pour obtenir quelques voix, des nominations, ou bien l'arrangement d'affaires, ou bien le fait que l'on pourra faire un groupe parlementaire avec dix, douze ou quinze députés, tout cela, ce sont des marchandages qui ne sont pas dignes". Une allusion à la cour pressante dont sont l'objet les élus PRG de la part de l'exécutif, en vue du Congrès. Christine Taubira a récemment confié à Martine Faure, députée socialiste de la Gironde, qu'elle avait pris un savon de Jean Michel Baylet qui la sommait de revenir sur son vote négatif, de peur de faire tomber les engagements, sûrement très idéologiques, pris par le Président à l'égard des députés et sénateurs radicaux passés de gauche à droite ! En fait il y a de plus en plus de monde qui navigue à vue ! Marleix, le charcutier électoral, veille et prend des notes pour la fin du mois !
DANS L'INTERET DE LA FRANCE
Dans la mêlée on talonne à la main pour son propre camp, à moins que ce ne soit pour son propre intérêt. Cette semaine aura encore enfoncé davantage la politique et le débat, que l'on finira par tuer définitivement. Dans le fond, c'est peut-être la principale raison pour ne pas voter la réforme constitutionnelle. En entrant dans un processus d'explosion des notions de « majorité » et « d'opposition » on en arrive au phénomène le plus dangereux pour la démocratie : la perte des repères. La société, à tous les niveaux, se délite justement parce que nous sommes incapables de proposer des repères clairs, simples, précis mais que l'on accepte l'à peu près, la collusion, la confusion, la trahison. Seuls les « croyants » ne se soucient pas de la réalité, quand tous les autres se détournent justement d'une réalité qui n'est qu'un trompe l'œil permanent.
Jean-François Copé a exhorté, par exemple, hier les députés de gauche à voter « en conscience » et « en liberté » alors que, bizarrerie de la politique, il n'a pas adressé la même exhortation à ses propres troupes ! Il estime qu'il ne s'agit « plus d'une question de droite ou de gauche » mais « de conviction personnelle ». C'est son rôle de ressasser qu'il n'y a plus de droite et de gauche et que l'intérêt du pays passe au-dessus de la fidélité à ses convictions personnelles. On a déjà entonné la rengaine au moment du Traité constitutionnel européen. Il y avait alors les bons, intelligents et modernes, face aux vilains, archaïques et idiots. Le discours est toujours identique : « Nous devons nous efforcer de nous abstraire des schémas partisans dans l'intérêt de la France et des Français ». La diatribe n'est valable que dans un sens, mais rarement dans l'autre. Le paquet fiscal : « dans l'intérêt de la France et des Français ! » ; la suppression des 35 heures : « dans l'intérêt de la France et des Français ! » ; le service minimum dans un système éducatif bientôt exsangue : « dans l'intérêt de la France et des Français ! » ; la prise de contrôle des médias : « dans l'intérêt de la France et des Français ! » ; la perte du pouvoir d'achat :
« dans l'intérêt de la France et des Français ! »...
Quand on a réussi à rassembler autour d'une table, mais pas sur une photo, Libanais, Syriens, Palestiniens, Israéliens, Egyptiens... avec des promesses diverses, on se pense capable de faire de même avec la droite et la Gauche dans le pays du consensus mou comme ces masses gélatineuses qui dérangent les baigneurs. Toutes les méduses ne sont pas sur un radeau de survivants. Elles nagent toujours entre deux eaux!
Mais je déblogue...