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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DANS LE RETRO

PEUPLE PEOPLE - CHRONIQUE PUBLIEE LE 30 JANVIER 2006
Il arrive que l'on s'interroge sur le sens des mots dans notre propre langue, tant au fil des siècles il a pu évoluer. Cette mouvance constitue la preuve de la vitalité du Français dont on connait malheureusement la fragilité du statut de "langue vivante mondiale". La confrontation avec l'anglais n'est pas, en effet, très favorable à notre langue maternelle qui en plus, de manière suicidaire, s'empare chaque jour ou presque d'un mot venu d'Outre Atlantique. Il en est ainsi de deux mots dont on mesure chaque jour l'écart réel, alors qu'ils sont sensés être très proches : " peuple " et " people ". Si l'on se fie à leur signification initiale, ils devraient constituer deux reflets identiques d'une réalité importante. Et pourtant désormais, " people " a été singulièrement dévoyé de son sens originel. Quand, en effet, dans notre société médiatique, on utilise maintenant ce vocable anglais, c'est justement quand il faut tromper le... Peuple. Peuple et people, c'est un peu les rapports entre le jazz et la java de la célèbre chanson de Nougaro ! Quand l'un arrive, l'autre s'en va...
 La première fois que j'ai pris conscience de l'importance de l'acception française, c'est en écoutant " religieusement " mon maître en blouse grise du CM2, me clamer la célèbre phrase qu' Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, claqua le 23 juin 1789 en prenant à partie le marquis de Dreux-Brézé, officier venu porter l'ordre du roi de dissoudre l'Assemblée constituante : " Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes ". Par cette phrase, celui dont on ne retiendra que le titre " Mirabeau ", allait entrer dans l'Histoire d'une façon fracassante ! Et pour moi, restait ancrée dans ma mémoire, cette notion flamboyante de " volonté du peuple " qui faisait la noblesse réelle de cette apostrophe célèbre. Le Peuple faisait sa première irruption dans l'Histoire de France, en devenant une entité que l'on considérerait par la suite comme incontournable. La preuve, il fut décidé que toutes les décisions, même les plus terribles, seraient prises en son nom...
LE PEUPLE OUBLIE
Bien que l'on ait véritablement du mal à cerner sa réalité, il reste le fondement du principe républicain. Il est invoqué tel un Dieu protecteur pour les décisions politiques souhaitées par les uns, ou comme un censeur par les autres, qui veulent mettre un terme à une période critiquable. Depuis plus d'un demi-siècle, et l'instauration du suffrage universel, son rôle a été revalorisé. On le consulte régulièrement, quitte ensuite, comme l'ont fait les représentants de l'énarchie bien pensante après le 29 mai 2005, à se répandre sur l'absurdité de son comportement global. C'est devenu insuffisant !
Désormais, on ne se contente plus de son verdict régulièrement porté par les urnes, car il faut tenter par tous les moyens de le devancer, d'anticiper, de prévoir. Alors, on l'ausculte, on le scrute, on l'analyse à l'aide de ce stéthoscope moderne qu'est devenu ...le sondage. Il permet, chaque jour ou presque, de vérifier comment le peuple digère les pilules amères, comment il respire les miasmes politiques, pour qui bat son cœur, ce qui l'inspire ou qui il exècre. Celui qui donnait sa volonté à Mirabeau, se réduit alors à des " échantillons " aléatoires, qui font le bonheur ou le malheur des gens qui gouvernent ou aspirent à le faire. Jamais Honoré Gabriel Riqueti n'aurait osé défier le représentant du Roi dans nos temps présents, sans un sondage lui précisant ce que souhaitait véritablement le Peuple !
DU PAIN ET DES JEUX
Les femmes et les hommes politiques ont donc décidé qu'il devenait indispensable de fournir à cette entité anonyme mais précieuse, non plus " du pain et des jeux " mais du... " people " ! C'est la dernière nouveauté du monde de la communication. L'idéal n'a plus la cote. Le discours de préau d'école a considérablement vieilli. La diatribe est passée de mode. Le programme ressemble à un mirage. L'engagement public n'a plus de crédibilité. Le débat ne passionne plus. Ce qu'il faut faire, c'est du " pipole " comme l'on dirait sur la Cannebière.
Ce ne sont donc plus les tribunes dans le Monde, les critiques du Figaro, les envolées de l'Humanité, les émissions d'Arlette Chabot, de Moatti ou de Calvi qui comptent. Il faut paraître dans les magazines sur papier glacé, ou apparaître sur des plateaux n'ayant plus rien à voir avec la politique.
Tous les " conseillers en image " vous l'assureront : un reportage people est incomparablement plus rentable qu'une interview relative à vos positions en matière de gestion publique. Chaque semaine, quelques 2,5 millions de lecteurs achètent en effet des journaux de ce type, et plus de 13 millions les lisent ! En été, ces chiffres augmentent d'environ 20 %. Sept titres se partagent ce marché : " Voici ", " France Dimanche ", " Ici Paris ", " Gala ", " Public ", " Point de vue " et " Closer ". Ajoutez les audiences réalisées par les grandes émissions de télé, animées par des présentateurs vedettes, comme Drucker, Ardisson, Fogiel ou Durand et vous avez le secret pour séduire le Peuple ! Pour relancer votre carrière, il faut accepter de dévoiler votre intérieur dans " Paris Match ", de poser décontracté pour " Voici " dans votre jardin, de vous asseoir sur le canapé avec vos enfants pour " Gala ", de laisser vos déboires conjugaux faire la une de " France Dimanche " ou de médiatiser vos réconciliations dans " Point de Vue ".
ALLER CHEZ DRUCKER
On murmure que Lionel Jospin va effecteur sa résurrection politique chez... Drucker avec lequel il a récemment déjeuné pour en fixer la date et les modalités. Il ne le fera plus devant le Congrès du PS. Il ne pourra pas le faire devant les militants qu'il a abandonnés. Ségolène ouvrira, en temps et heure, les portes de son appartement de Neuilly. Fabius hésite pour savoir s'il se remarie ou pas. Sarkozy, échaudé par le battage fait sur sa rupture avec Cécilia, sait qu'il est aussi efficace d'interdire de parler de sa réconciliation que de la médiatiser, car cela fait autant d'effet. Strauss-Kahn se promène, main dans la main, avec Anne Sinclair. Dominique de Villepin plait aux dames. Arlette Laguiller se rend aimablement chez Fogiel aux côtés d'Adriana Karambeu. Jack Lang court d'une émission à une autre pour délivrer la bonne parole sur tout et n'importe quoi... La liste est infinie et le peuple aura pour son argent de... " pipoleries ". " Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par une... volonté people et que nous n'en sortirons que par la force des urnes ". Qui lancera ce défi à la face du peuple ?
Mais je déblogue...

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A
Ce parallèle entre le "Peuple" de Mirabeau, et la traduction qui en est faite dans la langue de Shakespeare est un vrai régal ! C'est certain, les deux mots n'ont pas la même signification.... Et deux années et demi après que tu aies écrit cette chronique, rien n'a vraiment changé, et les dérives quant à la signification ou à l'utilisation de ces deux mots n'ont pas évolué...dans le bon sens, du moins. Si ce n'est que le Peuple est de plus en plus méprisé par le pouvoir, et que le champ de ses droits et libertés n'a fait que se restreindre, alors que dans le même temps, la "peopolisation" de la vie politique n'a fait que croître et embellir, au point de tout envahir, sans laisser le moindre espace au débat politique. Sans confidences, sans reportages sur leur vie privée, sur leurs vacances, sur les frasques de leurs enfants et de leur conjoint, nos politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche n'existent même plus....
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D
Alors là c'est bien vrai !
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