L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Il est certain que l'on peut se poser de plus en plus de questions sur la responsabilité prise par les grandes entreprises en matière de santé des personnes auxquelles leurs produits sont destinés. Obsédés par le profit, elles ne se préoccupent que d'une seule constante : leurs marges. De longues années après la mise sur le marché de leur production, vantée par des publicités mensongères, on découvre les méfaits des composants ou des techniques utilisés. Dans tous les secteurs du quotidien règnent des produits chimiques dont les effets se révèlent nocifs quand il est trop tard. C'est le cas pour l'amiante, dont tous les transformateurs savaient bel et bien qu'il allait décimer une génération entière d'ouvriers, mais qu'ils ont persisté à mettre en œuvre sans aucune précaution.
Aujourd'hui, analystes et commentateurs s'accordent, par exemple, à définir l'utilisation de l'amiante en France comme un scandale de santé publique. Cette matière première a, en effet, été utilisée de manière très importante en France, notamment comme isolant dans les bâtiments publics et les habitations individuelles. Par ailleurs, les pouvoirs publics ont tardé, comparativement aux autres pays développés, à interdire son usage. Le scandale n'a éclaté pourtant que tardivement, durant les années 1990. L'amiante n'a été longtemps pensée que comme un risque encouru par des travailleurs du bâtiment ayant été exposés à de fortes doses d'amiante pendant leurs années d'activité.
Il faut par exemple savoir que les premières découvertes sur la nocivité de l'amiante sont faites en... 1898, par Lucy Deane, alors inspectrice du travail pour le gouvernement qui en fait étudier la poussière et fait le lien entre la présence de ces particules dans l'environnement des travailleurs et leurs effets sur la santé. Le docteur Montague Murray observe le premier cas de maladie des poumons due à l'amiante en... 1899 ; il signale en 1906 la mort suspecte de plusieurs travailleurs de l'amiante. Peine perdue, on continuera durant un siècle à condamner à une mort lente des milliers d'innocents.
Le campus de Jussieu a été, par exemple, l'un des lieux symboliques des risques posés par l'utilisation de l'amiante en France, et de l'inertie des pouvoirs publics. Après d'importantes polémiques, Claude Allègre qui vient d'obtenir une sinécure rémunératrice de Nicolas Sarkozy sur l'innovation, alors qu'il n'y a pas plus rétrograde que lui, voyait, par exemple, dans les critiques formulées sur les dangers de ce campus pour la santé des étudiants, un « phénomène de psychose collective », et son désamiantage a été décidé trop tard !
PIRE QU'ATTILA
On pourrait aussi se pencher sur l'exemple des pesticides qui sont maintenus en service durant des décennies alors que l'on connaît parfaitement leur nocivité potentielle. Le Roundup a tué directement ou indirectement des millions de personnes sans que les alertes aient été prises en compte, en raison des assurances puissamment relayées par des campagnes de communication du fabricant. Le produit contient plusieurs substances toxiques : la molécule "active" qui est le glyphosphate, et des substances dites "inertes" que sont le POEA, l'AMPA, et l'isopropylamine.
Le Roundup est nocif pour la santé humaine dans sa forme source. La très officielle Agence américaine de protection de l'environnement détaille les effets nocifs sur la santé que pourrait provoquer l'exposition à de fortes doses de Roundup : « Congestion des poumons, accélération du rythme de la respiration » à court terme, « endommagement des reins, effets sur la reproduction » à long terme.
En présence de diverses bactéries, il est dégradé en sarcosine puis en glycine. Le roundup agit sur le régulateur de la division cellulaire, les cancers sont dus à un dysfonctionnement de ces régulateurs cellulaires. On l'a découvert quand il était trop tard pour celles et ceux qui l'ont massivement utilisé pour éviter de financer du travail manuel et donc pour augmenter leurs profits.
Le Roundup est lessivé jusque dans les sols, et se retrouve dans les rivières et les eaux souterraines. Au Danemark en 2003 il a était retrouvé à une concentration cinq fois supérieure à la norme, pour l'eau potable. Etant l'herbicide le plus vendu au monde, à cause du boom des OGM dits "Roundup Ready", il est retrouvé dans tous les cours d'eau proches de ces plantations. Ce produit se retrouve en grande quantité dans les eaux de certaines régions Française, les sociétés de distribution d'eau potable font payer aux consommateurs, le surcoût engendré par le traitement de ce produit. Ce n'est que très longtemps après son utilisation « en toute sécurité » que le produit est mis en cause, avec une capacité de résistance des firmes exploitant sa formule.
FUMEES RADIOCATIVES
Hier on a appris que, selon une étude à paraître, les firmes du tabac ont confirmé la présence de polonium 210 dans les cigarettes. Il s'agit d'une substance radioactive très toxique, à laquelle on impute notamment le décès par empoisonnement de l'ancien espion russe Alexandre Litvinenko en 2006. Certaines des plus grandes firmes du monde du tabac ont étudié la présence de polonium 210, une substance radioactive mortelle, dans les cigarettes sur une période de 40 ans mais sans jamais... en publier les résultats, selon un récent article scientifique. Pour arriver à cette conclusion, des experts ont examiné plus de 1500 documents internes à des sociétés productrices de tabac. Et pourtant, les compagnies du tabac, tout en tentant mais sans résultat d'éliminer cette substance des cigarettes, auraient gardé le silence sur leurs recherches.
Le polonium 210 serait à l'origine de cancers du poumon chez les animaux, et les études indiquent que celui-ci est responsable de 1% de tous les cancers du poumon chaque année aux Etats-Unis, soit l'équivalent de 11.700 décès dans le monde. Les grandes compagnies de tabac craignent le recours en justice de certains fumeurs.
L'étude montre que le polonium 210 est présent dans la feuille de tabac et à l'intérieur de la cigarette. Or, les tentatives des scientifiques œuvrant pour les grandes compagnie du tabac depuis des années pour éliminer cette substance radioactive par lavage de la feuille, n'ont été que partiellement couronnées de succès. Les tentatives de modification génétique et la création de filtres pour enlever le polonium des cigarettes ont également échoué.
Un des manuscrits écrits par certains scientifiques de Philip Morris, favorables à l'industrie du tabac, montre que la publication de documents sur la polonium 210 risquait d'accroître la peur du public envers le tabac. » Il cite ensuite un document interne qui explique que la publication de cette recherche, qui date de 1978, « a le potentiel pour réveiller un géant endormi ». En fait, pour éviter une baisse de leurs profits, effectués au détriment de la santé de celles et ceux qui consomment ces produits toxiques, on organise le black-out autour de leur contenu.
RESPIREZ EMPOISONNE
L'organisme UFC Que choisir a testé différents systèmes, allant de l'aérosol aux diffuseurs électriques, en passant par les bougies ou les huiles essentielles, ayant comme objectif de désodoriser les intérieurs des habitations. Sur les 39 produits, 9 sont qualifiés d'"acceptables" par l'association. Parmi les plus néfastes, on peut citer les encens, qui émettent des produits cancérigènes lors de leur combustion (formaldéhyde ou benzène). L'UFC émet les mêmes réserves sur les huiles essentielles. Outre ces substances, ces désodorisants contiennent fréquemment des molécules allergènes ou irritantes. Les seuls à se dégager du lot sont les diffuseurs électriques prêts à poser qui génèreraient moins de nuisances que les autres.
L'UFC-Que Choisir n'en est pas à son coup d'essai sur cette thématique : une autre étude, réalisée en 2004, avait déjà épinglé les industriels pour les mêmes raisons. Chaque fois, l'association a la même réponse des fabricants concernés. Ils l'auraient eu sur une enquête identique sur l'amiante, le Roundup, le Polonuim 210 ou tout autre colorant ou adjuvant chimique ou conservateur industriel.
L'Association Française des Industries de la détergence, de l'entretien, de l'hygiène et des produits d'hygiène industrielle conteste bien évidemment l'étude réalisée, affirmant contrôler ses produits avant et même après commercialisation. Chaque fois, c'est le même comportement : absorbez tranquille nous veillons sur notre produit et nous vous garantissons que si vous en mourrez un jour, ce sera, comme le souhaitait Brassens, de mort lente ! Car le problème est là : un cyclone, un séisme, un crash d'avion, un naufrage expédie vers un autre monde massivement mais brutalement, alors que les savants dosages des industriels sont plus subtils et ont des effets induits à long terme !
En attendant, si vous vivez dans la maison bien isolée d'un fumeur, avec des doublages amiantés, située au bord d'un champ traité aux pesticides, nous vous conseillons d'aérer souvent votre habitation et de quitter les lieux avant qu'il ne soit trop tard. Attention cependant car si vous fuyez en voiture sachez que l'endroit le plus pollué demeure son habitacle !
Mais je déblogue...