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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LES HERITIER(E)S ONT TOUT A PERDRE

Les querelles de famille sont réputées les plus terribles, car elles laissent des cicatrices profondes. Le Parti socialiste, qui a toujours eu le respect du Père, de la Mère et du Saint Esprit de gauche bien entendu... et donc ses fils, petits-fils, arrières-petits-fils ou filles, neveux, nièces, cousines, cousins (directs ou par alliance) a pris l'habitude de se retrouver chaque année pour une explication qui se veut ouverte, alors qu'en réalité elle consacre le fait que plus personne n'appartient réellement à la même lignée. Les « socialofolies » de La Rochelle ressemblent de plus en plus aux émissions de téléréalité où l'on vient devant les micros et les caméras confier son désespoir, ses satisfactions, ses illusions ou ses trahisons.
Tout finit par mal tourner quand il y a un héritage en jeu. Les passions se déchaînent et rien n'est pire que ces moments là, qui peuvent soit se dérouler avant le décès du propriétaire, soit après sa disparition. En fait, la famille se déchire souvent pour récupérer ce qu'elle croit lui revenir, alors qu'elle n'a joué aucun rôle dans l'obtention du capital. C'est un peu le cas du PDG du Parti socialiste qui effectue les partages de son vivant comme s'il en était propriétaire, alors que ce n'est qu'un capital procuré par des milliers de militants « ouvriers des succès » des produits locaux ou détenteurs du capital crédibilité de l'entreprise PS.
En fait, globalement, La Rochelle tient un peu de la grand messe de mariage pour les uns et de prétoires de divorce pour les autres. Le plus spectaculaire c'est que tout se déroule en même temps même s'il est courant que l'on se sépare avant même de s'être unis. Les unions de « raison » ont toujours été les plus nombreuses et pour la première fois hier on a entendu des mots que l'on n'avait jamais entendus.
Ségolène Royal avec sa « bravitude » habituelle a introduit la notion « d'amour » dans le milieu politique, et c'est déjà une nouveauté exceptionnelle. « Les Français nous parlent comme Juliette Gréco le chante : aimez-vous les uns les autres, ou disparaissez... ». Que vient faire l‘amour dans le débat politique ? Constitue-t-il pour les Françaises et les Français un critère de qualité de gestion et de crédibilité du projet ? Est-ce parce qu'elle savait qu'elle s'engageait, après avoir rencontré le Dalaï Lama, sur la voie de ce dernier ? Va-t-elle, au moment où elle revendique une part d'un héritage qu'elle estime avoir construit par une glorieuse défaite, tenter de convertir les militants avides d'avenir aux principe boudhistes ? On sait, en effet, que le premier principe enseigné par celui qui distribue des écharpes blanches aux grands de ce monde n'est autre que : « Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques ». Une référence qui devrait figurer sur toutes les motions socialistes issues de La Rochelle !

LES DIX COMMANDEMENTS
On s'est beaucoup réuni par ailleurs dans des chapelles ou des cathédrales, afin de mettre au point la manière dont on pouvait essentiellement se positionner sur l'héritage. Ces rencontres se déclinent à partir des 10 commandements socialistes. Le premier d'entre eux se décline ainsi : Je suis le Seigneur, ton dieu du socialisme. Les autres suivent : avec comme deuxième commandement : tu ne prononceras pas "socialiste" en vain ; troisième commandement : penser à sanctifier les jours de scrutins locaux ; quatrième commandement : honore ton père François Mitterrand et ta mère en socialisme ; cinquième commandement : tu ne tueras point tes camarades ; sixième commandement : Tu ne commettras pas d'adultère avec la clique sarkozyste ; septième commandement : tu ne voleras pas les suffrages de ceux de gauche ; huitième commandement : tu ne feras pas de faux témoignages sur tes motions ; neuvième commandement : tu ne désireras pas la place de ton prochain. ; dixième commandement : tu ne convoiteras pas le bien actuel du prochain. Autant de bonnes intentions qui excusent les crimes entre amis.
En fait, tous les orateurs peuvent aller à confesse publique immédiatement, car aucun d'entre eux ne se soucie de l'intérêt général, mais plus prosaïquement de celui de son clan. La Rochelle est devenue au fil des années La Mecque du socialisme où bien des gens ne vont que par obligation, et surtout pour assurer... leur avenir au firmament de la politique. On ressasse des mots magiques : " base", "  militant" , " gauche" , "vote", et plus que tout, celui qui comme la pierre philosophale au temps des alchimistes devrait transformer le plomb des formules en or des principes : « union ! »

HERITIERS GATES
Dans un tel contexte, il est étonnant que l'on puisse s'indigner de la manière dont les médias de l'opinion dominante traitent ce qui tient à la fois du pèlerinage à Lourdes, de la rentrée universitaire, du chemin de Canossa et de l'ouverture de l'Olympia. En fait, tout le monde y attend le miracle au nom de la seule raison qui compte : celle du plus fort ! On y a, par exemple, selon les déclarations des « croyants » les plus convaincus, le nombre des adeptes ayant apporté leur soutien à telle ou telle contribution, comme s'il s'agissait de ralliements en vue d'une croisade.
Les forces, extrêmement théoriques, se meuvent comme des bataillons plus ou moins bien armés. Ils n'ont, pour la plupart, qu'une seule certitude : ce sont eux qui prendront les balles de plein fouet le jour où une guerre sera engagée. Ils sont en effet sur le terrain, face à des citoyens plus ou moins exaspérés par ces comportements d'héritiers gâtés par le sort, mais incapables de faire fructifier les biens qu'ils ont reçus !
« La situation est grave, les Français vont très mal, on a la responsabilité de se serrer les coudes », répète Martine Aubry. François Hollande en appelle à « faire bloc », car « les Français nous regardent, quelquefois avec un peu de scepticisme et d'inquiétude ». Quant à Bertrand Delanoë, il attend de cette université « du travail, de la créativité et une union des socialistes. » Chacun ne parle que d'union sur la base de la fameuse formule « je t'aime, moi non plus ! », mais chacun ne roule que pour son écurie.
Hier soir, dans des oratoires bondés et surchauffés, Bertrand Delanoë, Lionel Jospin et Michel Rocard, d'un côté ; Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, de l'autre ; Ségolène Royal dans un troisième endroit, réunissaient leurs supporters. Un même mot d'ordre : nous sommes les mieux placés pour rénover le PS et offrir une voix (voie) à la gauche... Faites-nous confiance : vous verrez ce que vous allez voir ! On a envoyé quelques espions chez les autres, qui ont discrètement ouvert leur téléphone mobile afin que l'on puisse entendre en direct les déclarations des adversaires. C'est vrai qu'à La Rochelle on a l'habitude, dans les courses au large, de surveiller les choix effectués par les routeurs des adversaires. Cap à bâbord ou virée à tribord pour trouver les vents porteurs appartiennent au quotidien des habitués du port !

DES COURSES EN SOLITAIRE
Entre socialistes, on a au moins le grand mérite de ne pas dissimuler ses querelles de famille derrière le rideau des faux-semblants. Les Françaises et les Français préféreraient, si l'on se fie aux journalistes analystes qui savent tous les blocs monolithiques de l'époque bénie de la guerre froide. Ils seraient ravis d'avoir sur l'échiquier politique des rois et des reines ayant à leur côté des sujets obéissants.
C'est probablement là la clé de l'échec actuel des socialistes qui ne semblent pas comprendre que l'essentiel reste les apparences. Il est en effet impensable que dans un système se voulant démocratique, les citoyens s'offusquent que le débat fasse partie du paysage politique : la France a toujours un fond de droite conservatrice qui sommeille dans les esprits. Le culte du chef, de la notoriété médiatique, de la société civile réputée fiable et de « l'unanimisme » rassurant font des ravages à retardement dans un parti ayant eu les yeux rivés sur la ligne bleue des sondages. En fait, désormais il s'est lui-même discrédité en laissant croire que le progrès des idées se décrète mais ne se discute pas. Il est en effet extrêmement positif qu'il y ait des différences d'appréciation des situations, qu'elles se confrontent, qu'elles se différencient et qu'elles finissent par s'allier avec plus ou moins d'efficacité.   Tout le monde ou presque est d'accord avec lui-même (et encore!) et c'est sûrement là le principal problème, car on assiste de plus en plus à une course en solitaire puisque la société préfère un nom à une "équipe" ! Le socialisme a rompu avec le "collectivisme", ce qui n'est pas un mal, il a tourné le dos à l'autogestion, il a préféré l'autodestruction programmée en réhabilitant le culte de la personnalité salvatrice!
Mais je déblogue...

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