L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le théâtre de boulevard a beaucoup de points communs avec la vie politique. Ses ressorts comiques approchent souvent ceux d’un milieu où les cocus sont légions, les passions éphémères et les secrets d’alcôve remplacés par des discussions discrètes dans des cabinets. Il semble que, depuis peu de temps, le rapprochement soit encore plus fort, dans la mesure où la vie privée faite de ruptures, de réconciliations, de constats d’adultère, de maîtresses influentes prend une importance particulière.
On imaginait les frasques de Giscard. On connaissait celles de Mitterrand. On a découvert que Chirac devait avoir besoin de se confesser, depuis les révélations de Franz Olivier Gisbert. On a suivi les péripéties du couple Sarkozy. Plus personne de bien informé ne peut s’empêcher de commenter celles de Hollande-Royal. On sait combien les mariages entre journalistes influentes et ministres présents ou passés a une importance dans la vie nationale. Et tout ça, sous le regard de citoyens englués dans de lourds soucis personnels ou collectifs, ne leur permettant pas de rire de ces pantalonnades. Le déballage volontaire ou involontaire de la vie privée commence à peser sur la vie publique, comme s’il fallait à tout prix estomper les choix politiques. Mais ces réalités furent de toutes les époques et il serait étonnant que la modernité nous en préserve.
Depuis quelques temps, le changement réside dans la transposition des principes clés du « mariage » à trois, dans la méthode de gouvernement. Le seul problème c’est que l’on ne sait pas encore quel sera véritablement le « cocu ». Chacun joue son rôle au sein du trio Chirac-De Villepin-Sarkozy, avec l’espoir de tromper l’autre et de le contraindre à se retirer du devant de la scène. Et, dans le fond, le pays se contente d’attendre un dénouement proche, sans pour autant apprécier le spectacle.
Le personnage principal autour duquel se noue l’intrigue répond au nom de Dominique Galouzeau de Villepin, ce que Feydeau aurait particulièrement aimé. Il tient sa fortune politique d’un mentor sans foi ni loi, décidé à l’utiliser pour contrer son rival potentiel. Une sorte de Volpone qui fait le mort pour savoir comment vont se comporter les héritiers potentiels, et plus encore pour leur tordre le coup quand ils s’approchent trop près de lui.
Considéré comme un poète ne s’étant jamais confronté à la rude réalité du suffrage universel par manque de courage, Crin Blanc souhaite casser son image d’aristo, d’esthète, d’énarque gestionnaire. Actuellement, il a donc décidé, probablement conseillé par un gourou en communication, de se forger une stature d’homme d’Etat à poigne, capable de tenir bon la barre dans les tempêtes. Pour cela, il lui fallait un projet, symbolique de son attachement à son camp, même si dans le fond il était totalement inutile. En s’accrochant au CPE, dont chacun s’accorde à reconnaître l’inefficacité potentielle, il essaie de construire une autre image, destinée à éclipser celle acquise par son rival dans la crise des banlieues. Il lui faut également estomper la regrettable bavure que fut, pour la base pensante de l'UMP, la dissolution, sur ses conseils, de l’assemblée nationale en avril 97.
Alors, Crin Blanc a décidé de transformer Matignon en Fort Alamo. D’autant que cette position met en fâcheuse posture ceux qui seraient, dans les rangs de la majorité, tentés de l’abandonner. Ils passeraient pour des traîtres vis à vis de leur socle électoral et, plus encore, ils seraient rapidement accusés de faiblesse idéologique. Le plus coincé de tous étant le Roquet de Neuilly que de Villepin avait soutenu lors des émeutes dans les banlieues. Il est ligoté par les événements sur son fauteuil de Ministre responsable du… maintien de l’ordre !
UN SIGNE FORT D'INDEPENDANCE
Sarko avait annoncé, il y a déjà quelques mois, qu’il quitterait le gouvernement un an avant l’élection présidentielle, afin de reprendre une liberté d’expression qu’il n’a jamais perdue. Ce départ donnerait un signe fort d’indépendance et surtout lancerait la compétition au sein même de l’UMP, dont il détient les clés. En musclant par sa pseudo-résistance le climat d’hostilité au CPE, Crin Blanc l’empêche pour l’instant de claquer la porte du domicile conjugal pour aller vers la liberté.
Sarko est donc condamné à soutenir du bout des lèvres, une mesure dont il sait qu’elle lui porte un tort considérable pour son futur boulot potentiel de... dans 14 mois. Il doit bouillonner intérieurement, car cette lumineuse idée venue du « plus à droite que moi tu meurs », se jouant avec Crin Blanc, perturbe singulièrement son plan A.
Désormais, il ne craint qu’une hypothèse lui compliquant singulièrement la vie : De Villepin s’efface à la Jospin de la scène politique, et Droopy Chirac fait savoir à tout le monde qu’il est logique que le numéro 2 du gouvernement, tellement populaire dans son camp, soit le remplaçant naturel… Comment se défiler ? Comment en pas laisser l’impression que, dans le fond, quand il faut abandonner la critique pour mettre les mains dans le cambouis le roquet se dégonfle.
Par ailleurs, Sarkozy craint par-dessus tout la bavure demain. Il tremble à l’idée que l’esplanade des Invalides n’ait été que l'annonce de l'avant-goût d’un Waterloo. Il fait donc monter Eric Raoult au créneau pour justifier par avance une éventuelle répression sévère, pouvant toujours dégénérer. Ce député de la Seine Saint Denis s’est fait le spécialiste du discours sécuritaire pour le compte de son patron. Il a en charge la justification d’une éventuelle Karchérisation des manifs actuelles.
Il y a fort à parier que, dès que le calme sera revenu, Sarko prendra la tangente, car il voudra éviter la faillite. Et ce soir à Douai, loin de l’agitation parisienne, Il devrait « préparer » le terrain pour cet fuite vers Neuilly, son confort, ses certitudes, et son image paisible.
APPARITION DANS LA SEMAINE
A l’Elysée, il y a le troisième personnage, qui se contente pour l’instant de compter les points. Il sait fort bien que, le plus tard possible, il lui faudra intervenir pour trancher sur ce CPE ; mais autant le faire en apportant satisfaction au plus grand nombre de spectateurs. Il va donc probablement effectuer son apparition dans la semaine, afin de récupérer les débris de son gouvernement avec une déclaration obligeant Crin Blanc ou le Roquet à se positionner. C’est d’ailleurs la raison ayant conduit ce dernier à anticiper par son adresse à la France,ce soir… La course de vitesse est engagée.
Si de Villepin se plante demain, Chirac ne volera pas à son secours. Si dans le fond il ne s’en tire pas trop mal et que Sarko trébuche, il retrouvera des accents gaulliens sur la chienlit à réprimer et sur un « Grenelle » de l’emploi des jeunes à organiser. Dans les deux cas, c’est tout « benef’ » pour le Vieux qui sera forcément du coté du vainqueur.
En fait, Droopy a redécouvert les vertus du silence et de la patience. Il joue au Raminagrobis en laissant s’approcher les souris agitées pour mieux les croquer. De toutes les manièresj il n’a plus rien à perdre… et c’est ce qui fait sa force pour pratiquer une gigantesque partie de poker politique menteur, d’autant plus facile que, dans le camp d’en face Hollande est inaudible, Strauss Kahn a disparu, Lang continue à rêver d’une éternelle jeunesse, Fabius n’arrive pas à imposer son image de seul présidentiable crédible, Royal joue sur une certaine ambiguïté…
Le dernier acte du vaudeville approche. Une seule chose est sûre : les cocus ne sont pas sur la scène, mais dans la salle, ou chaque soir devant leur télé pour au « théâtre ce soir ». C’est ce qui fait la différence.
Mais je déblogue...