L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Jamais je n'ai été aussi certain qu'il soit impératif de redonner la priorité absolue au politique sur l'économique. Chaque jour, encore plus que la veille, les événements démontrent qu'en aspirant à une loi du marché absolue le monde court à sa perte. Pas une seule minute sans que les mythes sur l'efficacité de l'économique s'effondrent. Le profit obsessionnel génère des effondrements causés par l'irresponsabilité des gens chargés de le décupler. Ils ont adopté depuis belle lurette la formule : acceptons les bénéfices tant qu'il y en a, puis sollicitons la nationalisation des pertes quand elles arrivent. Le chantage est permanent selon le principe des dominos susceptibles de faire s'effondrer en quelques instants les joyaux d'un système pourtant réputé salvateur !
On n'a pas fini de vérifier que cette planète est prête à mourir en paix pourvu qu'on ne demande pas à ses assassins de renoncer aux effets nocifs de leurs comportements irresponsables. Chaque fois qu'une responsabilité est à prendre vis à vis de l'opinion dominante c'est le renoncement assuré. Jamais on a assisté à un comportement social aussi proche de cette réalité : on annonce avec assurance, pour ensuite renoncer comme un trouillard fasciné par des ombres imaginaires.
Après une longue bataille de communication au sein du gouvernement, Nicolas Sarkozy a ainsi désavoué Jean-Louis Borloo qui militait pour l'extension dès 2009 du système de bonus-malus écologique afin de pousser à une consommation plus verte. Il encaisse un nouveau direct du droit dont il ne se remettra qu'avec un bon whisky, suivi d'une kyrielle d'autres whiskys ! Ce n'est même plus un camouflet, c'est la transformation d'un Ministre en carpette pour raisons utilitaires.
A l'issue d'une réunion rassemblant à l'Elysée le ministre de l'Ecologie, sa secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet pourtant réputée convaincue et proche du président, Luc Chatel (Consommation) et le ministre du Budget Eric Woerth, qui a plusieurs fois exprimé ses réticences sur le dossier, le président a annoncé son opposition « à la mise en place de toute nouvelle fiscalité sur des produits de grande consommation (...) compte tenu de la situation économique et des tensions actuelles sur le pouvoir d'achat ». Exit donc la taxe « pique-nique », un temps envisagée pour les produits en plastique jetables, mais à laquelle Jean-Louis Borloo avait déjà renoncé. Exit surtout l'extension pour 2009 du bonus-malus écologique à une vingtaine de familles de produits, alors que le principe en avait été accepté le 3 septembre par François Fillon. Dans le fond, Jean-Louis Borloo est fossilisé en potiche ministérielle ! « J'ai franchement le désagréable sentiment pour Jean-Louis Borloo que de ministre d'Etat il est devenu ministre de rien » a raillé le député Vert, Noël Mamère. Au ministère de l'Ecologie, on se félicitait cependant de la validation par le président du principe du bonus-malus et du lancement d'une deuxième expérimentation. « On n'a pas besoin de beaucoup plus pour être satisfaits », assurait-on dans l'entourage du ministre blasé, ayant déjà accepté sans sourciller de multiples humiliations. C'est ce que l'on appelle avaler des couleuvres après avoir espéré déguster du caviar !
UNE ESPECE DE COM
Pour le président, il s'agit aussi de mettre un terme à une « raspa » endiablée, qui a quelque peu terni son engagement tonitruant, mais essentiellement fait de paroles en faveur du Grenelle de l'environnement. Depuis la rentrée du gouvernement, les déclarations contradictoires et vigoureuses des ministres impliqués et les « fuites » se sont succédées, manifestement pour peser, via les médias, sur les décisions en cours d'arbitrage au sein du gouvernement. La tactique a payé, car chaque Ministre a utilisé l'opinion publique contre son propre camp, afin d'essayer d'apparaître comme
« progressiste ». Un vaste poker menteur s'organise, avec une propension à mettre des pansements spécialisés, pour recoudre au plus vite les plaies les plus désastreuses. La méthode permanente de valorisation personnelle des ministres ne date pas de ce gouvernement, mais désormais elle a été institutionnalisée avec des figures candidates potentielles à la succession de Fillon , le collaborateur qui en a plein le dos ! Le problème, c'est que le pilotage d'un avion qui perd chaque jour un peu d'altitude, ne peut pas se faire à 4 ou 5. Et les annonces de trajectoires divergentes n'arrangent pas véritablement les affaires de celui qui vient de se choisir un Boeing à la dimension de son ego ! On nage dans la communication de bazar, mais pas dans l'action politique concrète et durable. Et ce dans tous les domaines, et le pire c'est que ça fonctionne au coup par coup !
Au cours de la semaine, la création d'une taxe "pique-nique" et l'adoption d'un bonus-malus sur la consommation électrique ont été successivement annoncées dans la presse puis... démenties. Après le conseil des ministres, Jean-Louis Borloo a été contraint de sortir brièvement de l'Elysée pour recadrer les choses, avant de retrouver le président pour une autre réunion. Remarquez que, paradoxalement, ce n'est que l'application d'un autre principe de communication politique : « peu importe que l'on parle de vous en bien ou en mal, pourvu que l'on en parle ! » Borloo sait que l'effet d'annonce par « fuites » prépare celui qui l'écoute. Cette annonce sera officiellement et eventuellement valorisante pour son auteur sur le thème « moi je voulais mais c'est l'autre qui me l'interdit » avec démenti tout aussi relayé médiatiquement. Tenez, dans un autre domaine : ça fait combien de mois que l'on promet la TVA à 5,5 % pour les restaurateurs en clamant chaque fois, alors qu'on connaît la réponse à l'avance que c'est cette satanée Europe qui ne le veut pas ? Idem pour les pécheurs ou pour les viticulteurs !
SEULEMENT FIDELE A SA METHODE
Nicolas Sarkozy assure qu'il demeure « fidèle aux engagements du Grenelle de l'environnement » avec simplement le désir... d'annoncer, mais en étant certain de ne jamais les mettre en œuvre. D'abord, parce qu'il n'y a plus d'argent dans des caisses de l'Etat, dramatiquement exsangues, et qu'il faudra d'une manière ou d'une autre faire payer les décisions par... les collectivités locales majoritairement dirigées par la gauche ! Ensuite, parce que les lobbies économiques sont encore et toujours plus forts que les volontés politiques. L'abandon du principe du bonus-malus le montre parfaitement. Enfin, parce que le retard que nous sommes en train de prendre va se répercuter sur les coûts sociaux ultérieurs, et on agira, encore une fois, a posteriori, et avec des dépenses induites toujours plus élevées. Celles et ceux qui ont cru, au sens religieux du terme, dans le recueil de bonnes intentions de Grenelle vont déchanter.
Merci à Noêl Mamère de résumer la position de ces déçus de l'écolosarkozysme : « Nous avons la preuve maintenant que ce Grenelle, ce n'était qu'une posture politique pour faire croire au bon peuple de France que l'on s'engageait dans la croissance verte et dans l'économie verte », a commenté le Député-Maire girondin. « C'est aussi donner raison à tous ceux qui dans la majorité ne supportent pas les mots d'environnement et d'écologie », a-t-il dit, en estimant que Nicolas Sarkozy et François Fillon « préfèrent satisfaire leur clientèle politique ». C'est net et sans bavure, mais d'une terrible vérité. Encore un écran de fumée qui s'évanouit, laissant la place au vide habituel du décor.
Dommage que le PS se soit contenté en matière d'écologie de l'écume d'une journée, comme constaté lors de l'assemblée générale annuelle du club des départements cyclables, ou tout le monde a admis que, dans le Grenelle, le vélo avait été exclu et que toutes les politiques menées ne pouvaient être que des parcelles mises éventuellement en synergie selon le bon vouloir des élus locaux. On s'en est tenu là...
Le PS, dans la marmite bouillonnante de son Congrès est ailleurs, dans un autre monde que celui des réalités politiques quotidiennes. Il n'a qu'un mot en tête : union, même factice, mais union. On va le constater dès la semaine prochaine, quand la retenue actuelle des sénatoriales ne sera plus de mise. On risque de parler de choses qui fâchent, de beaucoup de choses qui dérangent, mais avec le sentiment de l'inutilité flagrante de l'Etat face à un monde économique qui le manipule à sa guise. C'est la dure loi du marché et il n'ya plus personne pour la condamner !
Mais je déblogue...