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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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BONNET D'ANE POUR ELUS

Il est un moment de la vie publique auquel, unanimement, les élus locaux vont à reculons. Ils cherchent tous à échapper à ces réunions destinées pourtant à construire un avenir de qualité car on y pratique, avec un talent consommé, le "tir aux pigeons", et ils en ressortent avec le moral dans les chaussettes. Toutes tendances politiques confondues, lorsque les discussions sont libres, comme par exemple lundi dernier, lors de la rencontre mensuelle du groupe "actualité" de l’Association des Maires de la Gironde, auquel je participe, il se dégage en cette période, un sentiment quasi unanime : voir arriver un conseil d’école, c’est accepter d’aller à Canossa, et repartir persuadé qu’il ne saurait y avoir de réussite dans l’exercice de la gestion communale.
En effet, il faut savoir accepter, en ces lieux d’expression organisés, sans se formaliser, qu’un fétu de paille prenne des allures de poutre dans les yeux de toutes celles et tous ceux qui se trouvent autour de la table. Mieux, bien souvent, le représentant de la Mairie se retrouve avec le sentiment rentré de passer devant un "tribunal" chargé de recenser, de décortiquer, tout ce qui constitue une faute grave à l’égard de celui que notre société a idéalisé : l’enfant.
L’école est devenue un lieu exceptionnel, un archipel diversifié de classes différentes, dans lequel la puissance publique doit résoudre tous les problèmes sociaux, apporter le savoir et pallier les carences éducatives. Elle se "marchandise" inconsciemment peu à peu, en devenant un sujet où rien n'existe sans augmentation constante des moyens matériels annexes, occultant les moyens fondamentaux devenus accessoires ou acquis.
Sorties, classes transplantées, intervenants extérieurs, déplacements, services périscolaires prennent, depuis quelques années, le pas sur les moyens pédagogiques essentiels. Cette évaluation strictement matérielle de la vie scolaire est en route à partir d’une déviance perverse, conduisant à la perte de la dimension originelle de ce qui devait être la plus belle maison du village.

RECENSEMENT EXHAUSTIF DE CARENCES

Chaque conseil d’école effectue donc un recensement aussi exhaustif que possible des carences supposées dans le quotidien global du lieu. Rien ne va !… Rien ne fonctionne… Rien n’est sûr… La "Mairie" comme on l’appelle en ces circonstances n’est dirigée que par une bande incapable de percevoir l’intérêt général, car elle ne se rend pas compte du caractère capital des revendications présentées. Ce qui est réalisé ne l’est donc qu’après un effort surhumain des autres, car c’est le fruit de l’insuffisance des moyens humains, matériels ou des locaux dévolus à l’enseignement.
Ce qui fait que, désormais, la pédagogie est masquée derrière une kyrielle de revendications permettant de donner l’impression que les résultats dépendent essentiellement de paramètres matériels. On en arrivera ainsi à ce que les services annexes deviennent, dans le fond, les critères d’appréciation d’un établissement. Le privé l'a bien compris en vantant la souplesse de son fonctionnement et plus encore ses services annexes!
Ainsi, je suis accablé de demandes de dérogation aux règles légales pour inscrire des enfants sur les écoles créonnaises, au motif que "c’est plus pratique", "c’est plus facile avec la nounou", "c’est moins cher que chez moi", "c’est mieux équipé en informatique", "la garderie ouvre plus tôt" , "ce sont des classes à cours unique" "ils ont la bibliothèque"… Pour beaucoup de familles, l’école a désormais l’apparence d’un super marché éducatif où il faut surtout que l’accueil, le confort, les loisirs, la nourriture, les horaires, le personnel non enseignant aient un rapport qualité-prix satisfaisant. Un jour va arriver la supression des secteurs scolaires dans le public par le passage à l'intercommunalité de la compétence scolaire (elle est cours d'expérimentation); le réveil sera dur!

J’ai derrière moi exactement quasiment un quart de siècle de participation au conseil d’école (mon prédécesseur ne voulait plus y aller) avec des directeurs, des directrices, des enseignant(e)s, plus d’une centaine de parents différents, organisés ou non organisés, amis ou hostiles politiquement. Et je n’ai pas souvenir d’une seule réunion à laquelle j’aie assisté, dont je sois sorti avec la sensation, plus ou moins forte, que les écoles publiques bénéficiaient de conditions satisfaisantes pour travailler. Si cela m’est arrivé en tant qu’élu, ce n’est que marginal et dû au fait que les problèmes avaient été réglés en amont.Toutes celles qui m’ont remplacé (adjoint(e)s ou conseiller(e)s) en sont ressortis démoralisées ou dépitées et me demandent de ne jamais les renvoyer dans ce huis clos, où il faut un moral d’acier pour tenir. Mieux, personne, au moment de a répartition des tâches ne veut être adjoint à l’éducation.
Et, attention, le réquisitoire sera d’autant plus sévère que le représentant de la "Mairie" est, ou a été, enseignant. Comment peut-il ce galeux, ce traître, ce "facho"  potentiel ne pas accorder, sans broncher, ce qui est réclamé, alors qu’il est supposé avoir connu, lui-aussi, les affres de la pénurie ? Montré du doigt, il peut invoquer des impératifs budgétaires ou des lenteurs imprévues ou des priorités globales, pour tenter d’éviter des salves réprobatrices venant de tous les rangs.Ce sera en pure perte. Mais comme l’enfant roi est au centre du débat, il ne peut que finir par s’incliner, face à ce qui peut prendre des allures polémiques.

PAYEUR SANS POUVOIR D’APPRECIATION

L’élu local n’a aucune légitimité par rapport à celles et ceux qui sont garants de la réussite des générations porteuses de l’espoir d’un monde meilleur. Il n’est que "payeur"  ( surtout pas "décideur") et sans, de fait, aucun pouvoir d’appréciation. Le conseil d'école s'érige en censeur indirect de la politique municipale, et on a vu, par exemple, le rôle qu'il avait joué il y a quelques semaines dans des municipales partielles de communes du Créonnais.
L'élu, s'il veut la paix, n’a que le droit d’être d’accord et de se débrouiller à trouver les fonds nécessaires…Un appel au "peuple des parents d’élèves" suffira à placer le "radin" en situation de précarité électorale. Même si, au cours de l’année antérieure, les crédits demandés n’ont pas été consommés, même si jamais il n'a manqué en définitive un € pour agir, même si, sur le plan comptable, les sommes disponibles existent… il faut absolument les reconduire et les augmenter pour que la "Mairie" sauve l'honneur.
Mettre en doute un besoin constituerait un crime de lèse pédagogie, passible de l’indignité publique ! Avant même de savoir si, en définitive, on peut adapter un projet à des moyens moindres, ou si en fin d’année une rallonge budgétaire n’est pas possible, on stigmatise publiquement "le manque de moyens" qui ne permet pas d'agir. Ah ! ce sacré "manque de moyens", comme il occupe l’essentiel des réunions, et occulte bien d’autres débats! Et sutout celui de l'implication citoyenne bénévole.

Cette attitude de l’Education nationale envers les élus locaux s’accélère avec l’incapacité de l’Etat a assumer ses missions régaliennes. Le Ministre décide, modifie, prône, transfère, adapte, innove et les communes... paient au prétexte que, sur le terrain, il faut mettre en place les directives qui changeront avec le prochain Ministre. Il décide, par exemple, au nom de l’intégration, de rassembler des enfants sur un établissement, mais n’avertit jamais le Maire de la commune quittée et pas davantage celui de la commune d’accueil. Peu importe : les "décideurs compétents" savent que ce ne sont pas eux qui assumeront les frais de scolarité, et qu’il y aura forcément un élu pour le faire.

APPRENTISSAGES FONDAMENTAUX

Avec un brin de recul, un élu blasé sait que, dans le fond, l’essentiel réside dans les apprentissages fondamentaux : lire, écrire, compter, comprendre et que là, quelles que soient les conditions matérielles d’accueil, ce n’est pas de sa responsabilité. Ouf ! C’est déjà ça de moins que ces nuls d’élus locaux feront mal, car ils ne savent pas le faire et probablement qu'ils ne l’ont jamais fait…
Je sais que ces propos vont choquer mais, dans le fond, je ne fais que transcrire ce que presque tous mes collègues pensent tout bas sans oser le dire tout haut, de peur de représailles intellectuelles fortes, surtout dans les petites communes. La dérive est mainteannt ancienne.

L’IUFM forme dans ses "usines universitaires" purement théoriques, des cohortes d’aigris potentiels qui, arrivant sur le terrain, ne connaissent pas grand chose de leur lieu d’exercice. La plus colossale erreur commise par Lionel Jospin (tiens donc) sur les conseils de Claude Allègre (tiens donc), très mal à l’aise sur le sujet, vendredi, tard dans la nuit, lors de l'émission Campus face aux violentes critiques sur le système éducatif actuel, aura été la suppression des écoles normales le 10 juillet 89. Il a, sous la pression du SNES et du SNESUP, acheté la paix sociale avec les syndicats qui lui étaient les plus hostiles, sacrifiant le concept de "l’enseignant citoyen" pour consacrer celui de "l’enseignant technicien" et maintenant, il s’étonne que le système soit en décalage complet avec la société, que le fossé soit un précipice .
L’Ecole normale n’était pas la panacée mais elle donnait suffisamment de repères pour que l’on sache se concentrer sur ce qui était essentiel. Certes la psycho-pédagogie était plus sommaire, certes la psychologie cognitive n’existait pas, certes le CFEN n’avait pas la valeur des diplômes actuellement délivrés, certes le passage sur le Campus ne permettait pas d’appartenir à l’élite de la nation, mais au moins le budget communal et ses contraintes, les rencontres avec les élus locaux, la manière de les aborder et de les faire vivre appartenaient à un cours dont on imaginerait même plus aujourd’hui le titre dans une IUFM : "morale professionnelle".
Des forteresses se sont constituées. Elles s’isolent de plus en plus de leur environnement. Elles pratiquent la fuite en avant, comme pour éviter que l’on se penche sur leur réalité. Et le conseil d’école ne constitue qu’un exutoire, un défouloir collectif ou individuel, un ring dans lequel se règlent des comptes permettant de passer du statut d’accusé (inconfortable) à celui d’accusateur (valorisant).
Bien évidemment, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Cette chronique est théorique, vous l'aurez bien compris! Je suis prêt à l'attester!
C’est bien connu je déblogue…

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C
Merci Jean-Marie...<br /> Une citoyenne bénévole, qui persiste à l'être et garde ses convictions
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