L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le printemps voit sortir de partout des plantes nouvelles. La loi des saisons le veut. Comme on ne voit plus les lestes hirondelles envahir le ciel pour nous l'annoncer (pollution oblige!), il faudra nous contenter de surveiller l’éclosion des plantations pour, un beau matin connaître les "légumes" de demain, qui ont été discrètement repiqués dans les plates bandes des jardins. On commence de-ci de-là à détecter ces petites "pointes vertes" de futures fleurs, jusque là très discrètes, ou à vérifier qu'une greffe antérieure a réussi. Les grands arbres chenus portent aussi des milliers de bourgeons prometteurs, dont on ne sait pas encore s’ils iront tous se confronter avec un climat plus ou moins favorable.
Le mois d’avril 2006, compte tenu de sa proximité avec les échéances des deux années futures, est extrêmement intéressant à observer. Les passionnés, qui revendiquent très souvent, pour leur image, leurs talents de jardiniers du dimanche, savent que c’est maintenant qu’il faut agir pour espérer obtenir des résultats dans un proche avenir. Ils s’y mettent d'ailleurs méthodiquement, en recherchant les territoires sur lesquels ils peuvent espérer imposer leur "culture" personnelle.
Cette période annonce donc les jours meilleurs, celle des espoirs de récoltes permettant de s’affirmer, le moment venu, sur le marché. Certes, il y aura encore beaucoup d’aléas mais, sans le soin apporté au moment des semailles ou du repiquage, ainsi que dans le choix des terres d’élection pour y disséminer vos "bulbes", vous risquez d'échouer. Ce boulot de jardinier des carrières nécessite de longues réflexions et, paradoxalement, un sens aigu du secret et aussi la main verte.
Avril demeure aussi le mois durant lequel on entend l’appel bucolique du coucou. Cet oiseau au chant sympathique a un mode de reproduction parfaitement détestable. La femelle va en effet subrepticement pondre son oeuf dans le nid patiemment préparé, construit, entretenu par un passereau méritant. Peu importe la taille du lieu, ce qui compte simplement c’est que le couple d’accueil ne se rende pas compte de la supercherie. Le moment venu le coucou junior expulsera en puissance les œufs légitimes, pour être le seul à être nourri, gavé, par ceux qui ne s’apercevront jamais de la supercherie. Il prendra son envol en méprisant ceux qui furent ses parents nourriciers, trahissant ostensiblement leur confiance et leurs efforts allant souvent jusqu’à l’épuisement mortel.
La vie politique s’est mise localement et nationalement à l’heure du printemps. Celui de 2006 sera extrêmement important, décisif, car seuls celles et ceux qui auront été placés au bon endroit, peuvent espérer participer aux récoltes de 2007 ou 2008. Les "bulbes" se préparent donc à percer discrètement sur le territoire girondin. Quand aux "coucous" (rappelons que c’est de l'attitude infidèle de la femelle du coucou qu’est née l’appellation de cocu), ils s’installent pour pousser, hors du nid du pouvoir, linottes, rouges gorges, pinsons, mésanges ou sansonnets. Chaque parti politique à ses coucous. Leur temps est venu de les placer en couveuse. Et le P.S. vient de leur offrir un nid à 20 € pour qu'ils nichent plus facilement.
Le plus célèbre de tous est devenu incontestablement le "Coucou de Neuilly". Les observateurs avisés lui trouveront véritablement une démarche exemplaire en tous points, digne de figurer dans un bouquin d’ornithologie politique. On connaissait les "aigles", les "perruches", les "pigeons", les "poulets reconvertis" on a désormais les "coucous".
Pas un seul moment, depuis qu’il s’est installé de force dans le sanctuaire des autres, il n’a cessé de rêver de chasser les protégés des "propriétaires" des lieux. Il s’est approprié, sans vergogne, tout le patrimoine permettant de nourrir son ambition, puis il a obtenu, depuis la semaine dernière, qu’on le débarrasse de son seul rival potentiel pouvant encore recevoir la "béquée" officielle. Ce dernier est sur le rebord, en bascule, et aujourd’hui il va basculer dans le vide.
Le "coucou de Neuilly" va se gaver d’honneurs, de réussite et d’hommages rendus par ces excellents pourvoyeurs de voix que sont les députés les moins dépités. Dans la campagne qui s'ouvre, il lancera comme chant de ralliement de vibrants "coucous" destinés à rassembler les rescapés de la crise du C.P.E. et plus encore les admirateurs de sa méthode musclée de gouvernement. Droopy qui n’a gagné que par la trahison (Chaban, Giscard, Balladur) se retrouvera contraint de nourrir celui qui n’aura jamais cessé de le trahir.
Celle qui est également en train de s’installer de manière correcte, mais aussi efficace, durant ce mois d'avril, c’est le "coucou Royal". C’est une espèce totalement différente de la précédente car elle n’a pas du tout la même approche de la période d’incubation. Elle s’est nichée dans le nid du P.S. et, de manière moins voyante, moins brutale que celle du "coucou de Neuilly", mais tout aussi intransigeante, elle pousse lentement mais sûrement, en prenant ses aises dans le système médiatique, ceux qui ne sont pourtant pas des "poulets de l’année".
Elle leur pique ce qui doit nourrir obligatoirement la croissance d’une ambition : les couvertures des magazines, les émissions de télé, les interviews, les sollicitations pour survoler le terrain… Ils sont, les uns après les autres, jetés par-dessus bord, non pas par la force mais par la ruse. Mieux, il y a fort à parier que certains sauteront dans le vide avant qu’on prenne la peine de les éjecter. Ce soir, sur Canal + le sarkoziste Denisot va lui donner un coup de main, et bien d’autres viendront dans les prochaines semaines. Etiolés, amoindris dans les sondages, devant se contenter de miettes militantes, car il est certain que dans l’ombre les tractations vont bon train, ils mourront de manque de popularité…et de faim!
Les "bulbes" passent, eux, en général, l’hiver (ou les périodes difficiles) dans des serres spécialisées que l’on appelle les cabinets ministériels ou présidentiels. En général, ils ont été "achetés" chez des horticulteurs spécialisés où on les élève à l’engrais du savoir. Ils en sortent gonflés et prêts à enjoliver le jardin de leur acquéreur. Il suffira de leur trouver un petit coin tranquille, en général en jachère, ou occupé par un vieux rhizome proche du renoncement.
On vient de les sortir depuis quelques semaines et de leur préparer, à chacun, un petit trou en Gironde ou ailleurs. On les a arrosés d’un courant militant, on leur a collé une étiquette pour éviter qu’ils ne soient pas identifiés, on leur a donné une dose d’engrais en leur permettant d’utiliser leur place pour distribuer quelques prébandes.
A l’UMP, aux régionales, la liste girondine avait tangué quand, entre les élus de base et les collaboratrices des sénateurs, maires ou députés, ces dernières, installées à des places de choix, avaient eu du mal à céder le pas. Quelques femmes en nourrissent une forte rancœur qu’elles ne sont pas prêtes d’oublier. Elles observent toutes les "pousses" du Bassin d’Arcachon où une savoureuse partie de poker menteur s’est engagée autour de Marie Hélène Des Esgaulx, l’ange Gabriel de la résurrection d’Alain Juppé.
A l’U.D.F., on ne sait pas encore où l’on va implanter le "bulbe" Cavada : Montpellier ? Mérignac ? La Teste ? Le jardin aura son importance, mais il est certain que le choix est déjà fait.
Au P.S. le Girondin revendiquant très souvent sa main verte, plante à tour de bras en incitant son entourage à cerner le « vieux » laboureur du terrain départemental, histoire de renforcer son pouvoir et, qui sait, un jour d’imposer son réseau. Il dissémine, éparpille, enfouit des "plants" un peu partout, sur Bordeaux, Villenave d’Ornon, La Réole, le Médoc, le Créonnais, … pour, le moment venu, récolter les fruits de ce jardinage calculé.
Suivez bien les éclosions des prochains mois, et vous verrez que les œufs des coucous sont déjà dans les nids des passereaux… Des "bulbes" politiques les y ont discrètement déposés, et espèrent les voir nourris par les autres. Ils se montrent, ils avancent prudemment. Les coucous s'appellent entre eux. Si vous les entendez, mettez vite un bulletin de vote dans une main et faites sun voeu, ça porte bonheur pour les élections!
Mais je déblogue…