L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le congrès du Parti socialiste mobilise toutes les énergies au sein même du parti mais ne semble pas encore passionner les foules. Il n’y a même pas le monde escompté dans les réunions-débats organisées dans les sections. Les seuls qui s’extasient sur la communauté des nombrils exposés en place publique, ce sont les messieurs je-sais-tout du monde médiatique. Comme il leur est pratiquement interdit de commenter l’actualité relative à la droite, ils s’escriment à déchiqueter le PS qui, il est vrai, prête le flan avec complaisance à cette propension naturelle. Apathie se délecte en voyant approcher ce qui ne sera pas le sacre de Reims, mais plus certainement le massacre de Reims ! Il sait que les évènements vont s’accélérer, et que l’on va décocher ces balles, réputées mortelles, que sont les " petites phrases ", et que pendant ce temps, il évitera de parler des querelles au sein de l’UMP.
Plus un seul jour sans un couac monumental, mais les leurs sont acceptables, ceux du PS sont affligeants. Il est vrai que les premiers devraient gouverner, alors que les autres devraient s’opposer ! Il est vrai aussi que les autres n’ont pas " d’éléphants ", mais des " libellules ". Il est vrai, également, que bien des analystes sont dans leur camp, et fort peu dans l’autre. Il est encore plus vrai qu’il est plus glorieux pour un journaliste de gauche de se payer une personnalité de gauche, plutôt que d’être hostile à quelqu’un de droite, car dans la première situation son indépendance en sort renforcée, alors que dans le second cas, il ne se révèle qu’un partisan invétéré.
Actuellement, le grand sport national consiste à élargir les micro-fractures internes du PS et à les élargir chaque jour un peu plus. Le pire, c’est que les efforts les plus féroces sont effectués à l’intérieur du parti. Il est de bon ton de se situer au dessus du débat et de lancer des anathèmes, d’effectuer des révélations fracassantes, de saborder ce en quoi on est censé croire, de dégoûter au maximum les militants de ce qui n’est, en fait, qu’un débat similaire à celui qui peut exister au Nouveau Parti Anticapitaliste, au Modem, ou au parti communiste, mais… qui serait désolant au PS.
Dans le gouvernement, l’opinion dominante ne voit aucune rivalité de personnes, aucun camouflet pour les un(e)s ou pour les autres, aucun conflit idéologique : la majorité ressemblerait à une secte de jeunes cadres enthousiastes, rassemblés autour d’un gourou ne cessant de faire tourner des moulins à prières pour conjurer la crise.
Par exemple, la réforme constitutionnelle, vendue par Jack Lang comme étant celle du siècle, qui allait redonner le pouvoir au Parlement, et qui ne devait son existence qu' au libéralisme politique du Président de la République, ne devient qu’un papier sans importance, aussi vite oubliée qu’elle a été laborieusement approuvée. Mais les analystes ne se risquent pas à l’écrire ou à le dire. Devant les parlementaires de la majorité réunis à Matignon, François Fillon a sèchement contré le chef des députés UMP, Jean-François Copé : "Non, nous n’avons pas changé de République, nous sommes encore dans un système où c’est le gouvernement qui fait ses propositions et qui engage le débat avec le Parlement." Entre les deux hommes, l’affrontement était programmé depuis la révision constitutionnelle de cet été qui, renforçant le pouvoir du Parlement, affaiblissait le Premier ministre. Cet affrontement sur le fonctionnement même de l’Etat n’a aucun impact dans l’opinion dominante, qui n’y comprend d’ailleurs pas grand chose. Par contre, si Ségolène tousse ou si Martine égratigne Bertrand qui est agacé par Benoît, ou si Manuel s’offre une crise démesurée d’ego… la France entière s’esbaudit et se détourne. Terrible contradiction, due à une appréciation désastreuse de l’échelle des enjeux et des valeurs, qui permet d’annoncer n’importe quoi puisque le futile dissimule, par l’importance qu’on lui accorde, l’essentiel. On peut rétorquer que ni Fillon, seulement " collaborateur " du Président, ni Copé, " prétendant auto désigné " à la succession, n’ont la taille des éléphants. Tout est bon pour qu’ils s’affrontent, mais personne ne s’en aperçoit, puisque personne n’en parle.
COURSE DE VITESSE
Pour Copé, la réforme des collectivités territoriales était aussi l’occasion de démontrer que, en instaurant l’ordre du jour partagé, la France a, de fait, "changé de régime". Ce projet, absent du programme de Nicolas Sarkozy, Copé en revendique sa part de " coproducteur". Il veut être l’assassin des départements, de telle manière que les élus locaux de l’UMP, déracinés des territoires, puissent y reprendre pied. Il applique le principe mitterrandiste voulant que la France se gagne par les élus locaux qu’il souhaite couper de Sarkozy, en devenant le héros de la reconquête. Or l’Elysée, voyant le danger, a décidé de le court-circuiter, en lui retirant ce privilège de flingueur en chef des positions socialistes ou de gauche.
Pas question, fait donc savoir le président des députés UMP, que cette réforme soit pilotée par un comité d’experts désignés par l’Elysée. Prenant de vitesse Edouard Balladur, il met en place, mi-octobre, un groupe de travail parlementaire, puis tente d’imposer la présence de six de ses membres (4 UMP, 2 centristes) dans le comité Balladur. Exaspéré qu’on veuille lui forcer la main, l’ex-mentor de Sarkozy menace de tout laisser tomber, car il sait qu’il n’aura, de fait, aucun rôle !
Mardi soir, c’est furieux que le chef de l’Etat arrive à la réunion de la majorité qui se tient à … l’Elysée selon libération.fr. En pleine crise financière internationale, on se chamaille pour des " problèmes d’ego(…) lance-t-il de méchante humeur. Tiens donc, l’opinion dominante réserve ce genre de commentaires au Parti des socialistes. Mais là c’est parfaitement sain et dynamique, puisque dans le fond c’est démocratique. Il ajoute même selon ce site d’information : "On n’est pas dans la IVe mais dans la Ve République". On se croirait dans un débat en section socialiste, quand certains accusent une motion plus que les autres de conduire au retour vers les" combinaisons d’antan " ou à la " SFIO de la IV° République ". Le rappel à l’ordre est clair : le Président décide ; aux parlementaires d’obéir. Ah ! le culte du chef ou de " la " chef traîne bien dans tous les esprits politiques. Seulement, il est logique chez les Sarkozystes mais malvenu chez les socialistes qui devraient devenir des adeptes des polyphonies corses autogérées !
A CHACUN SA PEINE
Boutin prend une monumentale raclée parlementaire au Sénat, mais elle ne bouge pas d’un iota, comme si elle expiait, à l'image d' une pénitente repentie, pour gagner son paradis politique. Les gens de son propre camp l’ont laminée en séance publique, mais aucun mouvement particulier dans l’opinion. Un mot, dans un livre publié par une personnalité du PS, met en revanche la France de gauche en émoi, et celle qui ne l’est pas, en transe. Une coucherie occasionnelle déplacée détruit la crédibilité d’un prétendant socialiste aux prochaines présidentielles. Plus aucune hiérarchie n’existe.
Le premier Ministre est désavoué par quelques députés sur le chèque transport : pas question que ce soit une guerre des chefs au sein de l’UMP, mais simplement un dysfonctionnement, dont le président du groupe, Jean François Copé, n’était pas au courant…
La Ministre de l’Intérieur est dessaisie de tous les dossiers sensibles, et elle doit se dépatouiller avec une sordide affaire de carnets secrets démontrant le fichage scandaleux de tout un chacun, et notamment de ceux qui jouent un rôle dans la vie publique, mais ce n’est en rien une question de rivalité.
Rachida Dati est désavouée par tous les gens qu’elle oppresse ou qu’elle exécute en silence, sous le regard désapprobateur de syndicats peu catalogués à gauche, mais ce n'est, pour le citoyen moyen, qu’un épiphénomène en comparaison du fait qu’il y ait… débat au sein du PS. Les lézardes de la majorité présidentielle ne sont en rien comparables aux fissures textuelles des socialistes, mais rien n’y fait : les images ont la vie dure surtout quand, médiatiquement, on les ressasse à l’envi !
D’un côté, la guerre larvée fait rage, de l’autre, les querelles de maternelle s’expriment avec des caprices d’ego. Dans les deux cas, on est très éloigné de la réalité quotidienne, mais qui en porte la responsabilité ? Le problème, c’est que l’on a plus tendance à tirer à vue sur les éclaireurs que sur les généraux qui suivent, loin derrière le front. La France s’enfonce dans un populisme désastreux… mais ce sera de la faute du Congrès du parti socialiste !
Mais je déblogue…