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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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RIGOUREUSEMENT VOTRE

Les hussards noirs d'une République encore porteuse d'espoirs, avaient un seul mot à la bouche dont ils abusaient parfois dangereusement : rigueur ! Ils l'appliquaient à tous les actes éducatifs ainsi qu'à leur propre vie, afin d'être sûrs qu'ils seraient suivis. Désormais cette référence n'a plus cours. Mieux vaut l'abandonner, car elle est confondue avec une sorte de répression institutionnelle qui cadre mal avec le libéralisme ambiant. Il faut désormais tout accepter au nom de l'affectif qui a pris le pas sur le reste dans tous les rapports humains. Vous décevez forcément les autres quand vous tentez d'expliquer que vous ne pouvez pas tout accepter, et qu'au contraire, vous êtes obligé de limiter la concrétisation de leur idéal. Le crime de lèse-liberté devient le plus répandu et le plus douloureux à assumer, car il ne souffre aucune circonstance atténuante.
Il ne faut surtout pas, dans le contexte actuel, adosser cette rigueur à des principes, car la situation s'aggrave. En effet, le pire danger pour votre survie personnelle c'est le "rigorisme moralisateur". Il constitue d'abord un anachronisme, dans un monde où les valeurs sont faites pour être, surtout, contournées. La politique ne constitue pas le milieu dans lequel cette pratique comporte le plus de risques. La langue de bois, la course en zigzags, le promis juré non durable, l'amitié à géométrie variable, ne prédisposent pas à s'exposer. Il devient primordial de se taire, de subir, de ne pas s'engager, de laisser courir, car autrement, des sentences irrémédiables vous guettent : traître, autocrate, ringard, moraliste, donneur de leçons, et si vous insistez un peu : dictateur, tyran. La rigueur doit se proclamer mais jamais s'appliquer.
Toute la société tend à repousser ce concept, à ne lui donner aucun sens réel. Tenez, comment voulez vous qu'un enseignant soit apprécié quand il réclame le respect minimum de l'orthographe alors que, par les SMS, circule un langage sans aucune référence à ces règles obsolètes dont on ne perçoit plus l'utilité ? Pensez-vous que, financièrement, il soit possible d'expliquer à des jeunes parents d'élèves que vous ne pouvez pas augmenter des crédits quand sur un simple coup de fil, des dizaines d'organismes vous débloquent, en un clin d'oeil, la somme que vous voulez ? Que répondez-vous à une personne passionnée qui ne jure que par son activité et à laquelle vous parlez d'intérêt général ?
Surtout dans ces moments de crise, n'allez pas expliquer que vous agissez au nom de la rigueur car, si vous vous écartez un jour du droit chemin, on ne se privera pas de vous le reprocher. Alors, demeurez atone, neutre, incolore, inodore et sans saveur, car c'est le moins angoissant !

L'EXCEPTION CONFIRME LA REGLE

La France a donc inventé, à partir du fameux principe voulant que "l'exception confirme la règle", la civilisation de la dérogation. Elle repose sur une base simple de la nouvelle citoyenneté : montrez-vous sévère pour les autres et  accordez-moi une dérogation ! Cette contradiction ronge les rapports sociaux, et plus encore use moralement celles et ceux qui tentent d'approcher (c'est vain de croire que la perfection existe) de la rigueur. Ils s'épuisent à convaincre qu'ils ne peuvent pas transiger avec l'intérêt général. C'est inutile : tout le monde est d'accord avec vous ! C'est parfait vous assurera-t-on, mais n'oubliez pas de m'accorder ce que vous refusez aux autres !
Ainsi, tout au long de la semaine, toutes les personnes qui viennent me rencontrer espèrent que je vais trouver une solution à un refus, à une position logiquement prise à partir des règlements en vigueur.
Dans le domaine de l'urbanisme, par exemple,c'est patent et constant. Ne vous avisez pas d'appliquer le Plan d'Occupation des Sols à la lettre, car tout le monde à une bonne raison de vous demander de le transgresser. N'expliquez pas que le Maire ne peut que respecter un document de référence et ne peut pas interdire ce qui ne saurait l'être,, ou accepter ce qu'il est impossible de justifier. Il vous appartient de dénicher "l'arrangement" qui sauvera les intérêts du vendeur ou ceux du constructeur, quand ce ne sont pas ceux des deux à la fois. De l'école on semble n'avoir retenu, vaguement, que les règles avaient toutes des exceptions.
Les attributions de logements constituent les pires moments. La pression, le "chantage" affectif, les insinuations, constituent les arguments essentiels pour obtenir satisfaction en situation de pénurie. Vous aurez beau expliquer que vous êtes soumis à des critères précis, à des quotas définis, à des réservations échappant à votre contrôle, vos interlocutrices (ce sont les plus nombreuses) vous reprocheront vigoureusement de ne pas prendre en compte le spécificité de leur cas. Elles veulent bien entendre la détresse des autres, mais la leur est forcément supérieure !

AMITIE, CONFIANCE AVEUGLE, FAIBLESSE MORALE

Tous mes collègues maires, vous le diront. On leur demande, en permanence et avec insistance, d'être des "pistonneurs"  avérés, des "attributeurs"  d'avantages immérités, des "exempteurs"  zélés, des "gestionnaires" béats. On attend d'eux qu'ils soutiennent par amitié, par confiance aveugle, par faiblesse morale, par intérêt électoraliste des positions éloignées de la finalité de leur action. Et, le pire, c'est que d'autres les guettent, tapis dans l'ombre, pour les clouer au pilori s'ils cèdent à la tentation de la facilité. Ils attendent, avec délectation, le faux pas, le dérapage, pour appuyer là où ça fait mal. Ils passeront à l'offensive, avec l'espoir de vous contraindre à quitter le navire !
Dans la seule journée d'hier j'ai reçu des élus de quatre communes différentes, venus me solliciter pour les aider. Un de mes collègues est arrivé avec ses dossiers, pour que je le sorte de contestations d'un administré devant le tribunal administratif (urbanisme), d'un de ses collègues élu (délégation aux adjoints), de son personnel (promotion). Dans tous les cas, ces contestations ne relevaient pas de l'intérêt général mais purement et simplement de l'intérêt personnel.
Un autre m'a appelé pour discuter d'une pétition réellement scandaleuse, le critiquant pour avoir appliqué, purement et simplement, les lois en vigueur, mais bien évidemment au détriment supposé des riverains... dont l'un était concerné par la vente de la parcelle de terrain en litige.
Le troisième voulait connaître ma position sur les exemptions de taxes possibles sur des opérations immobilières.
Le suivant espérait que je suivrais sans discuter tous ses engagements en matière financière, et que je serais forcément un salaud si je ne lui attribuais pas les crédits dont il a besoin ! Et chaque fois surgit la rigueur, cachée derrière chaque décision à prendre. Quand elle est appliquée, elle génère la catastrophe morale. Quand elle est oubliée, on dort  mieux la nuit !

LA RIGUEUR, C'EST L'AUSTERITE PLUS L'ESPOIR

Tout fout le camp ! Même les hivers sont qualifiés de "rigoureux" alors qu'ils atteignent une température normale. C'est dire à quel point nous en sommes arrivés. Dans les commentaires de matches de foot, plus personne ne vous parlera de défense "rigoureuse". Si vous regardez bien les pancartes, vous constaterez que rien n'est plus "rigoureusement" interdit. Il fut une époque où on affublait un ministre du sobriquet de "Père la Rigueur", mais il faut avouer que les candidats sont de moins en moins nombreux. Il n'y a plus d'information "rigoureusement exacte" pour celles et ceux qui sont lucides. Et quand on vous dit qu'une mesure est, "à la rigueur",  acceptable on ne peut pas écrire que l'on vous fait particulièrement confiance!
Pierre Mauroy, au moment où il fut obligé de revenir sur l'euphorie de la victoire de François Mitterrand en 83, eut cette phrase : « la rigueur, c'est l'austérité plus l'espoir !». Rien ne paraît plus difficile à concilier. Rien n'est plus beau à réussir. Rien n'est plus indispensable dans le monde actuel.
Le problème, c'est qu'il faudrait que chacun se persuade que la liberté, l'égalité et la fraternité ne peuvent véritablement exister que quand la rigueur est présente.
Toute dérogation contribue à miner le système actuel, mais il est totalement impossible de l'éviter. Alors, il faut continuer à se contenter de résister le plus longtemps possible.
Et ce n'est pas le trait de génie chiraquien décidant de promulguer une loi que l'on ne devait pas appliquer qui va redonner du lustre à un principe visiblement démodé.

Mais je déblogue...

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E
Delphine, vous avez raison mais l'un n'empêche pas l'autre !<br /> Je disais juste que lorsqu'il y a un risque "électoral" il est plus difficile parfois de ne pas faire "plaisir" à ses électeurs ! <br /> Mais je suis sûr que JMD saurait résister quand même !! D'ailleurs, il l'a déjà prouvé, paraît-il, au niveau de son parti !<br /> Il ne s'agissait pas d'une critique de ma part mais juste d'une remarque.
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D
Excusez-moi M MOUCHET mais votre commentaire me laisse dubitative.<br />  Enfin nous avons un élu, que je ne connais pas d'ailleurs, je ne suis pas citoyenne de sa commune, bref, nous avons un élu qui n'a pas la langue de bois. <br /> Pourquoi y trouver comme raison qu'il n'a pas d'opposition etcetc..?<br /> Je veux croire qu'il assume ce qu'il dit quelque soit  les enjeux et j'apprécie chaque jour de lire ses textes tellement plein de vérité.<br /> Continuez M DARMIAN.<br />  
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E
Je comprends maintenant pourquoi vous étiez "sombre" hier soir !<br /> Mais vous avez un avantage énorme sur beaucoup d'autres élus : vous n'avez pas "d'opposition" dans votre fief et cela vous permet de résister facilement aux diverses pressions ! Non ?
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