L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
« Le prix du baril de pétrole Brent a franchi les 70 dollars pour la première fois hier à Londres, sur fond de tensions persistantes entre l'Iran et la communauté internationale, grimpant jusqu'à 70,20 dollars à 18 h 45, heure de Paris » L’information, publiée par les agences de presse, n’a pas occulté le duel prévu entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, que TF1 et France 2 sont ravies de faire monter comme les œufs en neige électorale. Le baril n'est pas vendeur!
Les cours restaient soutenus par la permanence des conflits latents au Proche Orient et les craintes d'une pénurie d'essence cet été quand la haute saison de consommation battra son plein. L'évocation d'un recours des Etats-Unis à l'option militaire en représailles du programme nucléaire iranien a représenté cette semaine le dernier niveau d'une escalade qui pousse les investisseurs prudents, comme les spéculateurs, à l'achat. Par ailleurs, la publication de stocks d'essence américains en baisse de 3,8 millions de barils la semaine dernière a accentué les craintes de manque d'essence aux Etats-Unis. Le ton monte. La pénurie guette. Les cours flambent, étranglant les économies occidentales mais tuant aussi à petit feu les pays émergeants.
Cette forme réellement angoissante de la mondialisation ne constitue pas un sujet suffisamment préoccupant pour figurer parmi les préoccupations essentielles des gouvernants. En Italie, Berlusconi s’accroche à une... défaite qu’il devient le seul à ne pas reconnaître, car il a l’espoir d’acheter quelques voix peu regardantes.
A Londres un médecin militaire britannique a été condamné à huit mois de prison par une cour martiale pour avoir refusé de servir en… Irak et contesté la légalité du conflit.
A Bruxelles une version remaniée de la directive dite "Bolkestein" enterre définitivement le très controversé "principe du pays d'origine", qui avait suscité une levée de boucliers, notamment en France au moment de la campagne référendaire en mai dernier. Elle doit maintenant être de nouveau soumise au conseil des ministres et au Parlement, pour une adoption définitive prévue en 2007 (comme si c'était fondamental pour l'économie!)…mais la vigilance s’impose.
A Madrid, un mois après la commémoration du second anniversaire, vingt-neuf personnes ont été inculpées pour les attentats islamistes du 11 mars 2004 à Madrid lors desquels 191 personnes avaient trouvé la mort et plus de 1.500 avaient été blessées dans quatre trains de banlieue arrivant dans des gares madrilènes…
A Paris tout le monde jubile en participant à l’enterrement du C.P.E. et personne, bien évidemment, n’a perdu puisque personne n’est certain d’avoir gagné.
Et partout la planète vit sur le passé, réglant ses comptes avec elle-même comme si l’avenir ne pouvait pas être abordé.
A Téhéran on a bien compris que les mots peuvent faire plus de dégâts que les bombes. On campe donc sur la position qui terrorise les Occidentaux. Après avoir annoncé qu'il avait réussi pour la première fois à enrichir de l'uranium, le président iranien a lancé, pour mettre encore plus la pression, que l'Iran ne suspendra pas l'enrichissement d'uranium, "La situation a complètement changé. Nous sommes un pays nucléaire et nous parlons désormais aux autres pays à partir de la position d'un pays nucléaire", a déclaré sans ambages Mahmoud Ahmadinejad le nouveau Président. Il sait, pertinemment, que chaque poussée de fièvre sur le marché du pétrole lui donne des moyens financiers accrus et plus encore plonge ses adversaires dans le doute.
Des incertitudes demeurent pourtant dans le dossier nucléaire iranien. Des informations circulent sur le sujet et alimentent une angoisse collective arrangeant finalement tout le monde. On est entré dans la guerre de la communication et de l’intox organisée. Plus ils clament leur irréversible volonté de se doter de l’arme nucléaire, plus les Iraniens se dotent en fait d’une arme économique imparable : ils ont dans leur sous-sol la possibilité de donner aux uns (les compréhensifs ou les silencieux) et de restreindre les autres (les velléitaires ou les pro Américains). C’est probablement ce qui explique la modération des médias occidentaux de certains pays dont la France. Rappelons-nous que l’ayatollah Khomeyni a conquis l’Iran depuis le sol français sans être outre mesure, à l’époque, inquiété. Accords pétroliers ultérieurs obligent !
Comme tous les stratèges redoutent que les Etats-Unis, particulièrement vulnérables à la pénurie de pétrole, ne se calment pas dans leur boulimie d’or noir, on suppute sur un inévitable conflit armé dont nul n’ose imaginer l’ampleur. Avec 4,6 % de la population mondiale, les USA utilisent déjà plus de 25 % de la… consommation d’énergie mondiale. Bien qu'ils soient eux-mêmes gros producteurs, ils doivent ainsi importer massivement chaque jour plus de 16 % de leurs approvisionnements en pétrole.
Cette dépendance risque de s’accroître dans les prochaines années, car ils prévoient une augmentation de 33 % de la consommation de pétrole. Si l’augmentation du niveau de vie en Chine provoque, comme on le pressent, un accroissement des déplacements ou si l'Inde ne se calme pas, la catastrophe menace… Et on ne voit pas "Dingo Bush" décréter la restriction énergétique !
ll n’a pas signé les accords de Khyoto. Il est allé s’enliser dans le conflit irakien pour uniquement tenter de récupérer les réserves de Saddam Hussein. On ne peut attendre aucune mesure drastique de la part d’un gouvernement de la dèrèglementation absolue. Il ne peut répondre, une fois encore, que par la force à une situation de crise qui le fragilise idéologiquement.
Et non, malgré une fausse vérité très répandue sur les taxes élevées sur le carburant dans notre Pays, la France n'est pas le pays européen où l'essence est le plus cher. En Norvège, l'essence sans plomb 95 atteint presque les 1,60 € le litre, soit l'un des prix à la pompe parmi les plus élevés au monde. Un paradoxe pour le troisième exportateur mondial de pétrole, mais un impact relatif compte tenu qu’en hiver la consommation est très réduite en raison de conditions climatiques.
Pour trouver les prix les moins chers d'Europe, il faut aller dans les pays baltes, où un litre de sans plomb 95 ou de diesel vous coûtera à peine 0,83 €. Mais si vous n'êtes pas prêt à aller aussi loin pour faire le plein, sachez qu'en Espagne l'essence est environ 20% moins chère que dans le reste de l'Union européenne
Ces différences considérables ne sont pas dues au prix du brut, pratiquement identique partout en Europe (autour de 30 centimes d’€ le litre, aussi bien pour l'essence que pour le gasoil) mais aux taxes propres à chaque pays qui font monter ou descendre le tarif. Au Royaume-Uni, l'essence est ainsi taxée à 67% dès sa sortie de la raffinerie. En Allemagne, 70% de la note réglée par l’automobiliste revient également à l'Etat.
En France, la part des taxes représente environ 74% pour l'essence, et 67% pour le gasoil. Les Etats Unis ont une politique totalement contraire : pour inciter à consommer, les taxes ne sont que de 25 %, ce qui donne un carburant grosso modo à moitié prix qu’en France.
La croissance promise ne sera pas au rendez-vous. Le déclarer relève de la méthode Coué. Chaque hausse du baril, qui paraît lointaine, renforce le déséquilibre de la balance commerciale, pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, coule financièrement les endettés et n’augure pas d’une remontée du moral des consommateurs.
Si tout à l’heure, quelques instants avant l’ouverture des marchés pétroliers à Londres, Mahmoud Ahmadinejad se lance dans une diatribe "nucléarisée" (c’est sa spécialité) le passage aux pompes, pour le week-end de Pâques, ne sera pas aussi joyeux que la collecte des œufs dans les massifs ou les pelouses.
Mais je déblogue…