L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
De son lit de l’hôpital de Garches où on lui transfuse de la garbure à dose homéopathique, Jean Lassalle a eu la force d’accorder hier un entretien à Sud-Ouest Dimanche . Il a témoigné sur la fin de son carême, ce qui pour un mystique comme lui ne représente pas une délivrance, mais simplement l'aboutissement d’un acte religieux. Il a mis, en effet, un terme, le jour du vendredi saint, (tout un symbole) à sa grève de la faim commencée le 7 mars. Il aurait pu faire plus fort en ouvrant le mercredi des Cendres, le 1er mars, sa croisade anti-délocalisation intérieure aux Pyrénées Atlantiques, puisque les croyants sont invités durant quarante jours, par les moyens concrets que le Christ leur a donnés - le jeûne, la prière et le partage - à tourner le dos à tout ce qui conduit à la mort, et à aller vers la source de la vie, de l'amour et de la lumière. Autant de principes qui ont présidé à son séjour sur le canapé rouge du Palais Bourbon, et qui l’ont déjà porté au Panthéon des Députés. Son carême aura seulement duré… 39 jours, ce qui correspond néanmoins aux exigences appliquées aux pénitents convaincus.
Le Député maire, conseiller général de Lourdios Ichère a réussi, par la pugnacité de son action bien médiatisée, à mettre à mal la mondialisation, car les Japonais, pourtant habitués aux vertus du jeûne chez les kamikazes ou les samouraïs n’en sont, paraît-ils pas encore revenus. Ils n’imaginaient pas, les pauvres, qu’en France, un "Jeanne d’Arc" de la Vallée d’Aspe dont ils ignorent absolument tout, mettrait à mal leur stratégie industrielle. Un ingénieur agronome, responsable d’une commune de 150 âmes et d’un canton de 2 500 habitants a réussi là où les énarques les plus éminents, les négociateurs de l’Organisation Mondiale du Commerce, les Ministres eux-mêmes ont jusqu’à présent échoué.
Les déclarations de Jean Lassalle vont probablement servir à écrire à deux mains un bouquin dans les prochains mois sur la marche du monde, et comme Claude Allègre (que l’on a vu dans une douzaine d’émissions de télévision en une semaine), il écumera tous les plateaux lors de la prochaine rentrée politique ! Il en trouvé l’accroche générale dans l’un de ses propos synthétiques à SUD : "Le capitalisme est une bonne chose, mais sans contrepartie, il est devenu un véritable fléau. Le problème, c'est qu'aujourd'hui nous avons réussi le croisement entre le capitalisme américain et la technocratie soviétique". Sur le sujet, il est possible de décliner quelques dizaines de pages !
En fait, Jean Lassalle a mis en évidence un seul et unique problème : la hiérarchie des pouvoirs. Tout le reste ne sera qu’anecdotique et il est dommage que les analystes se cantonnent au caractère "local" de son initiative, car il n’est pas certain qu’il ait eu, dans ce domaine, une idée géniale. Les ouvriers n’en sortiront pas, en effet, indemnes, et l’effet boomerang ne devrait pas, dans quelques mois, leur être forcément favorable.
En revanche, le député de la 4° circonscription des Pyrénées Atlantiques pourrait adhérer chez les alter mondialistes d’Attac, tant son discours les conforte dans leurs démarches. Le plus regrettable, c’est que son geste n’ait pas été celui d’un homme de… gauche, car justement il s'est s’opposé de toutes ses forces au déclin du politique face aux diktats du monde économique. Mais il est vrai, par exemple, que l’opinion dominante au sein du Parti Socialiste régional n’est surtout pas de combattre les décisions des grands patrons, mais plutôt de les inviter à une bouffe sympa, ou à une chasse privée, ou de solliciter qu’ils veuillent bien vous rencontrer, avec l’espoir d’être reconnu par eux. L’homme politique de gauche rêve souvent de devenir, faute d’être leur ami, au minimum le complice secret des "gestionnaires". Un rêve de frustré qui, encore une fois, relève de la confusion totale des genres, mais constituera, j’en suis certain, le fondement du projet socialiste en cours d’élaboration.
REHABILITER LA LUTTE DES CLASSES
Jean Lassalle, membre de l’UDF, soutien du gouvernement de Crin blanc (et élu pour cela !) a donc, en 39 jours, réhabilité la lutte des classes. Il a symboliquement obligé tous ses amis à le soutenir dans son combat politique contre le monde du capital. Il leur a redonné une main qu’ils ne veulent pas prendre car cette situation les arrange.
Normalement, dans un contexte analogue, aucun d’entre eux ne pourra plus prétendre qu’il est impuissant pour éviter la perte d’emplois ou leur délocalisation… On lui rétorquera: "faites comme Jean Lassalle, battez vous encore plus que nous !"
Le "chanteur" béarnais qui avait déjà mis ses collègues en émoi n’a pas cherché à négocier mais à affronter. Il n’a pas souhaité pactiser mais plus nettement s’opposer. Il n’a pas exigé une mobilisation des autres, mais il a d’abord été au maximum de la sienne. Ce qui est devenu possible à Accous, là bas au fond de la vallée d’Aspe chez les bergers, pourra être réalisé en d’autres lieux. Tout député qui n’entrera pas en carême social ou politique ne méritera pas le respect de ses électrices et ses électeurs. Dur… dur… quant on sait que l’on mange fort bien au restaurant panoramique du Palais Bourbon, à des prix défiant toute concurrence !
Plus question d' entendre, par exemple, dans un retour sur le débat autour du Traité constitutionnel, des éminents politiques soutenir que les délocalisations sont impossibles à éviter, et que le texte proposé, en les facilitant n’altèrerait pas le tissu économique hexagonal. Au contraire… Le jeûne de Jean Lassalle constituera une jurisprudence forte.
En s’appuyant sur le pouvoir médiatique (il doit avoir un press-book mondial exceptionnel), le Maire de Lourdios a, en effet, fait la nique aux indifférents du pouvoir politique de ceux qui passent leurs renoncements aux pertes et profits pour la nation. Il a créé une "réference" » sociale qui gêne maintenant tous les élus ! Pas certain qu’on lui pardonne aisément.
C'EST A LA GAUCHE DE ROUGIR
Joseph Rossignol, maire divers gauche de Limeil-Brévannes souligne dans une tribune publiée dans le Monde du 13 avril : « C'est à la gauche de rougir d'un tel aveu d'impuissance : comment un homme de cette trempe peut-il être de droite, si ce n'est parce qu'il pense que la couleur politique d'un gouvernement ne change rien aux désastreuses conséquences humaines d'un modèle économique qu'il prône ou peine à réformer ? Non à cette politique aveugle, hurle ainsi le député béarnais, comme nous autres l'avons dit nombreux dans l'urne le 29 mai ou l'avons encore récemment manifesté dans la rue. Nous sommes ainsi obligés de prôner la culture du refus de toutes les précarités, faute de perspective constructive. A gauche, on se tutoie facilement, mais c'est à toi, Jean Lassalle, dans la vision d'une politique humaniste, que je veux dire, fraternellement, "camarade" ».
Je n’ajouterai rien à cette analyse que je trouve parfaitement à ma convenance. Elle justifie pleinement l’existence même de L’AUTRE QUOTIDIEN, qui se veut un autre moyen humble, modeste mais direct de ne jamais renoncer à la liberté de conscience permettant de cultiver la différence dans l’intérêt des gens qui vous ont fait confiance.
Et dire que Drucker, un dimanche de Pâques, a rebattu les oreilles de la France subjuguée (en étant, summum de la provocation, secondé par le faux cul d’Elkabach) du livre de Jean François Copé : «Promis, j'arrête la langue de bois». Comment le croire ? Quand on est chargé de vendre le CPE, les délocalisations, les cadeaux fiscaux aux nantis et de transformer le plomb des mensonges en or des vérités on pourrait entamer une grève de la faim tous les jours ! Or ce caïman aux dents longues est trop affamé de pouvoir pour se ranger derrière Jean Lassalle !
Mais je déblogue...
Vue de Lourdios
merci d'excuser les bugs dans cette chronique mais je ne parviens pas à les rectifier : over-blog rame ce matin et devient de plus en plus incompréhensible