L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Deux accidents de la circulation ont fait l’actualité d’un lundi de Pâques sans événement majeur : aucun can
ard moribond, aucune manifestation anti-CPE possible et le titre de champion de France de football attribué et même fêté par Lyon. Impossible d’ouvrir le journal de TF1 sur autre chose que sur le " pavé " de bitume expédié par deux mineurs sur une voiture depuis un pont d'autoroute et sur l’accident de Belfort, provoqué par un employé de collectivité locale. Dans ces deux cas, deux enfants ont été les innocentes victimes (la petite fille demeure hospitalisée dans un état grave) d’un comportement dont on fait semblant de ne pas voir qu’il relève désormais de l’ordinaire, du quotidien. Il suffit d’un creux dans les dépêches de l’AFP pour que l’on découvre la principale menace pour les adolescents chaque week-end : l’imprégnation alcoolique. Une mort absurde pour un gamin de 13 ans, et une blessure qui espèrons-le, ne sera pas mortelle pour une fillette de 11 ans, n’ont même pas permis de mettre en évidence un phénomène particulièrement préoccupant. C'est la raison pour laquelle j'y reviens aujourd'hui!
Depuis des mois je ne cesse d’alerter les différents partenaires du Conseil Intercommunal de Prévention de la Délinquance sur ces tristes réalités, mais la réponse demeure invariablement la même : "on ne peut rien y faire!". Notre société du " tout automobile " concentre en effet tous ses efforts sur la répression du conducteur réputé imprudent, mais en revanche, elle ignore totalement le mineur, forcément non-conducteur, qui déambule en état d’ivresse. En effet, la loi réprime le fait de servir de l’alcool à des mineurs dans les bars, ou sa consommation sur la voie publique, mais elle ne dit rien de ceux qui s’installent où bon leur semble pour faire ce qu’ils appellent à tort une " fête" ou une "teuf". Ce sont eux que l’on a retrouvé sur un pont d’autoroute à Pontchâteau et ce sont eux qui, dans la majorité des cas commettent les actes répréhensibles sur Créon, heureusement, à ce jour, avec moins de conséquences dramatiques.
Une récente enquête officielle digne de foi conclut qu’à l’inverse de la consommation régulière qui reste exceptionnelle, l’expérience de l’ivresse est largement répandue. Près de la moitié des jeunes interrogés avouent avoir été ivres au moins une fois au cours des douze derniers mois (54 % des garçons et 36 % des filles). Les ivresses régulières sont rares : seuls 7 % des jeunes disent avoir été ivres au moins dix fois au cours de l’année (10 % des garçons contre 2,9 % des filles) mais on ne sait pas combien sont restés en dessous des doses de l’ivresse, sans être pourtant conscient(e)s de leurs actes.
DES PACKS MONUMENTAUX
Tous les constats effectués sur Créon montrent que la bière tient une part importante dans cette dérive vers une alcoolisation, pallier vers d’autres addictions. Il suffit d’observer attentivement les va-et-vient, pour sans grand effort, déceler la présence de packs monumentaux acquis dans les grandes surfaces et stockés dans les coffres des automobiles. Ils circulent avec des " Prémix ", plus chers et donc plus rares, mais dont les effets sont encore plus ravageurs, comme le sont les fausses bouteilles de jus de fruits dans lesquelles ont a préparé des mélanges " explosifs ".
Cette réalité ne provoque guère de réactions des institutions, contrairement à la consommation de tabac. Aucune démarche particulière n’est effectuée pour lutter contre ces rassemblements. En fin d’année scolaire 2004-2005 une demi-douzaine de situations dangereuses (comas éthyliques proches) ont donné lieu à un transport d’urgence par les sapeurs-pompiers vers les hôpitaux, de mineurs de plus en plus jeunes. Chaque fois que je suis intervenu lors de l’évacuation, j’ai eu l’impression que les parents ne mesuraient pas la gravité de ce phénomène. Le fantasme de la " drogue " traîne en revanche autour de tous les établissements scolaires; celui de l’alcool, peut-être parce que les adultes peuvent être eux aussi pris en défaut, ne génère ni pétition, ni déclarations tonitruantes.
TENDANCE A PLUS LEVER LE COUDE
S'ils fument moins, les jeunes ont tendance à plus lever le coude… A 17-18 ans, l'alcool est de très loin le produit psychoactif le plus consommé. Son usage récent, c'est-à-dire au cours du dernier mois, concerne 8 jeunes sur 10 (76,2 % des filles et 84,2 % des garçons). Si l'expérimentation de l'ivresse ou des moments d'ivresses (dix par an) est stable, la consommation régulière de bières et/ou d'alcools forts est en hausse. 7,5 % des jeunes filles et 21,2 % sont des buveurs réguliers…
Selon le Dr Benoît Fleury, médecin alcoologue au CHU de Bordeaux et vice-président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, "Ces chiffres confortent ce que nous voyons sur le terrain : des situations d'alcoolisation de plus en plus préoccupantes, et des parents parfois désemparés. Pour agir efficacement et précocement, dès l'adolescence, la prévention devrait bénéficier de moyens plus importants. Actuellement, les 10 millions d'€ consacrés à ce problème sont totalement insuffisants". Le lobby des producteurs de substances alcoolisées a une assise beaucoup plus large que celui du tabac et, au prétexte que le vin est rangé dans la même catégorie, on renonce à toute prévention. Ainsi on en est arrivé à mettre des avertissements dramatiques sur des paquets de cigarettes, alors que les alcools forts accessibles aux mineurs ne comportent aucun avertissement.
Un mineur peut se promener avec une bouteille de Whisky, de Gin, de Tequilla ou de Vodka dans une poche et la consommer paisiblement avec ses potes sans que l’on puisse intervenir. Apparus dans les années 1990, les premix ou alcopops - des cocktails très sucrés généralement à base de vodka, de rhum ou de tequila - sont de plus en plus consommés par les ados. Ils devraient être purement et simplement interdits à la vente en libre service mais… quel manque à gagner pour les fabricants qui ne les distribuent quasiment pas dans les cafés.
UN SUSPECT EN PUISSANCE
Chaque week-end de vacances, cette situation perdure. Les familles ignorent ou font semblant d’ignorer le phénomène. Elles réclament des mesures de sécurité draconiennes pour tenter d’éviter le risque zéro dans bien des domaines, mais laissent de coté ce sujet tabou semblant ne concerner personne, ou plus exactement, les enfants du voisin !
Il suffirait par exemple d’une campagne non répressive mais systématique, consistant à contrôler le niveau d’alcoolémie de tout mineur dans un lieu public ou dans un véhicule après 22 h 30 et jusqu’à 8 h le lendemain. Un adulte détenteur d’un permis de conduire est un suspect en puissance. Il faudrait absolument y préparer les adultes de demain et pas en comptant, une fois encore, sur le système scolaire épuisé de pallier les carences d’une société du renoncement.
Pas besoin d’une nouvelle loi sarkosiste. Pas utile de créer un grand conseil de l’alcoolisme chez les jeunes. Il suffirait d’appliquer comme dans beaucoup d’autres cas les textes existants en matière de répression de l’ivresse publique. Des vieux trucs faits pour les ivrognes des villages, mais qui ont pris depuis quelques temps un sacré coup de jeune. Quel facho suis-je devenu !
Mais je déblogue…