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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE CAUCHEMAR AMERICAIN

Le fameux rêve américain s'évanouit chaque jour un peu plus. Il n'a plus aucune consistance comme s'il fallait absolument détruire le mythe de Rockefeller faisant fortune dans un pays où chacun à sa chance. Chaque jour, après l'Obamania, arrive une information qui détruit l'illusion. Une kyrielle de catastrophes financières dont, forcément, nous serons les victimes. Car le problème est là : nous n'échapperons pas à un séisme économique que tout le monde prévoit, avec l'espoir de se tromper mais avec la certitude que le pire est à venir.
La crise que traverse la France sera accentuée par des années de gestion libérale, outrancière dans ses mesures phares.
Comme aucun pôle construit de résistance n'a pu être sauvé, face au consensus destructeur de la pensée dominante, les privatisations outrancières ne permettront plus de tenir dans la tourmente, qui va traverser l'Atlantique. Même l'Europe, plus ou moins unie, ne trouvera pas assez de forces pour tenir la vague qui franchira les digues virtuelles construites à coups de milliards et de milliards d'euros.
Les pertes record se succèdent aux Etats Unis dans le secteur financier : lundi l'ex-numéro 1 mondial de l'assurance AIG qui a bénéficié d'un plan de sauvetage de 123 milliards de dollars de l'Etat fédéral, a publié pour le troisième trimestre une perte inédite de... 24 milliards et demi de dollars soit 19 milliards d'euros, en raison, une fois encore, de dépréciations liées aux marchés des crédits immobiliers subprimes.
Parallèlement, l'Etat américain va entrer au capital de l'assureur, ce qui a fait fortement monter le titre AIG en bourse. Le même jour, Fannie Mae, le réhausseur de crédits immobiliers, publie une perte équivalente à 22 milliards et demi d'euros, due principalement à la dépréciation de crédits d'impôts. Cette dépréciation représente à elle seule une charge exceptionnelle de 16,7 milliards d'euros dans les compte du troisième trimestre. Parallèlement, la dégradation continue du marché du crédit immobilier et la baisse des prix des logements ont eu pour conséquence une envolée des coûts du crédit du groupe, pour un montant équivalent à 7 milliards et 200 millions d'euros.
Des sommes astronomiques, dont personne ne peut encore assurer qu'elles soient véritablement arrêtées. Il reste en effet possible que ces déficits se creusent de manière constante pour engloutir des milliards de dollars de l'Etat américain exsangue. Il a cependant, via le Trésor,  aussitôt décidé d'acquérir quelque 40 milliards de dollars d'actions préférentielles de l'assureur. D'autre part, la Fed va abaisser de 80 à 65 milliards de dollars le montant du prêt octroyé à AIG. Mais elle va créer deux nouvelles facilités, qui permettront de racheter...des dettes jusqu'à 22,5 milliards de dollars. Au total, ce sont plus de 150 milliards que les autorités d'outre-Atlantique ont mis sur la table au profit d'AIG. Hormis le cas de Lehman Brothers, dont la faillite n'a pas été arrêtée, la doctrine "too big to fail" (trop gros pour tomber) est donc une nouvelle fois appliquée. Ce sera, n'en doutons pas, la même doctrine qui sera appliquée en France pour les banques ou les assurances, mais pas pour les entreprises.

L'ETAT SAUVE LES BOURSES
Alors qu'étaient dévoilées les nouvelles conditions de sauvetage, AIG a dévoilé des comptes trimestriels catastrophiques. Sa perte nette a atteint le montant colossal de 24,5 milliards de dollars au troisième trimestre, alors que le groupe était dans le vert un an plus tôt. Cela correspond à une perte de 9,05 dollars par action. La perte ajustée "se limite" à 3,42 dollars, un montant très supérieur aux 90 cents sur lesquels tablaient les analystes financiers. « Les résultats du troisième trimestre reflètent un extrême bouleversement et une extrême volatilité sur les marchés financiers, et des charges importantes liées à la restructuration de nos activités », a expliqué dans un langage incompréhensible la PDG de cette entreprise ayant permis durant ces dernières années à ses actionnaires de gagner  des sommes folles. Même si nous avons du mal à envisager ce que peuvent représenter ces sommes fabuleuses (rappelons que le plus grand gagnant du loto de la semaine a empoché... 14 millions d'euros) il faut bien convenir qu'elles ne représentent qu'une faible part visible de l'iceberg des pertes.
L'ampleur des pertes n'a visiblement pas traumatisé les marchés, qui préfèrent retenir les nouvelles interventions des autorités publiques, puisque l'action de cette entreprise moribonde, placée sous perfusion avec les poches du contribuable, a gagné... 25 % hier à Wall Street. Mais quand arrêtera-t-on de nous prendre pour des imbéciles : les profits demeurent et le coût social de ces profits reconstitués ira croissant !
On va licencier partout, de telle manière que se mette en place la variable d'ajustement que sont devenus les emplois dans tous les pays de la planète. Le mal va gangrener une économie basée sur la seule consommation, dont on peut prévoir qu'elle va, sinon s'effondrer début 2009,  au moins fléchir. Personne ne peut croire à une croissance française, même de 0,5 % car elle sera tributaire des marchés extérieurs dont la faiblesse aura d'inévitables répercussions. Il faut être Français anesthésié par l'opinion dominante pour témoigner sa confiance à un Président ventilateur, qui prétend éteindre un incendie en soufflant sur les bougies !

L'ECONOMIE PRODUCTIVE MASSACREE
L'action General Motors est également à son plus bas niveau depuis... 62 ans, à la Bourse de New York, plusieurs analystes ayant abaissé leur recommandation sur le titre du constructeur automobile américain, en disant craindre de voir sa trésorerie passer sous le minimum requis au premier trimestre 2009.
Ces analystes, parmi lesquels ceux de Barclays Capital et de Credit Suisse, estiment qu'une... aide de l'Etat américain pourrait diminuer le risque de faillite du numéro un national du secteur, mais qu'elle serait très coûteuse pour les actionnaires actuels. Le titre GM plonge de 22,48% au plus bas depuis 1946 et c'est là le signe le plus grave de la profondeur du mal.
En effet, les banques se referont forcément une santé, dans un délai plus ou moins long,   alors que le secteur productif sera détruit à jamais, sans espoir d'aides publiques. GM et son compatriote Ford ont publié des pertes trimestrielles bien plus lourdes que prévu et le rythme de « consommation » de leur trésorerie s'est accéléré. S'ils se retournent vers le crédit, ils seront encore plus vite "plumés".
La trésorerie de GM s'est en effet réduite de sept milliards de dollars (une paille) durant le troisième trimestre, et le constructeur a prévenu qu'elle risquait de tomber au-dessous du minimum requis faute de nouveau financement ou de toute autre action radicale. Cette situation catastrophique nécessiterait, selon les analystes financiers, un sauvetage gouvernemental. Un plan fédéral pourrait réduire le risque d'une faillite, mais il faut savoir que les actionnaires resteraient exposés... et ils espèrent donc que les contribuables viendront les sauver ! On est bel et bien dans la doctrine de la privatisation outrancière des bénéfices antérieurs et l'étatisation des déficits actuels !

UN TSUNAMI SUR L'EMPLOI
Les emplois ? C'est une autre histoire, qui ne mérite absolument pas d'être pris en considération. Ce n'est pas le problème des banques, ce n'est pas celui des actionnaires, mais ça deviendra celui des... politiques.
Après les prévisions catastrophiques du Fonds monétaire international (FMI) pour la croissance mondiale, les chiffres officiels de l'emploi aux Etats-Unis ont encore alourdi le climat : le chômage y a bondi en octobre à 6,5%, son plus haut niveau depuis plus de... 14 ans, l'économie américaine ayant encore supprimé 240.000 emplois pour son dixième mois consécutif de licenciements nets. Ces chiffres dépassent les craintes des analystes. Ceux-ci tablaient sur 200.000 suppressions d'emplois et un chômage à 6,3%, après 6,1% en septembre, le plus fort taux depuis cinq ans. Et on n'a pas atteint le plus haut niveau.
Jeudi, le FMI avait prédit pour 2009 une décroissance de 0,3% dans les pays développés, du jamais vu depuis la Seconde guerre mondiale. Selon ses prévisions, tous les grands pays seront touchés par la récession: Etats-Unis (-0,7%), Japon (-0,2%) ou zone euro (-0,5%).
Le président de la Banque de réserve fédérale d'Atlanta a affirmé que les Etats-Unis étaient d'ores et déjà entrés en récession. Premier membre de la Fed à reconnaître ouvertement la réalité d'une récession, il a déclaré que les chiffres d'octobre indiquaient que le recul du PIB, déjà de 0,3% au 3e trimestre, serait probablement encore plus important au quatrième.
La zone euro sera « très probablement en récession en 2009 », a confirmé de son coté le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, alors que la Commission européenne prévoyait encore une très légère croissance (0,1%).
En fait, il n'y a plus de Christine Lagarde, Eric Woerth et... Speedy Nicolas qui ne savent rien de ce qui se passe autour d'eux. Récession ? Vous avez dit récession ? Pas chez nous ! Ce mot est interdit. Et tout va bien, sauf qu'actuellement m'arrivent en mairie deux demandes d'emploi par... jour et une demande d'aide alimentaire quotidienne ! Mais la récession de nous touchera pas, soyez en sûrs, et accordez votre confiance dans les sondages à celui qui nous y a conduits. La seule "croissance négative" constatée en effet en France cette semaine, c'est la cote de Speedy Nicolas! Comme quoi il peut arriver que les chiffres disent la vérité !
Mais je déblogue...

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