L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Il est une formule célèbre, citée lors de divers matches du tournoi des 5 nations (oui, des 5 nations, car je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), que Pierre Albaladéjo avait popularisée. Quand le résultat ne lui semblait pas favorable à la France, il lâchait son fameux : " le cochon est dans le maïs ". Une bien belle expression pour signifier que, parfois, il arrive que le mal s'installe dans l'endroit où il peut le plus aisément prospérer. En fait, depuis ce week-end il faut inverser ce principe, puisque désormais c'est quand "le maïs est dans le cochon" que le situation devient extrêmement préoccupante. Le plus comique, c'est que ce constat s'applique à un France-Irlande un peu particulier. Bala dirait que "la cabane vient de tomber sur le chien" !
Le gouvernement irlandais a en effet ordonné samedi le retrait de tous les aliments à base de viande de porc en raison d'une contamination à la dioxine, un produit cancérigène dont des traces ont été retrouvées dans la graisse des animaux... Le problème, c'est qu'il aura fallu un contrôle impromptu des services vétérinaires aux frontières pour que cette dangereuse particularité du lard porcin venu d'Eire soit mise en évidence. Personne n'ose demander depuis quand duraient ces pratiques, car faute de fonctionnaires en nombre suffisant, les vérifications n'existent quasiment plus. A la suite de ces tests, dont la date n'a pas été révélée (il vaut mieux, pour ne pas affoler inutilement celles et ceux qui en auraient consommé à l'insu de leur plein gré), la société néerlandaise concernée a été alertée, et a prévenu la Belgique où avaient également été expédiés ces produits. Des tests pratiqués par les autorités belges ont aussitôt montré une contamination à la dioxine. La première détection a été faite par les autorités françaises lors de contrôles à l'importation. Celles-ci ont effectué des tests... de routine et ont constaté, à leur grand étonnement, un résultat positif. Elles se sont alors retournées vers le centre de traitement, aux Pays-Bas, pour lui demander d'où provenait cette viande. On a alors retrouvé l'origine de la contamination sur des carcasses de porc irlandais.
Le problème ne concernait que « de la viande de porcs irlandais qui avaient été nourris avec des aliments pour porc », a ajouté l'un des responsables européens de la qualité sanitaire. Ouf ! Heureusement que ces braves porcs n'avaient pas eu au dessert des transformateurs électriques à la dioxine ! On va tenter de persuader les consommateurs que tout est quasiment parfait et que ce ne sont que des broutilles. Les exportations irlandaises sont menacées dans une période de crise. Mais il est vrai que ces cochons-là étaient nourris sans maïs, sans OGM, mais dopés à la dixoxine !
ANCREE DANS LE CORPS HUMAIN
Il faut peut-être rappeler ce qu'est ce produit, terrible pour la santé humaine. Ces molécules sont très stables et elles sont d'autant plus stables que le nombre d'atomes de chlore est important. Cette stabilité explique la difficulté à les détruire. Du fait de leur attirance pour les corps gras, elles se concentrent essentiellement dans la masse graisseuse des animaux. On retrouve ainsi la dioxine tout au long de la chaîne alimentaire. L'homme étant au bout de cette chaîne, la voie alimentaire est sa principale voie d'exposition aux dioxines. Il a en outre été noté une tendance à la bio-accumulation de la dioxine, si bien que l'homme, qui est à la fin de la chaîne, encourt le plus grand risque d'avoir une concentration élevée de dioxine dans le corps.
En raison de sa stabilité, il est estimé que sa demi-vie dans l'organisme est de l'ordre d'une gestation naturelle, mais la femme peut l'éliminer par transfert dans le placenta et le lait maternel. Les êtres humains les plus "à risque" sont donc les bébés, à qui il faut souhaiter que leur maman ne leur donnera pas, quelques mois après leur naissance, du jambon cuit ! Une exposition à court terme à des teneurs élevées en dioxine peut être à l'origine de lésions cutanées, avec formation de taches sombres sur la peau par exemple, ainsi que d'une altération de la fonction hépatique; or on sait que les cancers de cette partie du corps ne sont pas en baisse. Loin s'en faut ! Il faudrait donc savoir les raisons qui ont fait que l'alimentation de ces cochons, que l'on aimerait voir ne dévorer que du trèfle, ait été contaminée.
DES CAUSES CONNUES
De manière générale, il existe autour des incinérateurs de toutes sortes une nette corrélation entre le taux de dioxines dans le sang et les habitudes alimentaires de la personne ; consommer de la viande riche en matières grasses animales d'origine locale est devenu un facteur de risque, souligné par l'AFSSA et l'InVS qui rappellent que "Le temps mis par l'organisme pour éliminer 50% des dioxines accumulées (demi-vie) est en moyenne de 7 ans "
La catastrophe de Seveso, connue comme source de la tétrachlorodibenzo-para-dioxine, est dûe à la dioxine TCDD, 2,3,7,8, semblable à celle contenue dans l'agent orange déversé ensuite au Vietnam dans une sale guerre dont on ne dira jamais assez combien elle fut horrible dans ses expérimentations. En 1999, la Belgique a connu à son tour une crise de la dioxine, entraînant l'abattage de nombreux animaux d'élevage (poulets), impropres à la consommation.
Au début de cette année, 66 élevages de bufflonnes (sur un total de 1.900 élevages de bufflonnes en Italie) ont été mis sous séquestre pour cause de taux de dioxines dépassant les normes, par les autorités sanitaires de la région où était produit le lait destiné à la fabrication d' une mozarella faite uniquement avec du lait de ces animaux. Selon certains auteurs, ces dioxines auraient pour origine une gestion pour partie mafieuse des déchets toxiques en Italie. En 2003 déjà, à Caserte, près de Naples, 6000 vaches avaient du être abattues en raison de taux de dioxines dans le lait destiné à fabriquer de la mozzarella, dix fois supérieurs aux normes européennes... et les exemples recensés ne manquent pas.
Statistiquement que représentent-ils ? Combien de produits alimentaires sont-ils contrôlés sur ce point dans des zones à risques ? On peut se poser des questions, puisque les Irlandais ont vite trouvé la source de cette contamination. « Dix exploitations (seulement ?) - produisant moins de 10% de la viande de porc en Irlande - ont utilisé la nourriture contaminée et le rappel est une mesure de précaution », a souligné l'Association irlandaise des industries de transformation de la viande de porc. Ces gens-là doivent donc déjà connaître les causes de cet « accident » sanitaire. « Un seul petit fournisseur de nourriture est concerné, et la source concernée a été circonscrite et est en cours de retrait », ajoute l'association qui fait état d'un chiffre d'affaires annuel de 500 millions d'euros. Le problème, c'est que selon la radio Newstalk, neuf exploitations d'Irlande du Nord ont, elles aussi, utilisé de la nourriture contaminée. A Belfast, le Département de l'Agriculture et du Développement rural n'a pas encore réagi à ces informations ! Et il faut espérer que rien n'a été exporté...
PAS DE VERITABLES CONTROLES
La France importe peu de porc irlandais a immédiatement assuré la direction générale de l'Alimentation, au lendemain du rappel par le gouvernement irlandais de tous les produits à base de porc en raison d'une contamination à la dioxine . Dès hier matin, le ministère de l'Agriculture, dont dépend la direction générale de l'alimentation, a contacté les professionnels, pour qu'ils repèrent ce qu'ils auraient acheté en Irlande et retirent du marché la viande potentiellement contaminée. En outre, la France importe surtout du porc des Pays-Bas et d'Allemagne, mais très peu d'Irlande, ce qui a permis au Ministère d'évoquer « quelques milliers de tonnes », sans être en mesure, dans l'immédiat, d'être plus précis.
Il faut cependant noter que les produits incriminés venaient des Pays-Bas, où ils avaient été acceptés sans aucun problème... C'est dire si la traçabilité européenne est aisée à suivre puisque ces fabrications avaient parcouru des milliers de kilomètres et transité par déjà 2 pays aux réglementations et aux moyens humains de contrôle différents (les Pays-Bas ont, comme les Anglais et les Irlandais, détruit tous les réseaux gouvernementaux fonctionnarisés en faisant confiance aux professionnels). Le système a atteint ses limites : l'Europe édicte des normes, des règlements, des interdictions, mais sans jamais se préoccuper de la manière dont ils sont mis (ou pas mis du tout) en œuvre par les pays membres. La liberté absolue du commerce a débouché sur des abus en tous genres, rarement démasqués, car les vérifications sont peu nombreuses une fois le label donné.
Par exemple, c'est en récupérant les seaux vides de plusieurs restaurants, qu'un consommateur s'est aperçu que depuis un ou deux ans, du soja génétiquement modifié se retrouvait dans la composition de produits alimentaires utilisés dans plusieurs fast-foods, et ce sans que le consommateur n'en soit nullement informé, contrairement aux normes européennes. Les produits à base de soja OGM utilisés dans la restauration rapide et retrouvés grâce à leurs emballages dans la région parisienne, sont principalement des mayonnaises d'entreprises... françaises, belges, espagnoles et allemandes. C'est ce soja génétiquement modifié de l'entreprise Monsanto, seul soja transgénique actuellement autorisé, qui est vraisemblablement utilisé par certaines entreprises agroalimentaires à destination de la restauration rapide, et commercialisé de manière clandestine par cette dernière, portant atteinte à la liberté des citoyens qui ne veulent pas cautionner dans leur achat des entreprises qui trompent abusivement le consommateur. Un exemple parmi d'autres !
En fait, pour vous persuader de la suspicion qui devrait être celle de tous les consommateurs il suffirait que vous alliez voir le film « nos enfants nous accuseront ! ». Il va falloir maintenant se méfier du sauciflard ! Un suspect de plus. Par les temps qui courent, il vaut mieux fermer les yeux.
Mais je déblogue...