Il y avait les secrets d’Etat, les
affaires d’Etat, les raisons d’Etat. Depuis toujours il existe aussi les mensonges d’Etat, ceux que toute confession ne permet pas d’effacer de l’Histoire. Ils demeurent dans la chronologie comme des pierres noires sur le chemin de la démocratie, dont il faut absolument se souvenir sous peine de voir périr les principes auxquels on tient comme citoyen. Dommage cependant qu’il n’y ait plus de Zola pour barrer la une d’un journal télévisé ou d’un quotidien lu par des millions de personnes d’un retentissant " J’accuse ". Il est vrai que si l’on compte désormais sur Claire Chazal, Béatrice Schonberg-Borloo, Patrick Poivre d’Arvor ou David Pujadas pour lancer un défi au pouvoir trompeur, nous risquons de rester encore longtemps sur notre faim. Le temps du courage est derrière nous. Et pourtant, ce serait le moment de restituer au journalisme ses lettres de noblesse car le réveil risque, une fois encore, d’être douloureux, et surtout la pandémie de perte de confiance va gangrener tous les étages de la société.. Les repères dévastés des électrices et des électeurs, dans un système moribond, vont conduire le pays à sa perte.
La mascarade actuelle autour de ce qui demeure l’affaire Clearstream mériterait un sursaut démocratique collectif vital. Les médias savent pertinemment, qu’à des trous de mémoire sélectifs près, il s’agit probablement de l’un des scandales les plus retentissants de la V° République, mais ils ont tellement peur de perdre leur couverture officielle qu’ils se contentent du service minimum. Accepter sans sourciller les déclarations outragées de Crin Blanc c’est rendre vérifiée l’existence du Père Noël.
Il suffira pourtant de patienter et d’attendre… les éditions prochaines du Canard Enchaîné pour en vérifier l’authenticité. Nous en sommes rendus aujourd’hui au top des pratiques politiques que je déteste : s’il y a un problème, ce n’est pas de la responsabilité de celui qui le pose, mais de celle des journalistes qui le portent à la connaissance du public. A eux l’indignité nationale, aux " coupables " la pitié du peuple !
AUCUN DEMENTI PROBANT ET CONCRET
En la circonstance, aucun démenti probant ou concret n’a été fourni, car tous les faits relatés par Le Monde ont bel et bien été confirmés. La seule divergence porte sur la citation de tel ou tel nom dans la conversation… secrète d’un certain 9 janvier 2004. Personne n’ose demander pour quelles raisons cette rencontre avec les services secrets dépendant du Ministère de la Défense, s’était déroulée au Quai d’Orsay et pas dans le Ministère de tutelle des personnes concernées ? Qui a posé la question de savoir les raisons de la présence d’un dirigeant d’EADS, d’où viennent les listings à ce brain-strorming confidentiel où, bien évidemment, aucune arrière-pensée politique n’animait les esprits sereins des participants ? Au fait comment les documents sont-ils arrivés spontanément au Ministère des affaires étrangères ? Si Crin Blanc a un tel dossier entre les mains, qui peut croire que Droopy n’en a pas été averti ?
Crin Blanc joue paroles… contre " parole ". Il oppose le verbe aux faits, les bons sentiments aux réalités, les imprécations aux accusations précises. Il tente de pratiquer le fameux principe voulant que la meilleure défense soit l’attaque ! Il a décidé de ne pas mourir les armes à la main dans Fort Matignon…assiégé par ses ennemis, de plus en plus nombreux, même dans ses troupes d’élite.
Ce système ne résistera pas longtemps à l’épreuve des dures aspérités de la vérité. Elles finiront peu à peu par éroder les plus robustes résistances, car on sait que les vocations de corbeaux sont, dans notre France démocratique, au moins aussi nombreuses que celles de redresseurs de torts. Il y gros à parier que, dans les prochains jours, les " bernés " ou les " porteurs de chapeaux " potentiels, vont laisser filtrer quelques preuves de leur bonne foi. Soyez patients, un document nouveau va arriver dans une rédaction ou une autre sans pour autant que cette perspective affole les intéressés. Et alors, le mal sera plus fort que les pansements déposés sur des jambes de bois. D’ailleurs, personne n’en parle plus : c’est une affaire classée… comme le furent celles des écoutes téléphoniques de l’Elysée, des Irlandais de Vincennes, ou du Rainbow Warrior !
PROMIS, J’ARRETE LA LANGUE DE BOIS
Ainsi, l'affaire Clearstream n'a pas été évoquée hier soir, lors d'un séminaire gouvernemental, durant lequel les ministres ont fait le point sur les "chantiers pour les semaines et les mois qui viennent", selon le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé, dont on sait qu’il a écrit ce superbe livre promu par une douzaine d’émissions de télévision différentes, en raison de sa grande sincérité : " promis, j’arrête la langue de bois "… Vous pouvez lui faire confiance, ce gars-là ne peut pas raconter des bobards, tant il a été frappé par la grâce de la vérité à annoncer aux chaumières hexagonales. Lors de cette réunion, les ministres "n'ont pas parlé" de l'affaire selon Saint Copé. "Sur ce sujet, tout a été dit", a souligné celui par qui arrive la bonne parole.
Nicolas Sarkozy a certes quitté le séminaire, sa religion étant faite depuis belle lurette, avant ses collègues pour retourner place Beauvau, où il recevait, aux frais des contribuables, les seuls parlementaires de l’UMP, officiellement pour le début du débat sur l'immigration. Dominique de Villepin s’est rendu à cette réception à la gloire du " coupable blanchi ". Des mauvaises langues (et il y en a !) ont dit d’ailleurs qu’être blanchi par Clearstream, ce n’était pas une performance, car c’est la spécialité de la maison de blanchir tout ce qu’on lui adresse.
Mais promis-juré, selon l’évangile de Saint Copé, pas un seul des élus présents, une coupe de champagne à la main, n’a parlé de ce qui constitue le plus beau coup tordu dans un gouvernement depuis longtemps. Ils ne se sont préoccupés que des quotas sur l’immigration, et ceci suffit à leur bonheur électoral. Pour le reste, ils font confiance, comme Sarkozy, à la justice de leur pays…comme lors du premier procès d’Outreau !
IL DOIT JUBILER
Le problème demeure. A tout moment, le Roquet de Neuilly a la possibilité de relancer " l’affaire ". Il lui suffit d’une petite phrase, d’un mot, d’un signe, d’une fuite pour mettre ses adversaires potentiels en difficulté. Il doit jubiler car, dans le fond, ces maladresses secrètes font sa force, et nul ne peut plus l’attaquer sans risques. Il est devenu Noë pouvant sauver avec son arche une UMP au moins aussi ébranlée que le PS. Un coup de barre à droite, et il va prendre le large, car plus personne ne l’arrêtera.
Droopy Chirac fait de plus en plus le mort politique, histoire de se faire oublier dans cette histoire pour le moins trouble. Il n’a rien vu, rien entendu, rien dit, comme dans tous les dossiers compromettants. Il s’enlise lentement.
Crin Blanc, en se présentant " en victime jetée en pâture aux chiens " selon une expression célèbre, espère faire pitié et donc attirer la sympathie des victimes de tous poils. Il ne survit que grâce au fait que son mentor ne sait ni comment se débarrasser de lui, ni surtout par qui le remplacer.
Il n’y a qu’Alain Juppé qui, de sa cabane au Canada, se demande bien s’il a intérêt à mettre un pied sur le sol français, et surtout ce qu’il pourrait bien faire dans un tel contexte. Il sait lui, plus que tous les autres, que Droopy fait payer chèrement aux autres ses idées tordues et qu’il ne faut surtout pas espérer qu’il assume…ses actes. Et ça, ce n’est plus un secret pour personne.
Mais je déblogue…
Photo AP : Que peut bien apprendre Sarkozy dans Le Monde?