Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

IMMIGRES DE TOUS LES PAYS...

L’immigration alimente, en ce début mai, le débat national. Ce thème occupera, une fois encore, le devant de la campagne présidentielle et il suffira d’une étincelle naturelle ou artificielle pour provoquer une nouvelle déflagration raciste le moment venu. Malheureusement, sur ce sujet, comme sur bien d’autres, les personnes en ayant vécu les réalités devraient être entendues et surtout écoutées. Les gens issus de l’immigration ne sont pas conviés à cette décision, puisqu' aucun des Français possédant une expérience dans ce domaine ne siège parmi les gens chargés de rédiger la loi. Et il y a fort à parier que ce n’est pas demain ou même après demain qu’ils auront les moyens de défendre leur vision de ce phénomène, pourtant aussi vieux que la société.
En effet, il suffit de se pencher sur un livre d’histoire pour constater que, de tous temps, il y a eu des flux migratoires plus ou moins forts entre les continents. Des milliers de Français sont partis vers les Amériques pour, avec espoir, y vivre ; et découvrir la précarité, le rejet, le combat pour la vie. Ou pour bien d’autres destinations, au moment où le contexte économique les poussait à aller chercher un revenu vital minimum ailleurs. On oublie de dire que les jeunes sont d’ailleurs encore nombreux à quitter leur ville ou leur village pour trouver un boulot, plus ou moins instable, en Angleterre ou en Espagne. Logement médiocre, difficulté de communication, rythme de travail exigeant, regret du pays natal, retours fréquents vers la famille : ils traversent souvent des difficultés similaires à celles que connaissent celles et ceux qui veulent venir chez nous pour tenter, enfin, d’entrer sur le chemin de la réussite. Il faudrait les questionner, leur demander comment ils vivent ou ont vécu cette impérieuse nécessité voulant que, pour exister, il faille se rendre sur une autre terre.
L’immigration n’est vécue que sous sa facette médiatique, et donc sur celle des apparences. Elle est rarement analysée à la lumière de l’histoire, car ce serait admettre des années ou des siècles d’erreurs dont nous payons tout simplement l’ardoise. Comme la tentation française consiste à se considérer comme les seuls porteurs des grandes valeurs humanistes, il s’avère impossible de remettre en cause des pans entiers de ce qui constitue l’image d’Epinal de notre pays. Et ce, d’autant plus que tous les partis politiques actuels ne sont que les héritiers de ceux qui ont plus ou moins bien assumé les décisions, sous toutes les Républiques successives.
EN CONNAITRE LES REALITES
Les hasards de la vie font que j’ai connu, comme petit-fils et fils d’immigrés, le contexte social existant autour de ce choix de vie. Je ne l'ai pas appris dans des livres ou devant la télé. je l'ai vécu. J’ai toujours voulu en connaître les réalités, afin de pouvoir apprécier celles du présent. Ce qui m’a frappé c’est la pérennité du processus.
Tout commence toujours par une terre ne pouvant plus nourrir les personnes qui y sont nées. Une famille nombreuse, une propriété insuffisante, une rentabilité nulle et obligatoirement vient l’envie d’aller louer ses bras ailleurs. Aucun argument n’a raison de ce besoin, reposant sur une vision partielle des autres économies, obligatoirement meilleures que celle que l’on vit chaque jour. Toutes les difficultés présentées (difficulté du voyage, conditions d’accueil, rareté du travail, incertitudes administratives…) ne changent rien à ce qui constitue une obligation.
Mon grand-père, il y a un siècle, a donc été l’un de ces clandestins qui franchissent les frontières de nuit, à pied, pour ne pas se faire intercepter… Il avait accompli, à deux ou trois reprises, des voyages incertains entre la Vénétie italienne et le Nord de la France, comme saisonnier dans les immenses propriétés de Picardie. Chaque retour au pays renforçait sa volonté d’émigrer, car les jeunes autour de lui ne parlaient que de départs vers l’Amérique (pour les plus riches) ou vers d’autres contrées plus proches, ne nécessitant pas l’investissement d’une longue traversée.
Les filières existent depuis des siècles. Les passeurs aussi. Le financement de ces passeport vers une liberté "économique" n’a jamais disparu. Le premier qui réussit indique nécessairement aux autres les moyens de rejoindre ce qui est devenu un Eldorado.
Croire que ce système va disparaître, du jour au lendemain, par une loi relève de l’utopie complète. Il y aura toujours des clandestins à régulariser, sauf à dresser un mur autour de l’Europe. Allez donc durant quelques jours partager dans un village du Burkina Faso, les conditions réelles dans lesquelles vivent les candidats à l'émigration, refusez la chambre d’hôtel climatisée ou le repas aseptisé, et ensuite vous discuterez différemment de l’immigration clandestine. En rassemblant, récemment, pour une soirée conviviale, à Créon, tous les témoins de cette période d'avant-guerre où " les Italiens venaient manger le pain des Français " les participants non concernés ont pris conscience que rien n’avait véritablement changé sur l’accueil réservé aux immigrés !
LES MACARONIS
Les premiers bénéficiaires de ce phénomène social constant sont en fait toujours les mêmes : les acteurs économiques. Mon grand-père endura le martyr dans les hauts fourneaux de Talange, tenus pas les fameux maîtres des forges. Son frère effectuait 16 heures consécutives de travail dans cet enfer, et lui ne sut jamais tenir ce rythme… Dans le quartier où s’entassaient les " Macaronis ", il ne rêvait que de rassembler sa famille constituée d’une épouse enceinte de mon père et d’une petite fille de quelques mois… Une unique pièce, au-dessus d’un café, hébergera tout le monde arrivé bien évidemment dans la clandestinité. Il fallait en passer par là... et dire que ce problème va se régler en l'interdisant par une loi, c'est une fois encore jeter de la poudre aux yeux des citoyens crédules!
L’étape du rapprochement familial n’a pas changé, et ne changera pas. Qui ose prétendre que cette envie est illégitime ? Que dirait-on si on interdisait à un Français expatrié de faire venir à ses cotés ses enfants et sa femme ? Qui peut sans cynisme assurer que la séparation familiale constitue une avancée pour le pays des droits de l’Homme ?
Légiférer sur ce sujet, comme sur bien d’autres, devrait impliquer une prise en compte des réalités, et pas seulement des batailles absurdes de mots à des tribunes, discréditées par leur incapacité à régler le sort des puissants. En se contentant de soigner les effets et pas nécessairement les causes d’un phénomène planétaire (et pas, comme on le fait croire, strictement européen) on met un cautère sur une jambe de bois !
PAPIERS TELLEMENT DESIRES
Mon grand-père mettra plus vingt ans pour obtenir la nationalité française. Quand il arrivera à "toucher" ces papiers tellement désirés, il s’efforcera par tous les moyens de les respecter. Et, lentement, il empruntera l’ascenseur social, traversant des étages plus ou moins difficiles.
Malgré tous ses efforts, il ne devint jamais réellement Français. Il resta pour certains le "Macaroni". Mon père, malgré un mariage " mixte ", comme ce fut le cas pour quasiment tous les gens de la seconde génération, restera lui aussi, durant des années, le fils du Macaroni. J’ai en mémoire les propos tenus, un soir, dans une réunion publique des municipales de Sadirac, où avaient surgi les vieux démons d’avant-guerre. Un affront. La blessure demeure.
En fait, l’immigration ne pose un véritable problème que si le Pays où elle s’exerce traverse une crise sociale. Le racisme qu’elle génère, le rejet qu’elle suscite, ont leurs racines dans l’absence d’avenir pour les femmes et les hommes qui voient arriver ce qu’ils prennent pour des hordes barbares, des sangsues sociales, des prédateurs d’emplois, des marginaux culturels.
On ne fait des lois que pour conforter l’opinion dominante. Il faut absolument, pour les gouvernants, aller dans le sens de ce que l’on croit être celui de l’histoire. La tendance s’accentue : l’Assemblée nationale ne fait que suivre ce qu’elle estime lui apporter la considération populaire, et bien évidemment le Roquet de Neuilly ne se prive pas de conforter un processus désormais incontournable. La France éternue, et les députés s’enrhument.
Ils ne régleront rien du tout avec un texte complexe, répressif, destiné à flatter l’ego d’une partie de l’électorat silencieux, inutile. Ils accentueront le désarroi de gens seulement en quête d’un espoir de vivre mieux. La loi Sarkozy va assurer aux entrepreneurs la possibilité, désormais, de proposer des Contrats Première Embauche (CPE) pour étrangers. Des femmes et des hommes malléables que l’on pourra opposer à ces jeunes Français rebelles à la flexibilité. L’intégration ne sera pas meilleure, et l’immigration se stockera aux portes de l’Europe pour aller vers des pays plus accueillants. Mais les élections présidentielles proches exigent que l’on hurle  avec les loups, qui demeurent des loups pour les hommes !
Mais je déblogue…  
 
Troisième photo : Mes grands-parents avec mon père et ma tante en 1925 à Talange
 

SI VOUS NE L'AVEZ PAS FAIT LISEZ L'ARTICLE "ZIDANE L'ALBATROS"
DANS CE BLOG SUR LA RETRAITE DE ZIZOU
 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article