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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE TEMPS DES CORBEAUX

Nous sommes, en permanence, sous la pression de la société de la sur-information. De toutes parts parviennent des messages plus ou moins honnêtes, plus ou moins construits et surtout plus ou moins utiles à la citoyenneté. La plupart d’entre eux s’adressent donc au consommateur qui sommeille dans la peau de tout électrice et tout électeur. D’ailleurs, cette face cachée des individus a vite été exploitée par le monde politique, toutes tendances confondues. Pour réussir, il est indispensable de parler au portefeuille (impôts, déductions, exonérations, procés-verbaux...) ou d’avoir une attitude « people » rassurante, plutôt que de s'évertuer à convaincre. Tout, normalement, s’effectue dans la plus grande médiatisation, et plus encore dans la transparence supposée absolue. Occuper le devant de la scène, sous les feux de l’actualité, constitue en effet l’obsession de bien des personnes dans une système qui multiplie les occasions de se faire connaître.
Paradoxalement, reviennent pourtant, de plus en plus, des habitudes plus sombres et moins glorieuses. Elles sont aussi vieilles que le monde, mais jamais peut-être elles n’ont été aussi présentes dans la vie publique. Ainsi, l’anonymat a désormais pignon officiel sur rue. Il est devenu, au fil des ans, une technique comme une autre de communiquer.
Les récents événements de l’affaire Clearstream mettent brutalement en lumière les bases peu glorieuses de pratiques d’un autre âge. En fait, ce scandale qui fait rire toute l’Europe, a ses racines dans des valises discrètes, et ce que l’on appelle des dessous de tables. Des pratiques discrètes sur des comptes discrets et effectuées par des hommes discrets. Tout s’effondre au moment où, pour une raison ou pour une autre, ce pacte du silence est brisé, ce qui peut être volontaire, ou effectué à l’insu du plein gré des comploteurs.
Il faut bien convenir que l’informatique sous toutes ses formes, avec des codes compliqués, a singulièrement facilité le retour en force du fameux ni vu, ni connu. La sordide manipulation des listings n’est surtout pas la première de l’histoire. Pas de grattage à l’ancienne, de vieillissement du papier, d’imitation pointue d’une écriture plus ou moins torturée : il suffit de scanner, de superposer, de rééditer pour donner au document une véracité délicate à contredire. Dans le secret d’un bureau techniquement solide, vous pouvez vous transformer en dénonciateur efficace.
LES AUTEURS SE REFUGIENT DERRIERE UN PSEUDONYME
Internet est ainsi devenu le nouveau royaume des corbeaux et, il faut bien le reconnaître, les blogs en sont les enfants les plus visibles. Je suis en effet stupéfait par le nombre de ces publications dont les auteurs se réfugient derrière un pseudonyme, plus ou moins évocateur. Peu de gens annoncent clairement, dignement leurs coordonnées exactes, comme si l’anonymat leur donnait un courage qu’ils n’auraient pas autrement. Même les "commentateurs" se défilent en bloquant l'accès à leur mail, afin que l'on ne puisse pas les interpeler personnellement. Tous les blogs du FN sont anonymes, sans que cela soulève de problème.
Ils ont probablement raison, quand je vois les déchaînements hostiles (jusqu'à les évoquer dans les instances officielles du PS au niveau national) que génèrent mes fragments de blog ci-contre, dont pourtant aucun ne fait autre chose qu’annoncer des faits jamais démentis à ce jour. L'honnêté intellectuelle devient dangereuse!
Même parmi vous, les 162 abonnés que compte L’AUTRE QUOTIDIEN, la très grande majorité n’annonce pas franchement la couleur. Certains font dans l’inventif maladroit, qui traduit une vocation d’espion rentrée. Les membres des cabinets des grands de ce monde, se planquent par exemple derrière des anagrammes. En prenant le prénom de leur épouse certains espèrent ne pas être repérés. Le chiffrage, la cabalistique, l’allusion perfide, fleurissent et à peine 30 % des gens ayant rejoint la liste sont nettement identifiables. Cachés, peureux : comme le veut le monde actuel du débat!
Les messageries ne fonctionnent qu’avec des participants masqués. Tout écrire devient possible, et la liberté s’accommode bien de la discrétion absolue. A Venise, ou à la cour des puissants, durant des siècles, on a pratiqué le bal masqué comme exutoire aux convenances. Des millions d’internautes avancent donc comme des ombres mystérieuses, sans trop mettre en jeu leur responsabilité.
Le directeur de la rédaction de Sud-Ouest, dans une lettre moralisatrice peu amicale, adressée il y a quelques mois maintenant, soulignait la facilité de diffuser n’importe quoi sur les blogs et de s’affranchir de la nécessaire professionnalisation de l’information… Il oubliait de préciser que cette remarque justifiée n’était valable que lorsque l’écriture s’accompagne de l’anonymat. Dans tous les autres cas, le courage d'exister par une prise de position atypique ou une information, mérite le respect car on en connaît explicitement l’auteur, ce qui n’est pas, par exemple le cas, dans son propre journal, dans la rubrique hebdomadaire du « Tire-bouchon » et dans bien d'autres cas, où la signature n'est pas évidente.
 TRADITION BIEN FRANCAISE
Le "poulet" à l’ancienne devient pourtant rare. On ne découpe plus les lettres d’une "une" de journal pour composer un message signé « une personne qui vous veut du bien ! ». L’informatique ouvre beaucoup plus de possibilités en un temps plus restreint. Si j’affirme que cette tradition bien française existe encore, c’est que, dans les fonctions, qui sont les miennes, le courrier quotidien m’en apporte encore son lot. Les missives non signées du genre « je ne vous ai rien dit mais si vous allez à tel endroit vous constaterez… » appartiennent à la réalité de notre époque. Le Français cultive l’art de la dénonciation avec un certain talent.
On aime, par exemple, tellement son voisin que l’on ne veut pas qu’il ait des ennuis avec une construction non déclarée et, alors, pour lui rendre service, on le dénonce en tentant de ne pas se montrer. Impossible d’affronter un élu sur ses idées et ses conceptions, alors autant lui expédier quelques insultes non identifiables, que l’on pense bien senties, au fond d’une enveloppe.
J’ai eu ainsi la privilège de recevoir, il y a des années, d’amis qui ne me voulaient que du bien, un poème intitulé « Instit’ soit-il » soigneusement calligraphié. Lorsqu’il m’arrive de prendre des positions atypiques, ou que je n’assume pas des responsabilités aussi durement qu’ils le voudraient, quelques délateurs courageux déposent des messages dans la boîte aux lettres de la mairie.
Chaque fois, je pense que lors de la dernière guerre mondiale, bon nombre de dénonciations ont du parvenir sur les bureaux de la Gestapo ou de la Milice. Il paraît même que des centaines de femmes et d' hommes ont été, déportés ou tués par cet anonymat désastreux.
AUCUNE DES REGLES DE BASE
Depuis quelques jours, on a droit à un florilège de l’anonymat manié par des experts, des maîtres en la matière. On y trouve d’abord des services de l’Etat qui, par essence, relèvent de la discrétion absolue. Pas une trace, pas une preuve, pas une identification. Or, malheur des malheurs, aucune de ces règles de base n’a été respectée. Mieux, le plus éminent des spécialistes a tout fait pour que rien ne soit visible.
Ensuite, on accumule les rendez-vous réputés secrets, mais dont tout le monde connaît le lieu, l’heure, le contenu. Enfin on constate que la justice, dont le cabinet des juges doit étouffer tous les aveux, utilise également le système des preuves arrivées dans des lettres providentielles anonymes. Tout se passe en cachette, ou est réputé même « confidentiel défense » . Or, si tout s’apparente à la théorie forcément anonyme du complot, tout finit sur la place publique, sans que l’on cherche à identifier les livreurs à domicile.
Il y a des choses, dans la vie, qui ne sont jamais réalisées. Ainsi, vous aurez du mal à trouver quelqu'un qui vous envoie une lettre anonyme pour vous annoncer une bonne nouvelle.
Ce n’est pourtant plus totalement vrai, car les journalistes et les juges sont les plus heureux et comblés, quand sur leur bureau, arrive une enveloppe en kraft soigneusement cachetée. Mieux, maintenant ils ont même des courriels qui peuvent alimenter leur soif d’apprendre sur les turpitudes des autres sans efforts
L’ère des vengeurs masqués a sonné. Celles des menteurs masqués aussi. Le problème : ni les uns, ni les autres ne sont là pour sauver le monde ou défendre la veuve et l’orphelin. Ils sont là unqiuement pour défendre leur avenir et tuer les autres. Anonymement bien sûr!
Mais je déblogue…
 
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E
Une idée, un message ou une critique anonyme ne méritent que le mépris !<br /> Si on ne peut pas assumer ouvertement, on se tait !<br />
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