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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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FISSURES DANS LES PILIERS

Toute société organisée repose, en fait, sur des piliers identiques. Le politique, l’économique, le médiatique et le judiciaire, restent les quatre grands secteurs que les hommes mettent désormais en place pour gérer leur quotidien ou tenter d’assurer leur avenir. De leur indépendance ou de leur imbrication dépend donc en grande partie l’authenticité de la démocratie.
Leur hiérarchisation révèle également les évolutions profondes qui parcourent les systèmes organisés. Durant des siècles, le politique a occupé la première marche du podium, car il s’était donné les moyens de peser sur tous les autres volets de la vie sociale. Or, depuis une décennie, on assiste, impuissants, à la déclinaison inexorable du politique. La déliquescence des rouages de ce qui fut la base d’un système à peu près convenable est accentuée par le fait que sa primauté est battue en brèche par les autres entités de plus en plus puissantes.
L’affaire Clearstream (ça ne s’invente pas) constitue l’illustration parfaite de la dérive des fondements même de la République. Une sorte de fonte de la " banquise " institutionnelle, qui conduit à la constitution d’un marécage de principes n’inspirant plus confiance du tout au " marcheur " citoyen.
Pas un seul secteur social n’a pas trahi. Pas un seul d’entre eux n’a pas " trempé " dans ce qui restera comme le symbole de la fin d’une époque. Pas un pilier qui ne se fissure pour menacer ruine. Certes, le politique, fortement miné par les attaques incessantes dont il fait l’objet, est au bord de l’effondrement pur et simple, mais les autres ne sont guère plus brillants. De jour en jour, leur crédibilité se lézarde.
La situation devient donc extrêmement grave, car plus les jours passent, et plus le recours à une " autorité sauveuse " va prendre corps. Un peu comme, quand la IV° République a vacillé, le Pays n’a pas eu d’autres recours que d’aller quérir l’homme providentiel, celui qui incarnait la rigueur et la capacité à mettre un terme à la démolition organisée de la maison commune. Le problème, c’est que nous n'avons actuellement, dans les réserves de la République, aucune personne ayant cette stature. Et que si nous vivons sous la menace du " coup d’état permanent ", il ne repose que sur la multiplication des " effets d’annonces " d’un insatiable agité des estrades.
Dans quelques semaines, à ce rythme, le pays ne réclamera pas nécessairement une Lady Di de la politique, mais une femme ou un homme d’état à poigne, décidé à donner un grand coup de pied dans une fourmilière en train de devenir folle et de s’auto-détruire de l’intérieur.
MANQUER D’OXYGENE
Le système politique malade s’oriente vers le coma, avec comme seule excuse potentielle le fameux " ce n’est pas moi c’est l’autre ". Il risque rapidement de manquer d’oxygène, et de sombrer dans l’inaction forcée totale, au moment où justement il devrait faire preuve d’une vigueur accrue. Un peu comme dans la célèbre chanson de music hall :  tous les organes vitaux sont atteints. Victime d’une "légère attaque cérébrale", le Président s’enfonce dans l’irresponsabilité absolue. Il se contente de maintenir une illusion de capacité à gouverner, en effectuant des dénégations permanentes. A chaque mise en cause, il n’a qu’une seule manière de démonter sa lucidité : " je n’ai rien vu, rien entendu, rien dit " de manière ostensiblement méprisante. L’électroencéphalogramme quasiment linéaire devrait affoler la " famille ", alors qu'elle se contente de laisser filer la situation.
Le " coeur " même de l’Etat n’a plus aucune fiabilité. Il est agité de soubresauts constants, attaqué de toutes parts pour avoir probablement tenté d’expédier vers les autres " organes " des toxines mortelles. Là encore, tous les électrocardiogrammes d’opinion s’orientent vers la platitude absolue… Aucun problème : laissons le s’épuiser à petit feu pour tenter la greffe en dernière extrémité.
Et vous avez le " poumon ", celui qui ne manque pas d’air, qui court dans tous les sens en expliquant que sans lui il n’y aura plus un souffle de vie dans la partie droite du corps. Il essaie de récupérer l’enveloppe charnelle, avant autopsie publique, en prétendant que lui, et lui seul, peut lui redonner vie.
Tout le reste, nécrosé et paralysé, est agité de spasmes permanents, totalement inutiles pour estomper ce que l’on appelle la déchéance physique totale, la mort clinique annoncée. Le politique ne se rend même plus compte de la gravité de son état. Elle attend une perfusion de sang frais, mais celle-ci n’est prévue que dans un an, et on ne sait pas si la poche qui arrivera ne sera pas pire que le mal en cours.
MONDIALISATION OUTRANCIERE
Le système économique vient de révéler ses limites dans la vallée d’Aspe et à Toulouse. C’est un tout petit événement à l’échelle des problèmes que pose la mondialisation outrancière, mais qui renforce le sentiment général sur le rôle des investisseurs. La liberté absolue réclamée par ses responsables conduit inexorablement à la mise en cause de décisions dans lesquelles l’humain n’a plus sa place. Ils clament sans cesse leur pureté, leur honnêteté, leurs misères causées par des contraintes outrancières infligées par le monde politique. Cette rigueur morale et philosophique dont ils n’ont rien à faire, par ailleurs, au quotidien.
Dans l’affaire Clearstream, on retrouve en effet l’éternelle notion de profit au centre de la machination. Mieux c’est (et on l'oublie) par le système économique (vente d’armes, commission occultes, luttes de pouvoir interne…) que le scandale est arrivé. On constate avec des cris de vierges effarouchées que EADS, entreprise type de la mondialisation, exemple européen de la réussite, a servi de nid à une machination politique. Un exemple, parmi tant d’autres beaucoup moins médiatisés, de l’absence totale de clarté entre les mondes des affaires et de la politique.
En fait, le problème Toyal soulevé par Jean Lassalle ne fait qu’illustrer le mépris des grandes entreprises vis-à-vis de ces élus du Peuple qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, et qui ne portent pas un regard admiratif sur cette caste dirigeante se croyant tout permis. Ils sont tellement habitués à avoir des gens aux ordres (via des combines liées au profit) et qu’ils transforment en valets de leurs pratiques, qu’ils ont été traumatisés par l’entrée en résistance individuelle de l’un d’eux. La perte de confiance dans les responsables économiques est au moins aussi grande que la défiance vis-à-vis des décideurs gouvernementaux. L’écart considérable entre le phénomène Lassalle, et la vision qu’avaient les PDG de tous poils des hommes politiques, est gigantesque.
DECALAGE AVEC LA REALITE
Pour les médias, il faut bien reconnaître que la situation n’est guère plus brillante. Comment voulez vous que des téléspectateurs un tant soit peu lucides croient dans l’éthique journalistique, quand ils constatent le décalage entre la réalité et ce qu’ils donnent en pâture au bon peuple ?
Comment croire qu’il n’y a pas de manipulation médiatique évidente quand on constate que c’est un… journaliste du Figaro qui a servi d’intermédiaire entre le Général Rondot et Nicolas Sarkozy, que c’est la femme d’un Ministre en exercice, ennemi déclaré de Crin Blanc, qui donne les dernières nouvelles du front de l’affaire, que les enveloppes secrètes arrivent spontanément dans les salles de rédaction ? A qui veut-on faire croire que le déluge de copies des auditions des uns et des autres n’est que le fruit d’un désir citoyen de transparence ? Quel est le gogo qui peut admettre que les silences pesant de TF1 ou de France 2 sur Clearstream relèvent seulement du souci d’indépendance ? Avez vous compté, simplement, en une semaine, à combien de reprises, sur ces deux chaînes, les noms de Nicolas et Ségolène en balade ont été prononcés, comme si c’étaient les seuls porteurs d’un idéal républicain ?
Le système médiatique, incapable de s’assumer financièrement, est devenu l'otage des financiers ( cf le cas Dassault ou la situation de France Soir ou le virage de Libé ou les problèmes traversés par le Monde), pour lesquels le contenu éditorial doit être au service de leur idéologie. Là encore, la perte de confiance s’accélère au détriment de l’information, pilier comme les autres de la démocratie.
CONFIANCE EN LA JUSTICE DE MON PAYS
Il restait la justice. Combien de fois avez vous entendu cette phrase sentencieuse depuis quelques jours : " je fais confiance à la justice de mon pays… " . C’est le hasard, mais après Outreau (bel exemple de fiabilité de la justice), on apprend hier que le plus emblématique des chevaliers Bayard de l’instruction lave moins blanc qu’on le croyait.
La chaîne LCI (un pur hasard) a affirmé hier que le magistrat chargé de l'enquête sur la vente de frégates françaises à Taïwan avait "directement négocié" avec Jean-Louis Gergorin, un vice-président d'EADS, pour que ce dernier lui remette, de manière anonyme, des informations concernant le dossier. Le ministre de la Justice, Pascal Clément, a immédiatement annoncé qu'il avait saisi l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) afin que toute la lumière soit faite sur cette rencontre "hors procédure". Saint Copé a fait un émule : finie la langue de bois!
Renaud Van Ruymbeke, le juge sans peur et sans reproche se trouve à son tour pitoyablement pris les doigts dans le pot nauséabond de Clearstream… Il ne lui reste qu’à faire comme Chirac, De Villepin, Gergorin et consorts : démentir et nier ! La chasse aux élus est fermée pour quelque temps…
Que reste-t-il de solide ? A quel repère se raccrocher ? En quel idéal croire ?
Surtout pas en un président de la République élu avec plus de 80 % des suffrages. Pas non plus en un PDG de multinationale parlant de ratios, de développement. Méfiez-vous des détenteurs de cartes de presse, car elles peuvent en avoir la couleur, la saveur, l’odeur, mais pas nécessairement la valeur qu’on leur attribue.
Mais je déblogue…

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