Près de 5000 hectares viennent de recevoir leurs semis OGM dans le Sud-Ouest de la France. Lentement, mais sans défaillance, les organismes génétiquement modifiés prennent place dans le paysage, sous l’influence exclusive du profit. Car rien ne justifie chez nous ce type de culture, à part la volonté manifeste de diminuer au maximum les frais d’exploitation. Ce n’est pas pour rien que les maïsiculteurs, dévoreurs d’espace et d’eau, ont été les précurseurs de l’introduction de produits réputés plus fiables.
Si le soja occupe
54,4 millions d’hectares en 2005, le
maïs (21,1 millions d’hectares, soit 24 %) arrive en seconde position devant le coton (9,8 millions d’hectares, soit 11 %) et le colza (4,6 millions d’hectares, soit 5 % de la superficie mondiale cultivée

avec des plantes transgéniques).
En 2005, la surface mondiale des cultures de plantes transgéniques aura été de 90 millions d’hectares. L’augmentation des surfaces ensemencées depuis 1996, représente un des taux les plus élevés pour une nouvelle technologie agricole. Une croissance soutenue de plus de 11 % a été atteinte chaque année, sept années de suite, depuis l’introduction des cultures transgéniques en 1996. Entre 2002 et 2003, cette croissance était de 15%, puis de 20% entre 2003 et 2004. On vient de franchir une étape cette année, en raison de l’intérêt que représente une pseudo diminution des traitements.
Le maïs transgénique, en majorité du MON 810, résiste en effet à la pyrale. Ses semences sont achetées en Espagne, et les récoltes serviront soit à la production d'autres semences, soit à une filière spécifique destinée au marché espagnol, pour l'alimentation animale. Les agriculteurs ont mis en place des mesures sur une base volontaire pour permettre la coexistence des modes de production. Il s'agit notamment d'une distance d'isolement de 25 m entre maïs OGM et conventionnel, ou d'une bande de 10 m de maïs conventionnel autour du transgénique pour servir de piège à pollen. Autant dire que ce n’est pas demain la veille que le fauchage de quelques plants à droite ou à gauche va ralentir l’envahissement des campagnes françaises. Il n’a qu’un caractère symbolique et ne risque pas de " couler " Monsento, qui ne cesse d’étendre son emprise. Ce que l’on ne dit pas assez, c’est que cette multinationale a un long passé désastreux.
UN PILIER CHIMIQUE : LE GLYPHOSPHATE
L’empire Monsanto repose en effet sur un pilier chimique : le glyphosate. Vendu depuis un quart de siècle, il est principalement commercialisé sous la forme de l’herbicide R
oundup, produit clé de l’agrochimie Monsanto. Les ventes de produits contenant du glyphosate lui rapportent 1,2 milliard de dollars par an. L’utilisation de glyphosate aux Etats-Unis atteint, selon les estimations, de 9 000 à 12 000 tonnes par an. En 1994, au Royaume-Uni, on en avait déjà aspergé 400 000 hectares. Autorisé aux Etats-Unis depuis 1994, le glyphosate est un herbicide à large spectre. On l’emploie donc contre toutes sortes de plantes : annuelles, bisannuelles ou vivaces, graminées, joncs, latifoliées, buissons ligneux... C’est le huitième herbicide utilisé en agriculture aux Etats-Unis, le deuxième en situation non agricole (jardins...). Année après année, ce produit phare de Monsanto génère une croissance régulière remarquable de 20 % par an, qui fait dire à un analyste du secteur industriel que "Roundup règne sur le monde". Il existe cependant une limite naturelle à l’utilisation croissante de ce désherbant : évidemment, si l’on en met trop, les cultures elles-mêmes seront éliminées. Monsanto a alors résolu ce paradoxe en rendant des plantes cultivées tolérantes à son… produit. Les agriculteurs qui cultivent ces variétés peuvent donc épandre davantage d’herbicide sans crainte pour leur récolte. En vendant des plantes tolérantes au Roundup et toujours plus de Roundup, Monsanto gagne sur les deux tableaux. Mais si cette augmentation des ventes dope la multinationale, celle de l’emploi des produits chimiques présente de nombreux risques sanitaires et écologiques.
Contrairement à ce que prétend la publicité, le Roundup n’est pas sans danger pour les humains, les animaux domestiques et la faune, ni sans conséquence grave sur l’environnement. Il faut donc réagir et préparer une seconde génération de plantes. Il s’agit donc de préparer un avenir parfait : trouver des espèces à la fois résistantes aux maladies et… aux produits Monsanto, afin de pouvoir avoir l’exclusivité du traitement de millions d’hectares de par le monde.
RENFORCER LA MAITRISE MONSANTO
Tous les incidents, mineurs à l’échelle d’une entreprise employant des dizaines d’avocats, n’ont pas freiné la commercialisation des plantes tolérantes à l’herbicide de Monsanto. La société produit et vend déjà du soja, du colza et du maïs transgéniques, tolérants au Roundup ( on les appelle rR), et prépare des betteraves à sucre, du blé et des pommes de terre dotés de gènes analogues. Cela pose de nouveaux et sérieux problèmes de santé et d’écologie, et risque de renforcer la maîtrise de Monsanto sur les agriculteurs du monde entier.
Les variétés rR permettent en effet aux agriculteurs d’utiliser l’herbicide sans parcimonie ni stratégie, et le désastre menace au rythme où Monsanto s’enrichit. Il faut donc absolument se diriger vers une agriculture raisonnée ou raisonnable, faute de quoi la ruine menace la nature. Si aucune norme, aucune règle drastique n'est édictée, dans quelques années, il n’y aura plus d’issue à une prise en mains par les concepteurs de produits ou de semences des marchés mondiaux de base : colza, riz, maïs, blé… Nul ne pourra acquérir d’autres variétés que celles qui résisteront aux herbicides ou pesticides qu’eux seuls pourront fournir.
Sans entrer dans la polémique sur le principe de précaution qui paraît indispensable, il faut aussi baser le combat sur l’aliénation absolue que prépare le développement des OGM. Au-delà des peurs irrationnelles, il faut donc se poser plusieurs questions. Qui veut imposer les OGM aux agriculteurs et aux consommateurs de la planète ? Quels sont les risques et quels sont les bénéfices réels à attendre d’un maïs rendu tolérant aux herbicides, ou d’un blé transgénique ?
LES DEUX REVOLUTUONS VERTES
Ainsi, la "révolution verte" des années 60 et 70, qui a augmenté les rendements pour un temps, a asservi les agriculteurs du monde entier à des utilisations chimiques coûteuses. Elle a causé l’exil des populations rurales, détruit les sols, les eaux, les fondements sociaux millénaires de nombreux pays. Ces dislocations à grande échelle ont nourri l’augmentation des naissances, l’u
rbanisation, la perte de pouvoir social, enchaînant un autre cycle d’appauvrissement et de faim. Mais ces phénomènes ne sont jamais pris en compte dans les appréciations portées sur " l’industrialisation agricole ". La deuxième révolution verte que promettent Monsanto et les autres grandes compagnies de biotechnologie (Bayer, Rhône-Poulenc) menace de bouleverser encore plus l’occupation traditionnelle des terres et les rapports sociaux. Rejeter ces grands groupes et leurs biotechnologies, ce n’est pas rejeter la technique en soi, le progrès, mais c’est vouloir substituer aux techniques de manipulation, de contrôle, de bénéfices, faisant peu de cas de la vie, les techniques authentiquement écologiques du respect des cycles naturels et de la santé de l’individu et du groupe, qui favorisent la vie rurale et fonctionnent à l’échelle humaine.
A Créon, en juillet 2000, j’ai été obligé de me battre bec et ongles contre une tentative d’expérimentation sur un champ situé à proximité de l’Hyper Champion actuel. Aucune transparence, aucune précaution, et la découverte, au bout de quelques jours de recherches, que personne n’était véritablement informé de cette initiative de Monsanto. Après des heures et des heures de lutte, les semences sont allées voir ailleurs. Mais j’ai eu la preuve concrète qu’à ce moment là, il n’y avait absolument aucun contrôle réel : le dossier était vide et sommaire.
Je le conserve, car il témoigne de l’écart entre le progrès au bénéfice de l’homme et le progrès au service du profit. Les OGM en sont l’illustration parfaite.
Mais je déblogue…
Chronique réalisée avec les infos publiées par Attac