La religion vient de vaciller sur ses bases. Les croyances les plus assurées ent
rent dans le doute le plus complet, une sorte de gouffre pour consciences fragiles, dans lequel se précipitent les désespérés de la vie. Eux qui imaginaient un paradis fait de sable blanc, de mer bleue et chaude, de palmiers escogriffes, de hamacs " ensommeilleurs " se retrouvent brutalement dans l’enfer de la raison mathématique. En effet, rien n’est pire que la dure réalité, celle qui fait froid dans le dos, quand vous avez rêvé de plage sous les pavés gris du quotidien. Il aura suffi, pour cela, du regard inquisiteur d’un homme dépité par son destin, pour que s’effondrent les espoirs d’un autre monde, meilleur à perpétuité. Robert Riblet, un hérétique risquant l’excommunication judiciaire, soutient en effet, depuis plusieurs mois, que les jeux de grattage ne relèvent pas du hasard pur et immaculé. Il a soulevé un scandale au moins aussi dévastateur que le" Da Vinci Code", car l’Opus Dei de la Française des Jeux ne saurait tolérer cet accroc à son gagne-pain. Selon lui, les marchands du temple lui aurait même proposé en juillet 2005, " la somme de 450.000 € dont 300.000 cash et 150.000 un an après " pour acheter son silence, et mettre fin à une contestation qui les préoccupe singulièrement… Mais, au nom de la vérité, il a dédaigné ce pactole gagné sans aucune effort.
Le mécréant affirme que pour le 7EXTRA on trouve, par exemple, un seul ticket gagnant à IOO OOO euros pour chaque pack de... 750 000 tickets. Selon lui, certains buralistes et des " accros du jeu ", informés de cette particularité, " augmentent leurs chances de gagner en ne piochant pas dans les lots qui ont déjà fourni un ticket gagnant ". Il aurait découvert la supercherie de la Française des Jeux, dont les jeux de hasard n'étaient donc pas pavés que de bonnes intentions mais relevaient de calculs savamment affinés débouchant sur un hasard programmé. Ce qui voudrait dire que les adeptes de ces congrégations discrètes de l’Euro Million, du Millionnaire, du Tac o tac, du Banco ou du Black Jack se font berner par les petits malins connaissant le supercherie.
Ils "grattent" souvent durement toute la journée, pour ensuite aller dépenser leurs émoluments dans des officines où on leur affirme qu’ils peuvent, en quelques secondes, avec l’aide du ciel, exorciser les sorts défavorables. Les anges de la FDJ avaient, semble-t-il, oublié de leur préciser que les faveurs qu’ils souhaitaient obtenir en échange de l’offrande d’un ou deux € avaient été accordés à d’autres… et que leurs prières ne changeraient rien à l’affaire !
CHIFFRE D’AFFAIRES DE 8,9 MILLIARDS D’EUROS
En fait, l’évangile selon la FDJ, prétend qu’il y aurait deux sortes de hasards : le vrai (absurde et peu rentable médiatiquement) et celui " prépondérant " qui repose sur des quotas destinés à bien irriguer le territoire en bandes de tickets gagnants. Cette technique légale, permet ainsi au vendeur de savoir s’il vous permet de choisir une carte à gratter, potentiellement encore bénéfique, ou une qui n'a aucune chance de vous rapporter une somme convenable. C’est ce que dénonce Robert Riblet avec un sérieux à toute épreuve, car cette possibilité va à l’encontre de toutes les règles de l’équité d’accès aux jeux en cartes.
Le chiffre d’affaires de la gamme grattage (3,5 milliards d’€), particulièrement sensible à la conjoncture, a connu en 2005, malgré ce contexte, une évolution à nouveau favorable de 1,5%. Ce résultat s’appuie notamment sur le lancement réussi, au dernier trimestre, d’un nouveau concept de jeu : 7EXTRA.. Mais ce n’est pas aussi bien que les autres secteurs, car c’est avec un chiffre d’affaires record de 8,9 milliards d'€ que La Française des Jeux a clôturé son dernier exercice. Cette progression a été portée principalement par Euro Millions (77% de la croissance), qui pour sa première année pleine de commercialisation et avec ses 7 nouveaux partenaires, affiche un chiffre d’affaires de 869 millions d’€. Autre levier, le renforcement de son réseau avec l’agrément, en 2005, de 1 200 nouveaux points de vente "jeux de tirage". Les tickets gagnants sont encore davantage disséminés sur le territoire.
Ce que l’acheteur appelle la chance a donc toutes les allures d’un calcul mathématique, destiné surtout à remplir les caisses sous l’œil d’un bandit, pas manchot du tout, qui possède un splendide bureau ultra moderne à Bercy. En opérant le miracle permanent de la multiplication des tickets, la FDJ arrive à développer les impôts qu’elle collecte gratuitement pour le compte du budget de l’Etat. Elle sait que son " parrain " ne la laissera pas tomber ! En 2005 un joueur moyen a ainsi dépensé la bagatelle de plus de 400 € sur lesquel le Ministère des Finances s’est octroyé une bonne part.
L'immense majorité des joueurs va donc réalistement payer un impôt avec enthousiasme, ce qui relève du prodige social. Chaque joueur est en effet pratiquement sûr de perdre, mais il accepte de ne conserver qu' une probabilité infime de devenir Crésus, pour une mise très faible. Alors tout le monde se moque des probabilités pour tout baser sur cette infime lumière.
RECLAMER DEUX MILLIONS D’EUROS
Robert Riblet, qui a introduit une action civile contre la FDJ, a affirmé qu'il " irait jusqu'au bout de son action en justice " et qu'il allait " réclamer 2 millions d'€, montant de mon préjudice et auquel peuvent prétendre 29 millions de joueurs ". Le défi n’est pas des plus aisés car le texte de loi encadrant les jeux à gratter semble " blindé " avec une définition de la notion de hasard paraissant hallucinante aux plus grands spécialistes des mathématiques. En statistique, eux parlent de variables " aléatoires " qui ont une certaine distribution de probabilités, mais à aucun moment d’encadrement du hasard, car par définition même il ne saurait l’être. Eux savent fort bien qu’il ne peut y avoir qu’un seul gagnant, avec la répartition organisée par bandes de 50 tickets : le concepteur des fameuses cartes à gratter qui sait par avance, grâce à son système de répartition répétitive, combien elles vont lui rapporter !
Le joueur, lui, tient seulement compte du fait que les grosses variations sont plus significatives que les petites. Il achète volontiers un billet de loterie ou de Loto, dont le prix très faible correspond à une perte négligeable, tandis que le gain serait infiniment plus important. La signification de cette variation décroît avec sa perception par le joueur, car il y a plus de différence d’appréciation psychologique, par le grand public, entre un gain de 1 000 € et un gain de 1 001 000 €, qu’entre un gain de 1 001 000 € et un gain de 2 001 000 €, même si la différence est exactement la même puisque de 1 million à chaque fois. Or, une chance sur cent de gagner un million est généralement préférée à une chance sur mille de gagner 10 millions, malgré l’espérance exactement égale. Tout est donc dans l’appréciation intuitive que fait l’acheteur de ces phénomènes totalement irrationnels, pour lui, mais calculés par d’autres.
Sa " décharge d’adrénaline " a au moins autant de valeur que le calcul effectué par un statisticien, dont il ne connaît même pas l’utilité et le rôle. La simple analyse que fait toute personne entrant dans un bureau de tabacs pour acquérir son " carton " de bonheur potentiel, repose sur une perte probable qui passera inaperçue et un gain certes peu probable, mais qui lui procurera, s’il se produit, un changement qualitatif de sa vie quotidienne.
Et si la religion du jeu était devenue le nouvel opium du peuple ? Vivement que l’on expédie tous les joueurs à l’armée, car dans ses rangs, il n’y a pas de place pour le hasard ou le destin…
Mais je déblogue…