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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LUNDI EN PENTE DOUCE

Lundi. Le moins attendu des jours de la semaine, celui que l’on ne pense pas voir arriver quand on quitte le boulot. Lundi, dans tous les pays du monde, résonne, pour les travailleurs de tous ordres, comme l’engagement d’un chapelet hebdomadaire rythmant la vie de millions de personnes. Il en est pourtant qui aimeraient bien avoir des lundis matins au réveil difficile, aux brumes du week-end non dissipées, aux angoisses plus ou moins difficiles à masquer. Pour eux, rien ne fait de ce début de la semaine un moment de crainte ou d’espoir. La succession des levers de soleil ne leur apporte rien de différent d’un jour à l’autre. Ils attendent un lundi matin de boulot. Histoire de vérifier que ce qui arrive aux autres n'est pas si terrible qu'ils veulent bien le dire.
Certains lundis ont pourtant obtenu une notoriété dont ils ne peuvent plus se passer. Celui de Pâques, par exemple, n’a ainsi absolument aucune raison particulière de figurer dans cette liste des moments fériés privilégiés d’une année. Les Evangiles ne rapportent, en effet, aucun événement particulier. Pourtant, la tradition chrétienne en a fait un jour férié… dont personne n’est capable de justifier l’importance sociale. Il ne suscite aucune critique particulière, mais ne possède aucune aura notoire. D’ailleurs pas un de ceux qui en bénéficient n’est capable de justifier le privilège qui lui est octroyé.
Son confrère de Pentecôte n’avait guère plus de raison de " flamber ", car, là encore, la connaissance réelle par le Peuple de sa signification aurait un pourcentage positif équivalent à la popularité actuelle de Droopy Chirac. Jusqu'au concile Vatican II, le lundi de Pentecôte était une " une fête d’obligation ", au cours de laquelle l'église catholique s'adressait aux nouveaux baptisés et confirmés. Depuis cette date, le lundi de Pentecôte n'est plus solennisé. Peu d’intérêt donc, pour ce rendez-vous qui est devenu, dans le fond, célèbre grâce à Saint "Raffarin", dont Wikipédia fournit une explication pour le moins complexe.
FERIE GRACE AU SAINT ESPRIT
Selon l’évangile selon Saint Jean, dans le Discours de la Cène, Jésus annonce qu'il va envoyer l'Esprit saint qu'il appelle le " Paraclet". Ce texte est le seul à évoquer l'annonce de l'envoi de l’Esprit saint pendant la Cène. Les évangiles synoptiques ne font référence à l'Esprit Saint qu'après la Résurrection et selon eux, les Apôtres reçurent l'Esprit saint dans la Cénacle de Jérusalem, dix jours après l'Ascension de Jésus: les langues de feu se posèrent sur les " Onze et sur Marie " (Les Onze désignent les douze apôtres moins Judas que Mathias n’avait pas encore remplacé). Pessa'h ou la Pâque juive est donc une fête instituée dans la Bible hébraïque.
Cette commémoration religieuse d'une durée de 7 jours (8 jours en dehors d'Israël) se déroule du 14 au 22 du mois hébreu de Nissan (entre mi-mars et mi-avril), en souvenir de l'Exode et de la libération des Hébreux esclaves en Égypte.
Pessa'h fait partie des trois fêtes de pèlerinage à l'occasion desquelles les Israélites se rendaient au Temple de Jérusalem. Depuis la destruction du Temple, Pessa'h est restée une fête familiale et joyeuse. Vous avez compris ? Pour les paresseux qui ce matin s’offrent une grasse matinée, il y aura " interro écrite " vers midi… Je serais très étonné que le taux de réponse sur les raisons leur ayant permis de rester au lit soit satisfaisant… Et pourtant, le lundi de Pentecôte figure maintenant sur le podium des jours fériés auxquels les Françaises et les Français sont le plus attachés. Ils défendent avec ferveur un lundi totalement farfelu sur le plan républicain. Pourquoi ne pas l'avoir conservé en lui donnant une autre signification (contre l'esclavage par exemple).
LE JOUR FERIE QUI NE L'EST PAS
La droite ayant inventé le concept extravagant du "jour férié qui peut cependant être travaillé par une partie variable des salariés" comme réponse au problème de la dépendance... ce lundi de Pentecôte se trouve, ce matin, dans une situation assez embrouillée...et assez cocasse. Une journée symbole de la pagaille actuelle à tous les niveaux de l’Etat.
La très grande majorité du secteur public est en effet en congé, tout le secteur non salarié (professions libérales, notamment) est aussi très largement absent, les enfants seront, eux, en vacances, mais leurs profs devront travailler un jour de plus, et une partie seulement du secteur privé risque d’être plutôt au bureau ou dans une entreprise, pour une journée d’activité réduite, improductive et sans bénéfice réel.
Le seul point commun entre les salariés, ce sera qu’aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre, le Gouvernement les obligera à travailler sans rémunération pendant une journée. Et si l’on en croît les désirs d’avenir encore plus " productivistes " de MM. Balladur et Lekeiffre... on prévoit deux journées de ce type l’an prochain. Les lundis vont finir par tous être aussi tristes les uns que les autres. Une perspective qui ne débouchera  sur une mesure effective qu' en 2007, après les Présidentielles.
Le fiasco de la Pentecôte est avant tout politique, et la leçon n’a pas été retenue. Dès l'automne 2003, le projet avait semé la cacophonie au gouvernement (déjà!). Le ministre du Travail de l'époque, François Fillon ( Tiens donc...au fait, on murmure que si Sarkozy gagne il serait Premier Ministre), qui ne tenait pas à en rajouter après les remous provoqués par sa réforme des retraites, avait prématurément vendu la mèche (la trahison, toujours la trahison)  effectuant, déjà au nom du Roquet de Neuilly, un croc en jambe monumental à un Jean-Pierre Raffarin en position délicate.
Quelques mois plus tard, lors du débat à l'Assemblée, le projet de loi provoquait une fronde chez les députés UMP, échaudés par la déroute de la " majorité " aux élections. Prudemment, le gouvernement attendait le 30 juin 2004 pour promulguer le texte, ce qui évitait de l'appliquer dès 2004. Mais l'édition 2005 ne devait pas se révéler plus confortable : le lundi de Pentecôte n'a en effet précédé que de deux semaines le périlleux référendum sur le projet de Constitution européenne. Le 29 mai, la suppression d'un jour férié n'a, à l'évidence, pas arrangé les affaires du oui.
 UN JOUR QUI RAPPORTE
La cacophonie autour du lundi de Pentecôte est telle qu'on en oublierait presque ce détail : il apporte en douce à Bercy, pour les personnes âgées et handicapées, 2 milliards d'€. "Sur ce total, 400 millions équilibrent le financement de l'allocation pour l'autonomie, et 800 millions devraient aller aux établissements de prise en charge des personnes âgées", rappelait récemment le ministre délégué à la Sécurité sociale, Philippe Bas. Le reste, 800 millions d'€, contribue à la prise en charge des handicapés. Cette manne est indépendante de l'organisation de la journée de solidarité, puisqu'elle est financée par une contribution de 0,3 % sur la masse salariale, versée directement par les entreprises à une Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie… Du moins, c’est la version officielle, car l’Etat se sert au passage et le transfert n’est pas du tout de cet ordre là. Le coup de la vignette automobile ! Pour construire le nouveau pôle de gérontologie du Créonnais, nous avons fait appel aux fonds de cette caisse : on attend...sans grand espoir, car la répartition des subsides est plutôt opaque.
Sur le plan financier, la journée de solidarité instaurée par Jean-Pierre Raffarin après la canicule d'août 2003 a donc atteint son but : elle ouvre une brèche symbolique dans les 35 heures, puisqu'elle allonge de 7 heures la durée annuelle du travail, sans compensation salariale. Ce point-là, au moins, n'était pas pour déplaire à la droite. Les employeurs ne peuvent donc pas protester contre la charge supplémentaire qui leur est imposée : 0,3 %, c'est le coût d'une journée de travail. En fait, en suppirmant le jour férié, ont donnait idéologiquement raison à son électorat et on l'obligeait ainsi à cracher au bassinet en silence.
Une preuve, s'il en fallait une, que l'Esprit saint est bel et bien descendu sur terre dans les têtes de ceux qui ont gouverné et gouvernent encore. Sans le savoir, leur lumineuse idée justifie bien que ce lundi-là, nous continuions à respecter son caractère férié et à rester au lit. Et on le voit bien, De Villepin ou Sarko, sportifs pour Paris Match, ont faite leur la fameuse devise un "esprit saint" dans un corps sain. En leur honneur, offrons nous ce lundi avec délectation.
Mais je déblogue...
 
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