Le(a) conjoint(e) d’un(e) élu(e) local(e) n’a pas beaucoup de solutions dans sa vie. Ou elle (il) se fait une raison et accepte de voir disparaître son époux(se) le matin et de le voir revenir le soir avec le moral dans les chaussettes ou
avec une foi en l'avenir toute neuve, ou bien alors, elle épouse son destin. Il n’y a pas d’alternative, car chaque jour porte sa vérité, et elle manque singulièrement de nuances. Il faut donc reconnaitre que celle ou celui qui partage la réalité quotidienne d’une personne assurant une responsabilité publique n’a plus grand choix. Or, on sait que, désormais, le " couple " prend une place de plus en plus grande dans le cursus politique. Bien souvent, en côtoyant les gens qui comptent, j’a pu constater que leurs proches peuvent jouer un rôle éminent ou même décisif. Ils sont classifiables en deux catégories. Les uns préfèrent l’anonymat intégral, et se démarquent totalement des engagements de celui des deux qui prend place sur le devant de la scène. Ils absorbent les mauvaises périodes ou les périodes fastes, mais ne contrarient jamais les ambitions déclarées. Ils renoncent à se méler, de près ou de loin, à la vie publique, et laissent au moins à l'autre la liberté de poursuivre son chemin. Quand ils en ont assez, en général, la rupture menace.
Les autres deviennent parfois de véritables coaches, des impresarii, des actrices ou des acteurs, tentant de placer à tout prix leur partenaire sur l’échelon le plus élevé. Enfin il y a, le nec plus ultra, les tandems qui font la course en parallèle, avec la volonté d’accéder en duo aux responsabilités. Ces situations appartiennent à la face cachée d’un monde, et elles ne nous regardent pas…
UN RAVIN INFRANCHISSABLE
La frontière entre la vie publique et la vie privée ressemble dans notre pays à un ravin infranchissable. La liberté s’accommode mal de la divulgation de situations ayant pourtant des conséquences fortes sur le quotidien des autres. Et pourtant, désormais, nul ne peut nier que l’interférence ne soit pas souvent au coeur des événements. Durant ces derniers mois (et ça ne fait que commencer), la confusion des genres prolifère. Et même s'il est jugé scandaleux, ce phénomène devrait préoccuper les citoyens car il accentue le décalage entre la vision que l’on peut avoir d’un gestionnaire de la vie des autres et celle qu’en donnent les médias. Les affaires privées deviennent de plus en plus publiques, et on a vul avec "Courant clair"l que ce qui était public se rangeait parfois dans le privé voire le secret !
Tout le monde a ainsi bien

noté que
le départ précipité d’une épouse peut fragiliser, du jour au lendemain, un Ministre ambitionnant de hautes fonctions. Les mariages "médiatqiues" font la une de l'actualité. Les
femmes viennent dans les émissions télé à sensation aux côtés de l'époux méritant. On se pose la
question de savoir si un remariage doit être annoncé avant la campagne présidentielle, ou tenu secret.
Les photos intimistes, prises dans une maison aux pièces superbement décorées et parfaitement rangées, avec un enfant d’une famille nombreuse, envahissent
Paris-Match. De partout,
les coutures qui fermaient la sphère "privée" craquent aux entournures. On exploite l'autre à son profit, pour évidemment
peaufiner son image parfaite de bon père de famille, de couple heureux, de bonheur standardisé.
L'EXEMPLE DU CHILI
J’ai le souvenir du débat qui a agité le Chili, quelques jours avant l’arrivée au pouvoir de Michèle Bachelet. Il ne concernait pas tellement le programme de la favorite des sondages, mais portait sur le fait qu’elle n’aurait pas de " mari " ou de " compagnon " pour l’accompagner dans ses déplacements officiels. Cette importante question a failli coûter, à celle qui est devenue première dame de son pays, une part de sa popularité.
Comme le fait d’avoir eu des enfants de deux pères différents a été monté en épingle. Elle a su surmonter ces accusations, mais elle a dû lutter pied à pied. Tout est une question d’image et de perception par le Peuple de ces choix personnels. Dans le fond, ce qui est atypique n'est pas toujours négatif... Et désormais ce qui peut constituer un handicap devient un atout.
J’ai, par exemple,
beaucoup d’admiration et de respect pour les élus qui assument
leur homosexualité, car ils ont un véritable courage en affrontant la connerie de l’opinion dom

inante. Quand André Labarrère, Bertrand Delanoé ou plus près de chez nous, Philippe Meynard, ne refusent pas de faire face à une autre opinion dominante, ils affichent
une solidité personnelle rassurante pour les personnes qui leur ont fait confiance. Il reste encore cependant,
à officialiser ce choix, car on n’imagine pas encore un Président de la République arrivant à un dîner officiel avec son compagnon… En revanche,
nul ne songerait à reprocher à l’un d’entre eux de s’exhiber, plus ou moins ouvertement, avec sa maîtresse. Et je vous assure que, souvent, l’étonnement parcourt certaines tables officielles
quand on connaît les réalités de leur composition. La société sélectionne
les clichés qu’elle veut voir, et on ne la nourrit qu’avec ce qu’elle aime bien recevoir.
Certains hommes politiques ont ouvertement, par exemple, changé d’épouses. C'est ainsi que Michel Rocard n’a pas hésité à convoler à quatre reprises en justes noces. J’ai eu l’occasion de connaître l’une d’entre elles, qui avait eu la géniale idée de totalement modifier l’apparence de son nouvel époux. Elle nous avait assuré que sa manière de parler, ses costumes, ses cravates, sa coiffure, ne convenaient pas du tout… Et un jour nous vîmes arriver un ersatz de notre " Rocky ", qui s’empala dans un style qui ne lui convenait pas du tout. Il était devenu incompréhensible, car elle voulait une simplification de son discours, s’accompagnant d’une version plus fun de sa manière de s’habiller. Résultat : elle ne fit qu’un cours passage auprès de notre maître, totalement déboussolé par ce gourou qui détruisait son… originalité ! Elle ne traversa sa vie que quelques années.
FAIRE VALOIR DE CONJOINTS
Parfois, les hommes ou les femmes ne sont que les "guignols" de leur conjoint. On l’a vu avec
l’extraordinaire supercherie du couple Mégret, lors de leurs aventures électorales de Vitrolles. Cet
effet de substitution grossier avait pourtant recueilli plus de 52 % au second tour d’une municipale historique et offert le poste de Maire à Catherine Ravskovsky, d'origine russe, épouse modèle qui n’était que
le prête nom permanent de son époux, interdit de suffrage universel. Certains se demandent si, à l’Elysée, les décisions importantes ne sont pas prises par
Sainte Bernadette Chodron de Courcel et non p

as par ce pauvre Droopy, dont elle
affirme qu’il n’a jamais rien compris à la politique. Sans aller, comme les Guignols, jusqu'à prétendre
qu’elle " gouverne " par mari interposé, imposant untel ou untel, récompensant l’un ou l’autre, promouvant ou banissant Dominique ou Nicolas, au fil des péripéties électorales, la part de vérité est bel et bien préocuupante. Sainte Bernadette
serait redoutable, n’hésitant pas à secouer vertement un Chirac jugé trop mou, et à diriger la boutique élyséenne avec
une poigne de maîtresse de droit divin.
La parité n’a pas encore partagé le pouvoir, qui dépend surtout de l’appétit de celle ou celui avec lequel on partage la table, ou plus si affinités. Dans les semaines qui viennent, ce constat aura une importance particulière. On voit bien que, même dans ce grand parti dynamique qu'est le P.S., cette notion de "couple" entrera en ligne de compte. Qui assure la promotion de Ségolène? Quel est le rôle d'Anne auprès de Dominqiue? Jusqu'où François est-il compagnon politique de celle qui partage sa vie? Ira-t-il à l'affrontement sans état d'âme? Dans la campagne médiatique en courst que feront les "amis" du coupe DSK-Anne Sinclair?
Dans la mesure où l'image devient plus importante que l'idée, la campagne interne aura des pesanteurs externes. Paris-Match, Gala, Voici, auront au moins une incidence aussi forte que le livret de famille sur le projet.
Mais je déblogue..