L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Toute une journée à Paris, dans les arrières cours du pouvoir permet, pour qui à les oreilles moins dures que celles de Chirac, de ne jamais reprendre, le soir, sa place dans le TGV, bredouille. Toute personne qui ne veut pas être un mouton de Panurge de l’opinion dominante doit être sans arrêt aux aguets. L'info se collecte et ne se donne pas sans efforts. Il y a forcément, dans tout rassemblement ou dans toute conversation, matière à ne pas mourir totalement crédule ou idiot. Il suffit d’écouter et de se faire discret. Parfois, il est indispensable d’avoir le décodeur, les clés du système, pour entrer et s’installer à la table, mais ensuite il suffit d’être attentif pour apprendre. J’en conviens. Mais nul ne saurait nier que c’est aussi une question d’état d’esprit et d’envie permanente de comprendre.
Hier donc, lors d’une rencontre préparatoire à l’organisation, à Paris, au cours de la semaine prochaine, d’un salon européen de la mobilité, est arrivé un moment de doute. Tout le monde s’est regardé quand un élu annonça que l’inauguration prévue pour le jeudi 14 juin n’aurait pas lieu, car elle venait d’être officiellement annulée dans la le matinée pour un motif sans appel. La personnalité prévue, depuis longtemps, pour parler de l’Europe et renouer le fil, un an plus tard, avec le traité constitutionnel sur un sujet fédérateur ne viendrait pas. Caprice de dernière minute ? Engagement brutal pour une autre destination ? Evénement imprévu ? Que nenni : l’aveu est tombé, laissant la trentaine d’élus de tous bords pantois. Il ne serait plus en poste… Et c’est ainsi que nous avons collectivement appris que Crin Blanc De Villepin remettrait sa démission à D
roopy Chirac mercredi matin, 13 juin… Il ne serait donc plus le premier de ce qu’il reste de ministres lui faisant encore confiance, et ne se rendrait pas au rendez-vous fixé de longue date avec le Président du Parlement européen et le Commissaire européen aux transports ! Bien évidemment, il y a eu un moment de flottement dans la salle ouatée où cogitaient des gens respectables. Et en fait, malgré le scepticisme compréhensible de certains, l’organisateur directement relié à Matigon confirma son annonce… Il va falloir donc patienter quelques jours pour savoir si le scoop a une valeur. Mais replacée dans son contexte, l’annonce du départ de celui qui bat des records absolus d’impopularité ne m’a pas paru farfelue.
SAVANT CALCUL MEDIATIQUE
D’abord, parce que je crois beaucoup au choix du jour qui est habile, et fruit d’un savant calcul de communication. En effet, réfléchissez bien : de quoi parlera-t-on le plus jeudi 14 juin au matin, dans toute la France, dans les villes comme dans les villages, dans tous les bureaux, aux comptoirs des bistrots, dans les couloirs des usines ou tout simplement sur les télés, sur les radios ou dans les journaux, ce jour là et le lendemain?
Auriez-vous par hasard oublié que la Coupe du Monde de Football a débuté, et que les Bleus, après leur premier match, la veille au soir, gagnants ou perdants feront la une d’un actualité entièrement tournée vers les chevaliers de la balle ronde. Le sieur De Villepin sortirait ainsi sur la pointe de ses grands pieds, pour rejoindre dans quelques mois un placard doré… Il y a fort à parier qu’entre l’annonce de sa démission, et une victoire de la bande à Zidane ou pire entre la fuite de De Villepin, et une défaite, le sort réservé à Crin Blanc sera bien plus discret qu’un jour sans pain blanc pour journaliste affamé. La probabilité que le calcul ait été fait par les stratèges de Matignon me paraît forte. Tous les rendez-vous du Premier Ministre de la semaine prochaine ont été décommandés hier. Bizarre, bizarre…
Il reste à savoir ce qui suivra. En pleine Coupe du Monde, la confection d’un nouveau gouvernement relèvera par exemple du tour de passe-passe médiatique. La sélection sera forcément meilleure que la précédente, compte tenu des défaites (ou mieux des raclées) subies par l’équipe sortante. Et Chirac, en plaçant quelques nouveaux, ne peut que mieux faire. Imaginez un peu le Roquet de Neuilly, triomphant, sautillant nerveusement sur les marches de l’Elysée, tentant de mobiliser micros et caméras, pour annoncer le changement sans la continuité : inaudible et inintéressant, puisque au moins durant quinze jours, la France n’aura les yeux que dans les Bleus. Habilement " le Vieux " prive Sarkozy de tous les effets d’annonce possibles, en cette période où plus rien ne comptera hormis la blessure de Cissé et la forme de Zidane. Il n’entrerait en lice que dans l’indifférence polie.
RENVOYER TOUT LE MONDE AUX VESTIAIRES
Ensuite, pour escamoter un débat politique, il n’y a pas meilleur timing. Il pourrait même s’offrir le luxe de renvoyer tout le monde aux vestiaires et de demander au Peuple souverain de participer à la mise en place d’un nouvel effectif. Un discours simple, du genre : " je vous ai écoutés. Je vous ai compris et comme la législature ne s’achève que le 18 juin au soir, je vous propose de donner au nouveau premier Ministre une majorité forte (sous entendu : charge à lui de se la gagner). Je dissous la sélection nationale actuelle, et vous vous rendez aux urnes fin juin et premier dimanche de juillet… ". Une pirouette de dernière minute qui donne à Droopy une meilleure image, et qui renvoie les clans qui l’empêchent de finir paisiblement ses jours de sélectionneur, à leurs contradictions.
Idiote ma vision ? Utopique ? Peu crédible ? Analysez un peu l’intérêt de la démarche avant de vous prononcer. Soit, lors de ces législatives précipitées la majorité actuelle survit avec de lourdes pertes, mais survit tout de même en limitant les dégâts, soit elle perd, mais avec des conséquences moins graves que si une déroute suit les présidentielles. Les députés chiraquiens ont tout à y gagner ou ont moins à y perdre. Cette hypothèse est, je l’avoue ,fort peu plausible, mais elle existe et ne peut être écartée. Un coup de billard à trois bandes, qui cloue Sarkozy et qui redonne un rôle clé à Chirac. Que ferait la gauche si, par chance, elle avait la majorité absolue à l’Assemblée nationale ? Quelles seraient ses marges de manœuvre pour se redresser en neuf mois ? Qui essuierait, aux présidentielles, le fameux retour du bâton qui suit toute victoire ? Qui aurait à refuser un éventuel gouvernement d’union nationale à l’Allemande ?…
UN BEBE POUR QUATRE
Pour les adversaires, la situation n’est en effet pas terrible. Après une gestation que l’on sait longue et problématique, les éléphants du P.S. ont désormais sur les bras un " bébé " pour quatre, dont ils prétendent tous avoir la paternité ou la maternité. Il n’a même pas encore reçu l’onction des militants, et n’a pas le droit de sortir de la couveuse de la rue Solférino. S’il prenait l’air, il risquerait de souffrir rapidement dans une élection mal préparée et surtout, non précédée d’une longue confrontation.
Royalement doté par quelques ornements distribués aux micros et caméras, le " bébé projet " aura bien du mal à gambader en campagne dans des délais aussi courts. Déstabilisés, aussi unis que les doigts de la main d’un manchot, les leaders potentiels du PS laisseront au Père François le soin de porter ses célèbres coups, dont on verra s’ils mettent à mal des adversaires encore coriaces. Il n’a rien à gagner et, plus probablement, tout à perdre dans un contexte de désunion de la Gauche, de non préparation totale d’un accord de gouvernement, et avec une cote de confiance au plus bas. Ségolène est éclipsée pendant quelque temps, car il lui faudra aller au charbon dans sa circonscription, et ensuite refuser éventuellement de gouverner...
Par ailleurs, tout les observateurs savent que l’abstention favorise les sortants. Or, compte tenu de l’état pitoyable de notre démocratie, de la Coupe du Monde, en une période où les vacances se profilent, où l’avenir des enfants (bac, orientations, examens retardés à cause du CPE, licenciements massifs…) préoccupe davantage les gens que la politique, la fenêtre de tir est idéale.
Hier, quand dans la moiteur d’un conseil d’administration où je me trouvais, la petite phrase est tombée, j’ai pensé que, dans le fond...
Rendez-vous dans l'AUTRE QUOTIDIEN le 14 au matin... Et on verra bien si j'ai déliré!
Pour l'instant je déblogue...