Je n’ai pas une affection particulière pour mon téléphone mobile. D’ailleurs, je lui ai supprimé tout moyen d’exprimer ses réactions en le rendant muet, de telle manière que l’on ne sache pas que je suis appelé. Pourtant, le bougre se réveille souvent. Surtout aux plus mauvais moments. Exemple, mercredi soir, alors que je m’exprimais devant plusieurs dizaines d’employés de l’Association Départementale des Pupilles de l’Enseignement Public dont j’assume encore la présidence en lieu et place de l’Inspecteur d’Académie, j’ai senti une vibration dans ma poche. Comme j’étais loin de Créon, le réflexe consiste à vite lire sur l’écran l’identification de l’appelant. " Gendarmerie "… L’affaire méritait donc une réponse immédiate. La factionnaire est visiblement gênée. Par expérience, je sais que la nouvelle peut être mauvaise.
" Monsieur le Maire ?
- Oui
- Nous sommes à la poursuite d’un kangourou à Sadirac... Vous ne connaîtriez pas son propriétaire, par hasard ? "
La question me laisse pantois. Une plaisanterie ? Rien ne l’indique . Bien au contraire, la " gendarmette " insiste.
" Il a été aperçu dans le jardin d’une maison, puis il s’est enfui . Nous venons de le localiser vers le château Tustal. Nous voudrions retrouver l’endroit d’où il s’est enfui… ".
Je lui avoue
mon ign
orance en la matière, mais je finis par lui proposer une piste éventuelle de recherche. J’hésite entre
l’humour et l’étonnement. Un kangourou dans les vallons sadiracais
relève en effet de la galéjade marseillaise. Pourtant, elle n’a véritablement pas l’air de plaisanter.
A peine le temps de " digérer " cet appel incongru que les affaires reprennent.
Les pompiers me confirment qu’ils ont bien été mobilisés pour un safari au marsupial. " Nous l’avons perdu, mais nous avons un signalement vers la gravière de Sadirac. L’unité spécialisée dans la capture des animaux dangereux est sur place… ". Le feuilleton débute.
Je ne peux pas en savoir plus, jusqu’au moment où le responsable m’apprend que l’animal a été capturé mais qu’il a réussi, avec une certaine vigueur, à percer le filet pour repartir dans une zone boisée. Le kangourou, en un clin d’œil, a repris le maquis. La soirée n’apportera pas d’épisode supplémentaire. Il faut bien avouer que la fonction de maire prépare, dans les petites communes, à toutes les extravagances, mais c’est la première fois que je me vois contraint de régler un problème de divagation de kangourou. Très souvent, les chevreuils, les cerfs, les biches, les sangliers et les chiens meublent mes nuits ; le chat, le cheval, à la rigueur la vache occupent quelques rares soirées, et récemment les poules, les canards, les pigeons, les tourterelles suspectés de contamination hâtive remplissent mes journées. Mais de là à penser que ma route croiserait celle d’un kangourou ?
SUR LA PISTE CYCLABLE
Hier matin, après à peine 5 heures de sommeil, le même portable se réveille en meilleure forme que m
oi. Il m’annonce que l’Australien bondissant a eu la bonne idée de se rapprocher de Créon et de se promener sur la… piste cyclable. Ma présence est sollicitée, dans l’hypothèse où il faudrait réquisitionner une vétérinaire. Une escouade de sapeurs-pompiers tirée de son lit, m’apprend que, si des cyclistes très matinaux ont eu la surprise de voir le fugitif, ce dernier a encore filé dans les taillis. Une rapide inspection nous permet de vérifier que le déplacement par bonds est supérieur à celui par la marche. Je regagne la Mairie, car il est désormais trop tard pour engraisser mon temps de repos. Le kangourou court toujours. A peine arrivé il me faut repartir, car les sapeurs en train de battre la campagne étant injoignables, je dois aller les prévenir que leur proie… est rendue à un kilomètre de là, en bordure d’une route à grande circulation.
Quand les uns traquent glorieusement l’ours slovène, détournent les harpons japonais de la baleine bleue, protègent vigoureusement le rhinocéros blanc, je suis contraint de courir après un marsupial vagabond. J’apprends qu’il aurait choisi l’évasion d'un site où des fauves sont également prisonniers. Ce n’est pas une info rassurante… La mobilisation s’intensifie pour cerner celui qui est devenu l’ennemi public numéro un, par le fait qu’il semble narguer ses poursuivants. La traque durera près de… 4 heures, car vers 13 heures, le fuyard se retrouve, ficelé comme un vulgaire saucisson, dans un camion de pompiers. Direction son lieu de condamnation à la prison à perpétuité. Sa fausse permission de sortie lui vaudra un placement en quartier de haute sécurité. Les radios téléphonent, les journaux appellent…
UNE TELLE MANSUETUDE
Dans son pays d’origine, il n’aurait pas déchaîné autant de précautions. Cette bête hargneuse et volontaire n’aurait pas bénéficié d’une telle mansuétude. Ce soir, en regardant Brésil France, ayez une pensée émue pour tous ses congénères. Certes les Français et les Brésiliens n’ont rien de marsupiaux, mais en revanche leurs chaussures devraient vous intéresser.
En effet, cette année encore, en Australie, 7 millions de kangourous adultes seront sauvagement abattus pour produire de la viande et du cuir. Conséquemment à cette chasse massive, 1 million de bébés kangourous, sont chaque année privés de leur mère et en meurent. La raison principale de ce gigantesque massacre réside, non seulement dans l'exportation de la viande de kangourous dans plus de 30 pays à travers le monde, mais principalement dans la fabrication de chaussures… de "football". Aussi longtemps qu’Adidas continuera à exploiter son commerce à travers la souffrance de millions d'animaux innocents, alors qu'il existe des façons de fabriquer des chaussures à partir de matériaux synthétiques, la chasse se poursuivra. Le dernier chic des stades repose donc sur un massacre annuel gigantesque. Si l’on ajoute celles et ceux qui se font écraser sur les routes, le nôtre fait figure de privilégié.
PLUS DE 10 MILLIONS DE KANGOUROUS ABATTUS
En l'An 2000,
cinq millions et demi de kangourous ont, en effet, été légalement abattus en Australie. Ces statistiques de chasse commerciale ne faisant pas état des centaines de milliers de bébés kangourous, blessés ou tués durant cette chasse commerciale, des centaines de milliers d'autres abattus ou blessés pour la chasse "sportive", ni des milliers d'autres piégés. Ce chiffre atteindrait les proportions monstrueuses de plus de dix millions de kangourous qui sont en fait abattus, tous les ans, en Australie, faisant de cette chasse le plus grand massacre d'animaux sauvages au monde… Zinedine ce soir, dans son vestiaire, chaussera ses " Adidas Predator ". Elles sont souples, faciles à porter, et surtout vont comme un gant aux manieurs de ballons. Leur teinte dorée dissimule mal le sang des marsupiaux qui en constituent la matière première…mais qui s’en souciera dans quelques heures ? Sauf notre kangourou explorateur. Je suis certain que, lui aussi, sera devant le téléviseur pour voir ses frères morts… pour la France et la réussite de Thierry Henry, Franck Ribery ou Zinedine Zidane.
Sa seule satisfaction résidera dans le fait qu’en face, chez les Brésiliens, la situation est identique. Ceux qui veulent la peau des autres figurent dans les deux camps, avec une seule certitude qui les animent : la victoire est loin d’être dans la poche ! Je vous assure que si j’a bien vu des... sauterelles bleues, notre marsupial n’avait pas encore revêtu son maillot !
Mais je déblogue….