Maurice Lévy, président de Publicis, a reconnu, hier, que Noël Forgeard, le co-président d'EADS avait obtenu au moins deux ans de salaires comme indemnité de départ. L’affable président de Publicis a négocié les indemnités pour Noël Forgeard directement auprès… d'Arnaud Lagardère, le meilleur ami du Roquet de Neuilly. Le sau
veur des " licenciés " pour faute professionnelle a aussi ajouté que ce brave Forgeard avait droit, en plus, à " une clause de non-concurrence" . "S'il la respecte, conformément à la loi, cette clause est indemnisée à raison de 50% de son salaire" a tenu à préciser le défenseur de l’opprimé. Il est vrai que le partant, à l’insu de son plein gré, risquait de se retrouver sur le sable. Pas celui des vacances sur la Côte, mais celui que connaissent les abonnés des découverts bancaires. Il aura désormais les moyens de rassurer son banquier. Selon la lettre d'information spécialisée dans les médias et télécoms Euro TMT, les indemnités correspondant à 2 ans de salaires prévues par son contrat, et une troisième due à la clause de non-concurrence, seront calculées sur les bases suivantes : un salaire brut de 2,33 millions d'€ en 2005, dont 1,13 millions de fixe et 1,2 millions en bonus. D'après ces chiffres, disponibles sur le site internet d'EADS, Noël Forgeard toucherait alors, pour faire vivre sa petite famille, plus de 6 millions d'€, auxquels il faudrait ajouter la plus value considérable réalisée sur la cession " au bon moment " de ses stock-options.
Le président de Publicis a salué avec enthousiasme Noel Forgeard comme étant "une personnalité de premier plan, un grand industriel et un homme absolument honnête et rigoureux". Une manière comme une autre de démontrer aux salariés de la Sogerma que ce gars là pouvait, demain, défiler à leurs cotés, comme " victime ", lui aussi, de la dureté sociale d’EADS. Méritant, travailleur, efficace, seulement un peu trop secret et bavard, il était bien noté par ses " chefs ". Il est évident, qu’aucun d’entre eux ne connaissant les agissements de ce spécialiste de l’embrouille, ne saurait priver son éminent collègue des avantages sociaux prévus. Tous les PDG savent bien que, pour le fameux principe de la préservation des avantages acquis, défendu par la CGT, ils ne transigent pas surtout quand il leur bénéficie ou qu’il avantage les cadres supérieurs. Pour la base : ça se discute !
UNE INSPIRATION AUSSI SUBITE QUE PREMONITOIRE
Il n’est donc pas inutile de rappeler que, grâce à une inspiration aussi subite que prémonitoire, Noël Forgeard avait vendu, le 15 mars 2006, 162 000 actions à 32,01 € avec une plus value exceptionnelle de 2 508 840 €, et le 17 mars 2006, ses enfants avaient " liquidé " 127 998 actions à 32,82 €, pour réaliser une plus-value de 4 200 894 €. Sans avoir recours au tribunal des Prud’hommes, ce brave directeur adjoint d’une entreprise sur laquelle l’Etat possède un droit de regard, aura vu arriver sur son compte, rien qu'au premier semestre 2006 (s’il a été effectivement remercié au 1° juillet), en comptant ses salaires et ses ventes miraculeusement rentables, la bagatelle de… 10 133 840 € (six mois de salaire sans bonus, plus ses indemnités calculées sur deux ans de salaire avec bonus, plus les plus-values) pour solde de tous comptes. Ce pactole représente…plus de 8 siècles du salaire annuel net d’un smicard.
Et dire que
les pires le
çons de morale sont celles que le bon peuple adresse à ses élus, trop payés, pantouflards et corrompus. D’ailleurs hier soir, vous l'avez constaté,
tous les journaux télévisés ont fait
leur une sur cette affaire, qui illustre la manière éhontée dont les responsables économiques se moquent du pouvoir politique…
Le coup de boule de Zizou, à coté, c'est de la roupie de sansonnet. Ils
lavent leurs mains sales avec les zéros des chèques. Ils
s’auto-amnistient, en s’accordant ce que l’on appelle des
" parachutes dorés ". Le plus faramineux d’entre eux avait été prévu pour éviter que le rondouillard Jean-Marie Messier abîme ses chevilles, gonflées par l’orgueil de "Maître du Monde", lorsqu’il arriverait sur le sol aride des licenciés. Pas moins de 20 millions d’€ lui étaient dûs par Vivendi Universal. On fait beaucoup mieux depuis, puisque Bernard quittera le groupe Carrefour avec une indemnité (+ tous les autres avantages) de 38 millions d’€, et que Philipe Jaffré était parti de chez Elf avec 30 millions d’€… Imaginez un peu que ce ne sont que des estimations, et que l’on ignore véritablement la réalité des rémunérations et des autres compensations accordées. Forgeard et ses 10 millions " honnêtement gagnés à la sueur de son front " sont peut-être très éloignés de la cote en vigueur. Il doit y avoir des " parachutes en diamant " dont on ignore tout.
145 000 € PAR SEMAINE
Et pourtant, il faut rapprocher ces émoluments d’exception de ce que nos idoles footbalistiques emmagasinent chaque saison sous les yeux attendris du bon Peuple smicard. Thierry Henry percevra, dès qu’il reviendra à Arsenal, la bagatelle de 145 000 € par semaine (quasiment 7 millions d’€ par an) soit plus de 860 € de l’heure même quand il dort ! Il faut y ajouter les contrats publicitaires, les primes diverses et les à côtés liés à son image (contrat Nike), ce qui ne doit pas être loin du Père Noël … Forgeard . Il aurait pu ajouter pour ses vacances 2006, les 240 000 € promis par la FFF pour une victoire en finale. Il ne touchera que la moitié… Un véritable misère, pour plus d’un mois de boulot intensif. Certes tous ses copains de chambrée ne sont pas sur les mêmes bases, mais l’inflation des contrats donne à réfléchir.
Il y a bien sûr les stars de la planète sport, dont les revenus atteignent des sommets, les Michaël Schumacher (59 millions de dollars de revenus annuels), Tiger Woods (53 millions), Michael Jordan (37 millions) ou encore... Zinédine Zidane (environ 13 millions). Mais il y a aussi toute la masse des sportifs moins connus, mais dont les salaires ont de quoi faire pâlir d'envie bon nombre de cadres dirigeants. On estime ainsi à 36.500 € mensuels le salaire moyen d'un footballeur de première division en France… Une misère, comparé à ce que perçoivent d’autres.
FAIRE L’IMPASSE SUR CES TAS D’OR
Dans ce contexte, difficile pour les banques de faire l'impasse sur ces tas d'or. De plus, la population des sportifs, jeune et inexpérimentée, est loin de maîtriser toutes les ficelles de la gestion financière. Il n'y a qu'à se rappeler les mésaventures de la skieuse Carole Merle, grugée de plusieurs dizaines de millions de francs, ou du footballeur Eric Cantona, qui avait placé une partie de sa fortune dans un contrat Europavie, une société qui, depuis, a fait faillite. Tous n’ont pas le talent de Forgeard pour anticiper les avatars financiers en liquidant leurs actions au bon moment.
L’inconvénient pour ses copains PDG, c’est qu’ils n’ont même aucun parachute doré en cas de fin prématurée de contrat. L’avantage, c’est que pour ces sommes là, les sportifs peuvent nous faire rêver, nous gaver d’espoir, alors que, franchement, certains PDG du CAC 40 causent de plus en plus de ravages, d’angoisse et d’amertume. Leurs carrières s’allongent, et il n’y a pas, au royaume du dirigeant d’entreprise, de place pour la retraite rapide. Certes les transferts existent, chez eux aussi, avec chaque fois, un parachute plus moelleux, un contrat plus serré, un paquet de stock-options plus confortable.
Ils savent aussi se reconvertir.
Rassurez vous, dans quelques semaines, vous retrouverez Forgeard dans un banque, dans une multinationale, un organisme parapublic. On utilisera ses compétences et ses relations. On louera son efficacité. Son pote Crin Blanc de Matignon laissera couler un peu de " courant clair " sous les ponts de Paris, avant de recaser celui qui avait monté une bombe politique à retardement.
L’amnistie n’a pas toujours besoin d'un décret présidentiel. Elle peut aussi se pratiquer avec un carnet de chèques ou une place au chaud.
Mais je déblogue…