Droopy Chirac a délivré la bonne parole. L’évangile selon " Fet’ nat " délivré à deux apôtres du journalisme incisif. Il faut bien en convenir, la France angoissée et haletante attendait cette messe républicaine médiatique comme un moment capital pour son avenir.
Figurez vous
qu’au comptoir des bistrots, devant un demi frais ou un Ricard glaçons, on
avait oublié le coup de boule de Zizou pour s’interroger sur ce que
l’homme de l’Elysée allait bien pouvoir annoncer… Dans les vérandas climatisées, sur les terrasses des villas de bord de mer, au camping Les flots bleus, dans les gîtes rupestres
l’attente était insupportable car
on sai
t fort bien que l’on peut avoir une confiance absolue dans les déclarations de Droopy. Pour analyser de
manière certaine et fiable le discours du 14 juillet,
il suffit d’en avoir la clé : les
engagements pris seront les seuls à ne pas être tenus ! Tous
les autres, non-dits, peuvent éventuellement surgir dans les mois qui suivent… mais vous ne les découvrirez qu’au dernier moment.
D’ailleurs, il est impossible que vous n’ayez pas retenu la phrase la plus importante de son échange avec les grands maîtres de l’opinion dominante. Tout l’intérêt de cette prestation est contenu, selon Chirac lui même, sûr de lui, dans le … " non-dit ". Sur un ton ne souffrant aucune contestation, il a infligé un carton jaune à ses deux interlocuteurs qui voulaient absolument lui faire annoncer son renoncement à un troisième mandat. Il leur a rappelé que, justement, le propre de ces causeries de jardin c’était de ne servir à rien, puisqu'il avait jugé qu’il était capital de ne rien dire ! probabalement un conseil de sa fille Claude et de Sainte Bernadette!
REFUS DE LEVER L'AMBIGUITE
Il a donc refusé de lever l'ambiguïté, confirmant simplement qu'il annoncerait au premier trimestre prochain sa décision de se représenter ou non. La question n'est donc " pas d'actualité " et " la seule chose qui m'intéresse, ce sont les résultats " leur a rétorqué le Président, obligé d’avoir recours à ses notes posées sur la table pour décliner un programme électoraliste. Le moment fort fut celui où il rappela à ses deux présentateurs qu'il leur demandait de "respecter son non-dit"!
S’il est, en effet,
une locution chère aux psychanalystes, qui revient fort souvent dans la bouche et sous la plum

e des professionnels de la "santé mentale" : c'est le
"non-dit". Cette
expression est passée dans le langage courant, elle est
"à la mode", car justement elle ne
correspond pas du tout à la société de l’information. En effet,la tendance serait plutôt,
dans le monde journalistique, de
faire dire aux gens ce qu’ils n’ont jamais voulu dire…
Le " psychothérapeute ", au contraire, écoutant les récits, fantasmes et délires de son patient, affirme assez souvent: "Ce n'est pas ce que le patient nous dit qui importe vraiment; en réalité, l'important est dans le "non-dit". D'autres, parfois, qui se croient médecins parce qu'ils récitent, avec assurance mais ignorance, et sans trop réfléchir, l'un ou l'autre des lieux communs habituels, assènent sentencieusement que: "parmi les caractéristiques de la schizophrénie, on trouve une extrême sensibilité à ce qui est dit, et surtout "non-dit...".
D'après le dictionnaire "Le Petit Robert" , ces deux mots réunis en sont devenus un seul, qui a acquis droit de cité dans la langue française vers… 1980 lorsque "Dieu" pointait sous "Tonton". Ce couple de mots, d'abord dépourvu tant d'existence que de substance réelles est désormais devenu un substantif à part entière, et a trouvé place dans le dictionnaire. Ce dernier en donne la définition suivante: " Ce qui n'est pas dit, [ce qui] reste caché dans le discours de quelqu'un ". Voilà une définition qui est bien la fille de son siècle : elle sent à plein nez la méfiance systématique et morbide, la suspicion, elle mène à la délation, voire aux procès politiques de pays totalitaires, le MacCarthysme, etc. La liste de ces relents est loin d'être close. Chirac a donc voulu clouer le bec à deux "curieux de passage", et il faut alors analyser le fameux entretien du 14 juillet à la lumière de ce principe capital : l’important ce n’est pas ce que Droopy à annoncé, mais ce dont il n’a pas parlé.
UNE SIGNIFICATION ANODINE
La version la plus simple consisterait à donner à son "non-dit" une signification anodine : ce ne serait qu'un silence neutre et banal, une absence de mots, n'attirant pas spécialement notre attention. Malheureusement, bien des gens guettaient leur présence. Leur absence a donc surpris et a déçu l’attente. Ses (rares) amis UMP, qui voulaient tellement le voir repartir, interprètent son souci de ne rien avouer comme une volonté personnelle de maîtriser les événements par le silence.
En refusant de livrer ses intentions à ce sujet, il a ainsi implicitement, pour eux, accrédité la thèse d’une nouvelle candidature. Leur grille d’analyse est simple : beaucoup trop de monde, en effet, espérait que, comme Mitterrand en 1994, il annoncerait son renoncement à briguer un troisième mandat et, comme ce n’était pas son intention, son non-dit est un acte de candidature implicite !
D'un autre côté, au contraire, en lui attribuant un contenu imaginaire (mais ne devant certainement rien au hasard), les potes du roquet de Neuilly feront du "non-dit" chiraquien un signe irréfutable de renoncement programmé. Orienté, tendancieux, compatible avec toutes les interprétations, il leur permet d'échafauder tous les procès d'intention possibles. Faisant désormais figure "d'accusé", Chirac ne pourra pas s'en défendre efficacement. En effet, les Sarkozistes le condamneront sur la base de ce qu'il n'a pas dit, et vont enfoncer le clou en clamant que le champ est libre pour leur poulain qui, d’ailleurs, lui aussi, hier, n’a pas lâché le moindre mot. Chirac renonçant à dire ce qu’il veut, les autres exploiteront le principe voulant que la nature ait horreur du vide… Sarko, grâce à ce non, peut naviguer à sa guise.
UN MANQUE DELIBERE
Autre non-dit significatif : le nom de Crin blanc de Villepin ! Droopy a pris soin de ne pas le citer une seule fois au cours de son entretien, parlant globalement du gouvernement, mais ne nommant aucun de ses membres, sauf quand il lui fallait étreindre le Roquet, afin de mieux l’étouffer. Il n’y a aucun doute : ce "manque" est délibéré, et il est fait pour être remarqué.
Chirac, décidé à ne pas parler d’avenir n’a pas voulu que de Villepin le relie au passé. Le politicien rusé qu’il demeure, tient aujourd'hui des propos qui ne mentionnent surtout pas le discours qu'il tenait hier, sur le même sujet, devant un autre auditoire, car ce qu'il disait alors contredit clairement ce qu'il prétend maintenant. Et les gens lucides savent que c’est la plus grande spécialité de Droopy : oublier systématiquement ce qu’il a soutenu antérieurement.
Il n’y a donc aucune surprise à ce qu’il ne veuille surtout pas que l’on interprète son non-dit sur sa candidature par un retour en arrière.
" Je ne suis pas à l'heure du bilan", mais "à l'heure de l'action", a-t-il lancé à ceux qui l'enterrent déjà à neuf mois de la fin de son mandat. En appeler à l’avenir, refuser toute " limite préalable " à son espace temporel, élaborer un programme : autant de signes destinés à témoigner que le " vieux " n’est pas fini, et qu’il faudra compter encore quelque temps avec ses " non-dits " calculés.
Il sait, le bougre, que la politique devient de plus en plus la spécialité de celles et ceux qui parlent pour ne rien dire !
Mais je débogue..