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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE CRITERIUM A MAUVAISE MINE

Le château de Pitray sur les hauteurs de Gardegan et Tourtirac, près de Castillon la Bataille, a des allures des vastes bâtisses royales écossaises. Il accueillait hier les Princes de la Grande Boucle et leurs invités pour la 33° édition du Critérium d’après Tour de France, sous les frondaisons d’arbres séculaires. Un cadre à la Cecil B. De Mille pour une manifestation surtout destinée à favoriser la rencontre entre des " héros " et leur public.
Le repas d’avant " match " qui rassemble traditionnellement toutes les générations et tout ce que le monde régional de la Petite Reine compte comme personnalités, a au moins autant d’importance pour analyser l’un des sports les plus populaires que tous les reportages de France Télévision. Il suffit d’écouter, d’observer, pour mesurer l’évolution en cours. Depuis maintenant trois décennies, soit professionnellement, soit amicalement, je participe à ces agapes post déchaînement médiatique de Juillet.
Les lieux ont changé, tous plus prestigieux les uns que les autres, sans que leur influence soit réelle sur l’appréciation que l’on peut porter sur le cyclisme spectacle. Point n’est besoin d’avoir un grand sens de l’analyse pour savoir où en est la fameuse légende des cycles. L’épilogue castillonnais du Tour résume à la perfection les épisodes précédents.
Georges Barrière, l’irremplaçable organisateur de cette épreuve, réputée comme l’une des plus exigeantes du genre, accueillait hier ses invités avec la gueule des très mauvais jours. C’était déjà un signe avant coureur de la catastrophe en cours. Passionné, redoutable connaisseur des us et coutumes du milieu, ami discret des plus célèbres fugueurs du peloton, sans illusion réelle sur le système actuel et passé, il ne pouvait cacher son désespoir. Lui qui apportait, au début de sa carrière bénévole d’organisateur, du rêve à des milliers de spectateurs ne pouvait que constater que, désormais, il a du mal à ne pas vivre dans le cauchemar. Constituer un plateau de participants crédibles et accessibles relève depuis quelques années du même genre d’exploit que de monter vers l’Alpe d’Huez en moins de 35 minutes ! " Je ne suis certain de la présence des coureurs prévus que quand ils descendent de leur voiture devant l’hôtel " avouait-il au milieu de plusieurs centaines de convives, visiblement peu préoccupés par la liste des engagés.
UN NOM POUR QUE LA FOULE COURE
En effet, il fut une époque où il suffisait d’un nom pour que la foule coure vers la côte de Belvés. Et son seul souci consistait à avoir les moyens financiers de s'assurer la présence de celui que les frustrés du contact direct avec les archanges du petit écran, voulaient approcher. Arracher un autographe à celui que l’on avait vu passer comme une fusée au bord d’une route ensoleillée, se faire photographier avec une gueule d’ange aux pois rouges, pouvoir simplement toucher la tunique de l’idole suffisait au bonheur des gamins et des dames. D’ailleurs, j’ai le souvenir, lors d’un reportage m’ayant permis de suivre, pas à pas, pour Sud-Ouest, avant le rendez-vous de Castillon, Richard Virenque durant trois jours, d’avoir été ébahi par la folie populaire qui entourait chacune de ses apparitions. Extravaguant, délirant, démoralisant ensuite... quand on eut connaissance de la suite, mais tellement révélateur d’une société avide de toujours plus d’exploits pour se sortir de la grisaille dévastatrice du quotidien. Les " anciens " regardaient cette " Virencomania " avec étonnement, et même avec une pointe de dérision.
Hier, on se bousculait davantage au repas pour s’installer à la table de Miss France et de ses dauphines qu’à celle de Moreau, Dessel ou Calzati et consorts. Autre signe des temps ! Il régnait, dans le cadre bucolique de Pitray, une évidente indifférence. Applaudissements polis lors de la présentation, au dessert, des " vedettes " par Daniel Mangeas, une seule caméra présente et des photographes se comptant sur les doigts d’une seule main, des tables qui se vidaient rapidement, aucune furia pour approcher de ceux qui roulent pour une caisse de retraite ou pour un vendeur d’abonnement téléphonique.
Raymond Poulidor lui-même paraissait absent. Lui, le philosophe des vérités toutes faites, semblait étrangement ignoré par les habitués, comme si un doute général planait sur ces retrouvailles. Les "anciens" présents, même sans aucune illusion sur les obligations connues, générées par la notion de résultat, ne pavoisaient pas. La crédibilité de la passion qui fut leur métier a pris un sérieux coup de pompe !
JAMAIS LE MILIEU NE PARDONNERA
La fringale " tostéronique " de Landis avait " repoulidorisé " le cyclisme. Paradoxalement, l’envie de voir les idoles réaliser des miracles quotidiens s’accommodait mal de la domination suspecte du pote inconditionnel de " dobliou Buche ". Poulidor ne pouvait plus raconter la malchance qui fit sa notoriété, et les défaillances malvenues qui le transformèrent en admirable victime. Elles ne correspondaient plus, depuis des années, à la réalité du terrain. Jamais le milieu (coureurs, sponsors, médias, supporteurs, grand public…) ne pardonnera au transfuge de la religion mennonite sa résurrection mal dosée, qui a suivi sa montée poussive aux enfers!
Personne, autour des tables rondes où le vin des Côtes de Castillon coulait à flots, ne pipait mot sur le sujet. Landis n'était pas là. Inutile de réveiller les morts! D’abord par peur d’être rangé au rayon des gens qui s’acharnent lâchement sur un sport professionnel moribond. Toutes les rustines médiatiques n’empêcheront  probablement pas, en effet, le vélo de crever tout seul !
Ensuite, parce qu'à chacune d’entre elles, se trouvait forcément une personne qui, de près ou de plus loin, se nourrissait à la mamelle de cette activité devenue surnaturelle. L’inquiétude de la " tribu " sur son sort, probablement scellé, samedi soir, avec le verdict qui démentira le principe voulant que, peu importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse, était palpable. Mieux valait donc ne pas en rajouter. Les esprits étaient échauffés. Heuruesement qu'un athlète alméricain a été pris la seringue dans la peau!  Et, le seul micro radiophonique présent, semblait égaré au milieu d’un bassin de carpes.
Enfin et surtout, il n’est pas bien venu de faire perdre leurs illusions de pureté aux croyants encore présents. Ils ne supportent pas, un peu comme les adeptes des sectes, que vous les rameniez à la raison, car ils perdraient la face, et surtout l’estime qu’ils avaient pour leur foi dans l’autre. En terme d’image, le vélo, pourtant tellement populaire, tellement ancré dans la société, tellement démultiplié par la télé, ressemble désormais à celle de Canal + sans décodeur. Il faudra une passion décuplée pour y trouver un intérêt…
ETONNANT ESPRIT COCARDIER
Le verdict se trouvait sur le circuit. Moins de monde, bien moins de monde aux guichets. L’ambiance familiale habituelle, la ferveur militante, la confiance aveugle n’étaient plus de mise. Bizarrement, il y régnait un étonnant esprit cocardier, comme si les erreurs des Américains, des Italiens, des Espagnols, des Allemands avaient redonné des couleurs à Moreau, Dessel, Calzati, Fédrigo, Jalabert, Pineau, Portal et consorts. Des noms qui, parfois, appartenaient au peloton des… etc et qui, maintenant trouvent un courant de sympathie compréhensif. Leur faiblesse antérieure, dont on se moquait, est devenue un gage de sincérité provisoire. Si, par malheur, ils venaient à " trahir ", ils couperaient définitivement le fil de plus en plus mince qui relie encore le Peuple à un sport qui l’a fait rêver.
Au fait j’ai oublié de vous le confier : il y a eu une course sous les encouragements de milliers d’inconditionnels. Le vainqueur ? Ah ! Oui ! Ca vous intéresse encore ?… Consultez donc votre quotidien, et regardez un peu la place qu’il réservera à ce Critérium, et vous aurez une idée précise du principe voulant que l’on vous oublie d’autant plus vite que l’on vous a beaucoup encensé à tort ! Les journalistes n’aiment pas beaucoup se tromper. Alors, le vainqueur… On le désignera par un sondage !
Mais je déblogue…
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