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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DESCENDRE DU PIEDESTAL

Samedi soir, une discussion autour d’un bon repas, chez des amis, a tourné autour de la vision que devaient avoir les électrices et les électeurs de leur Maire. Un véritable débat qui m’a tracassé, hier, durant une bonne partie de la journée, car il m’a singulièrement perturbé. Il est vrai que la franchise de mon interlocuteur ne me permet pas de mettre en doute la validité de ses arguments, mais comme ils ne correspondent pas à ma conception de la vie publique, la situation est compliquée. Une occasion de me remettre en cause, ce qui, pour moi, est essentiel pour rester en adéquation avec une fonction quelle qu’elle soit. Comme le contexte a son importance, il n’est pas inutile que je vous le résume, afin que vous compreniez l’objet de la controverse.
Avec mon épouse nous nous rendons samedi vers 19 h 30 chez des habitants, installés dans un lotissement relativement récent et peu passant, où tout mouvement inhabituel est vite détecté. En effet, le propre de ce type d’urbanisation c’est que vous êtes toujours sous le regard bienveillant de vos voisins, malgré les vertus de la haie de cupressus. Une automobile inconnue, qui vient se garer sur un espace public, retient immédiatement l’attention. Des vigies plus ou moins discrètes se focalisent sur les arrivants. "Chez qui vont-ils ?", " Qui sont-ils ?", "Que viennent-ils faire?". Inutile de préciser que l’intrusion manifeste du Maire dans un espace d’habitude nu, par un soir d’été où les gens sont davantage sur leur terrasse que dans leur salon, ne passera pas inaperçu.  Et nous sommes d’autant plus remarqués qu’un ami sort de chez lui pour aimablement nous saluer. Quelques pas dans la rue, et nous sommes accueillis par le couple qui nous reçoit.
Nous nous installons sur la terrasse, qui est en vue directe du voisinage. Champagne sympa et dialogue déjà agréable. Sauf qu’à trois reprises, je découvre justement que le voisin patrouille avec une fausse décontraction le long de la clôture, cherchant manifestement à identifier… les invités d’Edmond et Cathy. Amusant, sur le moment, d’observer... l’observateur qui fait mine de ranger ou de surveiller son jardin. Au premier abord il doute probablement de la présence du Maire un soir, ici, chez ceux qu’ils côtoient de temps à autre. Il va en informer le reste de la maisonnée et revient en patrouille, avec son fils, pour s’assurer qu’il n’a pas commis une erreur. "Oui, c’est bien le Maire!"… et il disparaît. Un gamin depuis l’autre terrain me regarde avec des yeux éberlués… L’apéro se poursuit et ces détails me paraissent, sur le moment, sans aucune importance… En entrant dans la maison pour attaquer le souper, je suis à l’abri des guetteurs !

HANTE PAR LE SOUCI D’ECOUTER
Il faut savoir, pour comprendre la suite, que je suis hanté par le souci d’écouter, de dialoguer et plus encore, par atavisme professionnel, par celui d’expliquer. Je souffre parfois fortement de ne pas pouvoir entrer en contact direct et personnel avec chacune et chacun des habitants dont j’ai, peu ou prou, la charge. Je ne supporte pas d’être jugé, adulé ou blâmé, sans avoir eu l’occasion de comprendre et de faire comprendre ce que je pense, ce que je décide ou ce que j’assume. Or malheureusement, le système social actuel ne récompense pas celles et ceux qui ont cette volonté. Dans une société de la sur-information, les gens n’ont jamais été aussi mal informés, car ils ne prennent plus de temps de dialoguer, de questionner, de... s'informer!
Depuis 29 ans, je suis en quête de tous les moyens pour établir ce dialogue citoyen dont je rêve, et qui manque tellement à notre époque. La grande majorité ne juge, en effet, que sur des perceptions globales, sur des images trompeuses, sur des apparences rassurantes ou des intérêts ponctuels. Ecrire cela ne relève ni de la démagogie, ni de l’utopie mais d’une volonté profonde, sincère, ancrée dans mon comportement, car tout enseignant (surtout quand il a connu le monde médiatique), ne peut se contenter de constater les manques. il se doit de se battre pour les combler.
Créon est ainsi la seule commune de France qui édite, à ma connaissance, un hebdo municipal gratuit, pour informer au plus près de l’actualité, ses habitants qui veulent l’être (rédaction et distribution assurées depuis 23 ans par mes soins). Créon doit être une des rares cités qui organisent chaque trimestre une " rencontre citoyenne ", largement ouverte (invitation individuelle), sur un thème local préoccupant, Je l’ai voulu ainsi, comme j’ai voulu la multiplication des autres outils de communication, dont ce blog. Et pourtant je demeure frustré.
J’ai, en effet, sans cesse l’impression de ne pas en faire assez… Le repas de samedi me l’a encore confirmé, car l’étonnement manifesté par le voisin en me voyant, me donne à penser que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir pour… sortir des sentiers battus et rebattus de la vision qu’ont les Françaises et le Français de leurs élus. Ce brave homme, en s’étonnant, comme me l’a ensuite confirmé mon hôte, de ma simple présence chez des habitants de la ville dont j’ai la charge, a tué mes espoirs d’être ressenti comme différent, comme ayant le souci d’être un citoyen provisoirement chargé d’une part du destin des autres, sans être forcément au-dessus des autres.
INADAPTE AU MONDE PRESENT
Mon moral a encore chuté quand Edmond m’a expliqué qu’il avait été surpris que je puisse l’inviter avec son épouse et ses enfants à manger chez moi, et il a failli sombrer, quand il a ajouté qu’il avait été un moment hésitant sur la réponse que je ferais à mon tour, à son invitation… Il ne pensait pas qu’il allait presque me vexer en m’avouant ses analyses, car elles mettent en lumière que tout ce en quoi je crois n’a guère de valeur. J’ai eu l’impression, durant quelques minutes, d’être un inadapté au monde présent et à ses règles, d’être atypique, voire à coté de la plaque.
Il m’a expliqué que, pour son voisin comme pour la majorité des électrices et des électeurs, un Maire doit justement être au-dessus de la réalité des autres. Il doit s’efforcer de cultiver une image justifiant aux yeux des gens le rôle qu’il lui ont confié. Il a tenté de me convaincre qu’il y avait toujours, en France, un fond de royalisme ambiant. Il a souligné que l’image qu’ils ont du Maire n’était pas celle que je m’en faisais.
Faire griller les ventrèches, plier les bancs et les tables, ramasser les papiers après un marché d’été ne seraient pas bon pour mon image. Heureusement qu’il y avait du Pomerol à boire pour noyer mon chagrin ! Pied à pied, j’ai lutté pour défendre ma vision de l’élu local, qui ne doit pas demander aux autres de faire sans être capable lui-même de faire. J’ai eu beau affirmer que je ne croyais qu’en la vertu de l’exemple pour restaurer la perception qu’ont les citoyennes et les citoyens de leurs élus, je n’ai pas su persuader que j’avais raison…

MON VOISIN ME CONSIDERERA DIFFEREMMENT
Mon voisin me considèrera différemment parce que tu es venu manger chez moi, m’a-t-il asséné. S’il y a un problème dans notre lotissement je suis certain qu’il me dira : toi, qui connais le Maire !… En revanche, il formule parfois des critiques générales sans justification concrète sur ta gestion, mais ne te demandera jamais des explications et ne viendra à aucune rencontre… ". Un coup de Pomerol a fait passer la claque. La soirée a continué sans aucun problème, toujours douce et amicale. L’égoïsme, le repli sur soi, la désinformation, ont de beaux jours devant eux.
Le paradoxe c’est que cette anecdote m’a convaincu qu’il fallait que je me batte encore plus, que je ne renonce pas, que je tente encore et toujours de convaincre de ma bonne foi.
Je lance donc un appel : toutes celles et tous ceux qui veulent m’inviter à l’apéro ou mieux à casser une petite croûte dans les lotissements, seront les bienvenus. Je suis prêt à affronter le risque d’être reconnu mais je ne voudrais pas que mes hôtes soient mis à l’index, sous prétexte qu’ils auraient pactisé avec je ne sais quel ennemi. Je viendrai masqué. C’est promis !
Dans le fond, je vais continuer à affirmer ma foi dans la vraie démocratie participative et faire réaliser un sondage pour savoir si les kilos que je prends en allant vers les autres valent véritablement la peine d’être ajoutés à ma carcasse. Car je ne vais pas être plus royaliste que le Peuple, si un bon vieux bureau " bunkérisé ", un bulletin municipal annuel sur papier glacé avec ma photo à toutes les pages, une présence parcimonieuse, un discours de temps en temps suffisent pour être considéré comme un bon Maire, je vais abandonner mes vieux principes dépassés. Je vais me faire construire un piédestal !
Mais je déblogue…
 
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E
Et même sous une pluie battante, il continue à ranger les tables !<br /> Je pense qu'il se dope au...Pomerol ;-)
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M
Et en plus il fait ça depuis toujours ... même parfois je me demande s'il n'est pas un extra-terrestre ... mais il est aussi génétiquement programmé : ses parents, mes grands-parents, faisaient pareil à la mairie à Sadirac. Ils n'étaient pas élus mais secrètaire de mairie et garde-champêtre. <br /> <br /> Je travaille aussi dans une commune après plus de 10 ans passés au Conseil Général de la Gironde. Je voulais voir ce que c'était qu'une commune. J'ai vu , je vois chaque jour ! <br /> <br /> C'est là que doit se reconstruire la démocratie, c'est là que l'élu doit prendre toute sa place, c'est là qu'il doit apprendre et construire. Il faudrait que les élu(e)s nationaux, départementaux et régionaux soient aussi des élus communaux, des vrais pas des élus communaux de façade. C'est là qu'ils pourraient ( et certains le font ) prendre la vraie mesure de leur mandat. C'est une tâche ingrate, souvent démoralisante mais aussi tellement gratifiante lorsqu'ils arrivent à mener leur projet, à faire avancer la vie quotidienne. <br /> <br /> Nous avons tous en tant que citoyen une vraie responsabilité, celle de participer à la construction de notre vie quotienne, dans la cité. Nous avons tous la responsabilité de notre démocratie, de notre république. Et nous avons les élu(e)s que nous méritons !<br /> <br />
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R
Bonjour Jean-Marie,<br /> Un commentaire tardif mais sincere. Bien que je ne partage pas toutes vos idées, je trouve admirable votre manière d'aborder la vie publique. Communication, débat dans le respect de l'opinion différente et partage réel et non seulement à 6 mois d'une élection, avec les vrais gens de la vraie vie souvent cachés par Maman Insee et Papa Sofres.
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E
Voir la réponse des hôtes de la soirée ?<br /> http://web.mac.com/ericmouchet/iWeb/Site%20Perso/Blog/746B1881-1A7F-4B6B-9B3F-FC8A90D52523.html
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E
Oui, cela ne me gêne pas que JMD fasse les grillades et range les tables, mais je pense que nous pouvons convenir que cela n'est pas le rôle essentiel d'un maire. Mais ce n'est pas une critique que je formule car JMD fait aussi tout le reste !
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